La tentation de Severus - 3ème partie - La Tempête de neige

La 3ème partie s'intitule: La tempête de neige ....et se passe principalement dans la forêt. La voilà enfin finie....et pffff....heureusement que je me suis un peu amusée sur la fin! Je trouve toujours que la traduction française ne rend pas bien le langage de Hagrid - excellent en anglais - donc, je lui ai donné un parler, un peu plus original.(c'est donc du parler de l'Ouest de la France, région nantaise...)

Allez, Severus, Hagrid etc....sont propriété personnelle de J.K Rowling.
Mais Melinda Lake, Alvin et Julia sont mes créations.

L'illustration est d'Elvi.Merci à elle!

Amusez-vous bien! Leya

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La neige tombait dru. Janvier avait amené dans ses bagages un tourbillon hivernal qui se déchaînait autour du château, sur les cimes des arbres de la Forêt Interdite. La couche blanche ensevelissait le village de Pré-au-Lard, le faisant ressembler à un jouet miniature pour enfant.

Les rues enneigées contrastaient avec les vitrines trop colorées de la boutique de sucreries de Honeydukes et du magasin de farces et attrapes de Zonko.

Les élèves se groupaient pour regagner l'école au plus vite, découragés par le mauvais temps. Certains n'avaient même pas voulu profiter de la sortie du week-end et étaient restés confinés dans la tiédeur du château.

A la lisière des bois noirs, une silhouette sombre se découpait sur la blancheur glaciale. Cachée de tous les regards, l'ombre se déplaçait d'une démarche saccadée et s'enfonçait de plus en plus en loin dans les profondeurs des bois.

«  Je n'ai causé que des ennuis. Je ne fais que des erreurs. A quoi bon continuer ? La solitude à présent. Ce n'était pas la peine. Plus la peine. Je ne vaux rien. »

Traînant ses bottes dans les flaques de neige, Melinda leva la tête sous son capuchon. Elle s'arrêta brusquement, une flamme dans les yeux.

 

 

 

-         Melly, avance s'il te plaît ! On ne va pas rester là, on gèle !
La jeune fille ne répondait pas. Les sens en alerte, les yeux ouverts en grand, elle semblait chercher quelque chose autour d'elle.

Julia la tira vivement par le bras :

-         Mais bouge, ma vieille, tu veux qu'on se transforme en statues de glace ? Allez, en route, ou je te jette un sort ! Je te jure que je le ferais même si c'est ton anniversaire aujourd'hui !

Sa voix aigüe alerta le grand jeune homme qui les précédait :

-         Qu'est-ce qui vous prend, toutes les deux ? Dépêchez-vous !

-         Pour une fois, ce n'est pas de ma faute, Al. Mel ne décolle plus d'ici…

Alvin les dévisagea un peu stupéfait.

 Melinda, longue et fine, enveloppée dans sa cape, semblait absente, figée sur le chemin. Julia, à ses côtés, plus petite, la tirait en vain par le bras et s'énervait. Il agita les mains devant les yeux vagues de Melinda :

-         Oh, Melly, t'es là ? T'as oublié qu'on fêtait tes dix-huit ans en rentrant ?

Elle ne réagit pas. Al se tourna vers la petite brune :

-         Tu lui as jeté quel sort, Jools ?

Tapant du pied, Julia s'exclama :

-         Aucun, je l'ai juste menacée……

D'une voix blanche, Melinda leur dit :

-         C'est bon, arrêtez, on y va !

Elle se remit en marche. Les deux autres se regardèrent sans comprendre puis haussèrent les épaules et reprirent le chemin.

 

«  Misérable. Pauvre misérable. Je ne rentrerai pas… » Une douleur vrilla sa cheville qui se tordit, prise dans un trou dissimulé sous la neige. La silhouette encapuchonnée s'écroula à terre en gémissant. Ses traces étaient à peine visibles entre les buissons.

 

Melinda fit un bond. Le flot d'émotions la heurta de plein fouet. Elle ressentit la cheville qui s'enfonçait dans la terre, la torsion, la chute. Son cerveau vira au rouge. Elle se retint de crier.

-         Mel, qu'est-ce qui t'arrive ?

-         Rien, c'est rien, allez devant, je vous rejoins, ordonna-t'elle.

-         Non, ça va pas, t'es toute bizarre, s'inquiéta Julia.

-         ALLEZ-Y, ne discutez pas, je vais très bien, j'arrive tout de suite, elle hurlait, brandissant instinctivement sa baguette.

Ses amis la regardèrent avec effarement. Elle avait l'air différent. Mais quand Al voulut parler, Julia l'entraîna avec elle, laissant Melinda derrière eux.

-         Laisse tomber, elle a besoin d'être seule. Elle cache quelque chose, Mel…

-         Mais elle a failli nous menacer….

-         Non, elle n'a pas fait ça exprès. Je pense qu'elle est perturbée et ça fait déjà un bout de temps. Je me demande si c'est pas à cause d'un mec….

-         Oh, toi, tu vois des histoires d'amour partout !, Al s'esclaffa puis redevint sérieux, Non, là, je pense que tu te trompes, Jools. Essaie de te souvenir. A la date de son anniversaire, Melinda est toujours triste, tu sais pourquoi ? Elle nous en a parlé, c'est …exactement ce jour-là que ses parents ont été retrouvés morts…tués par des partisans de Tu-Sais-Qui.

-         Mince, t'as raison. J'avais oublié. On essaie toujours de la faire rire pour pas qu'elle y pense trop….parce que c'est une sale coïncidence. Julia fronça les sourcils.

-         Ouais. Tu crois qu'on devrait vraiment la laisser seule ?

-         Mel va nous rejoindre, j'en suis sûre. Elle veut cacher sa tristesse. Elle est forte.

-         C'est évident. Alors tes histoires d'amour….Il esquissa un sourire.

-          D'accord, c'est toi qui n'es pas bête du tout. Ce n'est pas du tout ce que je pensais.

Ils s'éloignèrent bras dessus bras dessous.

 

 

Haletante, Melinda rassembla ses idées. Elle connaissait cette sensation. Elle savait d'où cela provenait. Mais cette fois, c'était plus fort que jamais. Elle avait l'impression d'être entrée dans l'esprit de quelqu'un.

La sensation était affreuse. Elle se mordit les lèvres en pensant que, jusqu'à présent, personne ne lui avait appris à fermer son esprit malgré sa demande.

 

Rogue.

C'était sa faute. Elle lui en voulait. Cela lui aurait évité ce genre de désagréments. Oui, elle était en colère contre lui.

 

Melinda se secoua pour se réchauffer. Ses mains et ses pieds lui donnaient l'impression de geler sur place. Ce qui était certain, c'est que quelqu'un, dans les bois, près d'ici, était tombé.

Quelqu'un allait mal.

Très mal. Les pensées que Melinda avaient senties l'emplissaient de malaise. De la pure détresse.

Un élève perdu ? Et blessé ?

Melinda pensa qu'elle était stupide. Elle aurait dû continuer et alerter rapidement un professeur.

Qu'allait-elle faire ? Se lancer seule à l'aveuglette ?

Pensait-elle avoir l'étoffe d'une héroïne ?

C'était ridicule. Elle n'était qu'une sorcière ordinaire de dix-huit ans.

Pourtant, elle dévia ses pas du chemin et se dirigea droit vers les sous-bois. Son instinct la menait vers d'épais taillis. Elle savait qu'elle pouvait trouver cette personne.

La pénombre commençait à gêner sa progression. Les flocons se mettaient à tomber à nouveau. Ils entraient dans ses yeux.

«  Lumos » chuchota-t'elle. Le cercle de lumière émanant du bout de sa baguette éclaira ses pas.

Les branches tombées à terre et les minces buissons dénudés formaient un enchevêtrement si dense qu'elle avait du mal à garder son  équilibre.

Elle jura entre ses dents. Son capuchon s'accrocha, laissant ses cheveux foncés à la merci du vent qui soufflait de plus en plus fort.

Inlassablement, Melinda cherchait. Elle ressentait encore la pulsation de douleur, comme une couleur qui s'allumait en rythme au fond de sa tête. Mais un phénomène étrange se passait.

Melinda suivait cette lueur mentale pour se guider. Pourtant, la sensation s'éloignait peu à peu.

Pestant et grognant, elle pressa le pas.

Qui pouvait marcher avec une jambe blessée ?

Il fallait avoir un moral d'acier ou une bonne dose d'inconscience. Elle avait l'impression de se diriger droit vers la source de cette douleur.

La neige mouillait ses bottes, ses mains étaient gelées.

Mais obstinée, Melinda marchait. La source des émotions qu'elle percevait semblait de plus en faible. Elle s'était approchée….et voici qu'elle ne sentait presque plus rien.

Que se passait-il ?

Où était la personne blessée ? Evanouie ? Ou….

Melinda fit un effort. Dans son champ de vision, une sorte de cabane apparut, isolée, masquée par les ramures des arbres.

Sur le seuil, une forme allongée était recouverte par une longue cape sombre.

En quelques enjambées, la jeune fille atteignit le corps inerte, craignant le pire. Le vent sifflait une mélodie répétitive et menaçante autour d'elle. L'ambiance était sinistre, baignée d'un ton marine et ocre. Elle se sentit entourée de ténèbres.

Frémissant de tous ses membres, elle s'agenouilla dans la neige fraîche.

D'un mouvement vif, elle rabattit le pan de la cape et découvrit le visage. Elle sursauta.

 

Severus Rogue !

 

Les yeux fermés, le teint plus pâle qu'à l'ordinaire, les cheveux noirs en bataille. Inconscient.

« Evidemment, se dit Melinda, qui d'autre ? Je ne pouvais pas tomber sur un prince charmant ! Il faut encore que ce soit lui….Qu'est-ce qu'il fait là ? Il s'est mis dans un drôle d'état. »

Elle se mit à le secouer doucement puis plus rudement. Sa cape était trempée par la neige.

-         Hey, faut vous réveiller, professeur, faut pas rester dehors par ce temps !

 

Il n'eut aucune réaction. Melinda songea à trouver un sortilège pour le faire réagir mais bizarrement, rien ne lui venait à l'esprit.

Elle l'agrippa par les épaules :

-         Allez, réveillez-vous, bougez-vous ! Elle criait mais le vent hurlait mille fois plus fort.

Rogue eut un léger frémissement mais pas de signe de réel réveil.

 

 « Alors, là, ça va mal. Je suis déjà frigorifiée, et la situation empire, c'est vraiment la tempête….Je dois trouver une solution et vite ! »

 

Melinda lança un coup d'œil en direction de la cabane. La porte était entr'ouverte. Elle se leva souplement et regarda à l'intérieur : c'était plus une sorte de hutte en terre, sans un meuble, mais tout était relativement propre. Une cheminée rudimentaire était aménagée au fond. Des réserves de bois étaient entassées dans un coin. Le sol en terre battue semblait plutôt net. Une jonchée d'herbes séchées parsemait une partie du sol.

Le vent gagnait en puissance et ramenait des brassées de flocons sur les arbres et sur les infortunés qui n'auraient pas dû se trouver là.

Il n'y avait plus d'autre choix.

Melinda prit sa baguette et la pointa sur Rogue:

« Mobilicorpus ! »

Rogue inanimé s'éleva dans l'air saturé de flocons, secoué par les rafales de vent. Du bout de sa baguette, elle le dirigea, évanoui, vers la porte, balloté violemment par la tempête.

« Je n'aurais jamais pu l'amener ainsi jusqu'au château. Ici, on sera au sec et à l'abri. Je pourrais réfléchir ….Mais quelle idiote je fais ! Me retrouver dans une telle galère ! »

 

En refermant la porte derrière eux, elle grimaça à cette pensée. Elle avait déplacé Rogue jusqu'à l'intérieur de la cabane près de l'âtre vide. Il bougeait faiblement. Ce moyen de  transport inhabituel avait dû le tirer de son évanouissement.

Rapidement, Melinda se hâta d'empiler et d'enflammer les bûches à l'aide de sortilèges. Elle en profita pour ôter sa cape dégoulinante de pluie et de neige mêlées. Ses cheveux s'échappaient de sa longue natte et elle les défit rapidement pour les étaler sur son dos.

 

Rogue tressaillit. Il ne savait pas où il se trouvait. Il apercevait une ombre qui se déplaçait devant un feu. Il fit un mouvement pour se relever. La douleur fusa  de sa cheville droite. Il étouffa un cri. Melinda se retourna aussitôt.

-         Vous êtes réveillé ?

-         Pourquoi, je devrais être endormi ? grommela-t'il. Il observa le visage flou qui s'approchait ; les flammes éclairaient des cheveux bruns aux reflets nettement violets dans cette lumière et une peau presque dorée. Deux yeux verts le regardaient sans détour. Il eut un sursaut en croyant reconnaître ce regard.

-         Vous étiez inconscient, répliqua Melinda.

Fronçant les sourcils devant son air égaré, elle reprit.

-     Vous ne vous souvenez pas de ce qui s'est passé ?

-         Il semblerait que non.

 Il finit par comprendre à qui il parlait : Que faites-vous ici ? Où sommes-nous ?

 Il regardait autour de lui.

-         En fait, heu….Je vous ai trouvé, là, dehors, dans les bois. Vous êtes blessé. Et vous aviez perdu connaissance. Elle fit un rapide résumé de ce qui venait de se passer.

Rogue plissa les yeux en un effort de mémoire. Peu à peu, le brouillard qui obscurcissait son cerveau se dissipait. Il bougea et réussit à s'asseoir mais la tête lui tournait. Il détestait cette sensation de faiblesse. La respiration sifflante, il demanda :

-         Vous ne me dites pas tout. Comment m'avez-vous trouvé exactement, Melinda ?

Visiblement confuse, elle redoutait la question. Elle aurait voulu rester vague. Mais les yeux noirs s'accrochèrent aux siens suffisamment longtemps pour qu'il comprenne tout.

-         C'est….incroyable. Vous étiez loin de moi et vous avez senti tout cela ? Impossible, murmura-t'il.

-         Je suis sûre de moi. Je savais exactement où vous étiez. Bien sûr, je ne savais pas que c'était vous. Je sentais des pensées désespérées, tristes. C'était effroyable. J'ai ressenti la douleur.

 Elle s'arrêta, se disant qu'il n'était pas très sage d'aborder un sujet aussi sensible. Car il s'agissait des pensées intimes de Rogue.

Son visage devint livide.

 Elle ne dit plus un mot. Elle le savait prompt à la colère.

Rogue fit une nouvelle tentative pour se lever mais quand il s'appuya sur sa cheville blessée, il tituba et retomba à terre, jurant à mi-voix.

-         Ne faites pas ça ! Je pense que c'est une entorse, au moins, peut-être une fracture, je ne sais pas. Mais vous ne pouvez pas marcher !

Elle le fixait, la main tendue, prête à lui venir en aide. Plus doucement, elle ajouta :

-         Restez tranquille, s'il vous plaît ! Pour l'instant vous ne pouvez pas bouger. Faut que je trouve un moyen pour qu'on puisse rentrer au château.

Melinda se sentait impuissante. Elle n'avait jamais bien maîtrisé les sorts de guérison et elle réalisait qu'une blessure de ce genre dépassait ses capacités. Soupirant, elle s'assit sur le sol. Le feu diffusait une chaleur agréable. Le froid se faisait moins sentir.

-         Votre cape, vous devriez la faire sécher, dit-elle à Rogue.

Les yeux mi-clos, il réussit à lui lancer un regard presque méprisant. Il chercha dans sa poche sa baguette puis la pointa sur le tissu imbibé d'eau. Sans parler, il lança un sort qui sécha immédiatement le vêtement. Melinda se sentit complètement ridicule avec son feu, ses cheveux et ses vêtements trempés. Elle se demandait quel genre d'aide elle pouvait apporter. Jusqu'ici, elle avait écouté son instinct et avait agi sur un coup de tête. Cela lui ressemblait peu.

 

« Un coup de tête, un coup de folie, oui ! Le jour de mes dix-huit ans ! Je pourrais être en ce moment au chaud avec mes amis…au lieu de ça….je suis ici….Je deviens de plus en plus idiote en prenant un an de plus ! Je me flanquerais des baffes ! J'ai pas chaud, je suis trempée… »

 

Une voix interrompit le flux de ses pensées rageuses :

-         Melinda ? Approchez-vous, je vous prie.

Elle ouvrit les yeux d'un air étonné. A bien y réfléchir, Melinda avait un léger frisson d'appréhension à l'idée de se retrouver à moins de trente centimètres d'un sorcier, une baguette brandie sous son nez.

Un vieux réflexe.

De plus, elle avait toujours de la rancœur vis-à-vis de Rogue. Elle lui en voulait de ne pas avoir parlé à Dumbledore pour les leçons d'occlumancie. Quelle confiance lui accorder à présent ?

Ses yeux devaient trahir sa méfiance à moins que Rogue n'ait intercepté ses pensées car il insista doucement.

Melinda esquissa un mouvement léger. Assise sur le sol, ses longs cheveux dénoués dégoulinaient dans son dos. Sans rien dire, Rogue fit un geste à peine perceptible avec sa baguette.

Instinctivement, Melinda recula.

Il pinça les lèvres et dit d'un ton tout juste moqueur :

-         Ce n'est pas plus agréable, ainsi ?

Il tendit la main et saisit une longue mèche brune entre ses doigts, l'éleva devant ses yeux.

Secs ! Elle avait les cheveux secs !

 Melinda écarquilla les yeux et toucha ses vêtements : secs également. Furieuse, elle maudit sa sottise. Que pensait-elle donc ? Qu'il voulait lui faire du mal ?

Elle se gronda intérieurement et songea qu'à l'avenir, elle devrait sérieusement apprendre ce genre de sortilèges.

 

La pièce unique éclairée par le seul feu de bois était d'une chaude couleur orangée. Le sol en terre battue recelait des parfums de bois fumé. Au dehors, la tempête battait son plein. Un pauvre abri mais un toit malgré tout.

Melinda se ressentait de sa course dans la neige.

Rogue avait les yeux trop brillants. Ses pommettes ordinairement pâles étaient rougissantes. Il frissonnait de temps à autre.

En le regardant, Melinda pensa : « Je ne me trompe pas….c'est de la fièvre ! Normal s'il est resté plusieurs heures dehors, il a attrapé froid….. »

-         Je vous remercie de votre sollicitude et de vous inquiéter de mon état de santé aussi souvent, l'interrompit Rogue d'une voix rauque.

-         Cela vous gênerait d'éviter de sonder mon esprit, pour une fois ?!!! Même malade et blessé, vous ne pouvez pas vous en empêcher ! lui souffla Melinda.

-         Ah et comment m'avez-vous trouvé, déjà ? Sinon en faisant la même chose ? insinua-t'il. Ses yeux noirs la perçaient à vif. Ils se faisaient face.

-         Et alors ? Fallait vous laisser dehors, peut-être ? Fallait vous laisser crever, c'est ça que vous vouliez, c'est ça que j'ai senti ? explosa Melinda en ne s'embarrassant plus de réserve.

-         Espèce de….il s'interrompit mais la menaça du regard.

Le silence retomba. Ils étaient seuls dans cette cabane isolée. Entourés par un tourbillon hostile, un rempart de neige.

Tout pouvait arriver.

Rogue pouvait lui jeter tous les sorts qu'il désirait – il serait toujours plus fort qu'elle – mais elle se doutait qu'il ne le ferait pas. Il n'était pas idiot. Il se contenterait de l'ignorer et de ne pas répondre. Mais elle voulait savoir. Elle avait du ressentiment envers lui. Mais rien à perdre.

-         Je m'en fous, traitez-moi de ce que vous voulez, Severus Rogue. Vous ne me ferez pas taire. Pourquoi suis-je venue jusqu'ici, à votre avis ? J'ai pensé que quelqu'un était en danger, que quelqu'un allait très mal. Je vous l'ai dit. Je ne savais pas que c'était vous mais j'ai tout ressenti dans ma tête comme si cela se passait en moi. Je sais ce que c'est, la souffrance.

Devant son visage fermé, elle s'empressa d'ajouter :

-         Je ne parle pas seulement de ce qui fait mal physiquement. Mais intérieurement. Il y a quelque chose qui vous mine et vous ronge, Severus. Toujours et encore. Vous m'avez parlé du remords, un jour. Je ne sais pas si c'est cela. Mais ce qui vous empoisonne ces temps-ci vous mène droit au désespoir. Je l'ai clairement senti – elle fit une pause, le souffle court – et  c'est ce que je lis dans vos yeux.

 

Tandis que la douleur fluctuait au sein de son corps, Rogue ne savait plus s'il devait laisser éclater la fureur qui montait en lui. De quel droit lui parlait-elle ainsi ? Qui était-elle pour interpréter ses pensées ? Il aurait voulu la faire taire. Ne plus entendre en écho ses propos qui se rapprochaient d'une certaine vérité. Il ne connaissait qu'un seul moyen et pris dans sa fièvre et sa colère, il voulut la blesser par ses paroles :

-         Et vous ? Jusqu'à quand allez-vous ruminer le souvenir de cette grange ? Pleurer sur votre sort ? Vous êtes un peu jeune pour vous plaindre de votre passé, ce qui est fait est fait. De quel droit donnez-vous des leçons, jeune fille ?

Il s'en voulut un instant de cette attaque sur un terrain aussi sensible mais la rage le fit aller encore plus loin :

-         Vous détestez cette part de votre vie ? C'est cela ? Que détestez-vous le plus ? Dites-moi ce qui vous dégoûte tant ? Oh, je sais, ceci, n'est-ce pas ?- Il releva sa manche gauche – Cette marque vous rappelle des souvenirs, non ? Sachez qu'elle me soulève le cœur encore plus qu'à vous et qu'elle est inscrite dans ma chair, non dans la vôtre.

Silence.

Le crépitement du feu  jetait des étincelles marquait un rythme régulier. Le lourd grondement du vent emplissait les alentours.

Silence sous les hurlements de la tempête.

Le bras à la peau pâle entre eux deux.

Rogue fiévreux et enflammé haletant.

Silence.

Combien de temps ?

Des minutes longues comme des langues de fumée.
Pas un mouvement, pas une parole.

Chacun avait les yeux baissés.

Silence interminable.

Rogue distinguait à peine les contours de la Marque pâlie sur son avant-bras.

Sa vue se brouillait de fatigue et de douleur.

Silence épais.

Une fraicheur soudaine le tira de sa torpeur. Sans bruit.

Une goutte était tombée sur son avant-bras découvert.

Rogue leva les yeux en direction du plafond, cherchant l'origine de la fuite.

Il ne vit rien.

Une unique goutte glissait sur sa peau.

Il l'effaça de son doigt et la porta machinalement à ses lèvres.

Le goût salé l'éclaira enfin.

 Il leva la tête.

Devant lui, un rideau de cheveux lisses dissimulait presque entièrement le visage de Melinda.

Il comprit.

Une larme.

Rogue comprit qu'il ne l'avait jamais réellement vue pleurer.

Il réalisa la portée de ses paroles.

«  C'est moi qui la dégoûte. Elle a presque perdu sa famille entière et je lui jette tout ceci à la face. Comprendrais-je enfin un jour ? J'avais déjà fait pleurer Lily et je recommence. »

Rogue n'osait pas bouger. Sa gorge se serrait. Pourtant, peut-être était-ce sous l'effet de la fièvre qui l'envahissait qu'il se laissa aller à parler :

-         Non, Melinda, je…..

Les mots justes ne passaient pas ses lèvres. Il se retrouvait des années en arrière, adolescent gauche luttant avec les phrases et les sentiments.

-         Melinda, pardonnez-moi, je sais à quel point je dois vous paraître ignoble.

Un murmure lui parvint, tout juste audible :

-         C'était pas le truc à dire….Surtout pas aujourd'hui. Mes parents sont morts il y a juste huit ans. Aujourd'hui.

-         Je…je ne savais pas. Je vous ai blessée, je sais. Tout cela doit vous répugner et moi…

Vivement, Melinda écarta ses cheveux et passa une main sur ses yeux. Elle ne pouvait pas effacer les traces de larmes, mais elle parla d'une un peu plus calme :

-         Mais vous ne me dégoûtez pas ! Elle esquissa un sourire – une sorte de sourire aux yeux rougis, en reniflant un peu trop et ajouta :

-         C'est toujours comme ça : personne ne veut dire ce genre de choses et finalement, les gens finissent par se blesser. On tombe sur la faille de l'autre parce qu'on cherche à faire mal, ou simplement parce qu'on.... tombe dessus.

Elle s'essuya les yeux une fois de plus.

-         Bon, vous vous êtes excusé. J'ai peut-être dit trop de bêtises aussi….

 

Rogue pensa :

«  Comment peut-on être aussi avisée à son âge ? Je ne lui ressemblais en rien. J'étais avide de savoir et de puissance mais j'étais un tel crétin en matière de comportements humains. Je me demande par ailleurs si j'ai fait des progrès…… »

 

 

Il se tourna un peu pour mieux la voir mais la douleur fusa de nouveau. La pièce basculait autour de lui.

-         Vraiment, Melinda, je crois que nous….Il reprit son souffle. Je perds mes forces et vous êtes très fatiguée. Il faudrait que nous puissions rentrer au château.

Melinda se sentait aussi très lasse. Si elle avait été seule, elle se serait roulée en boule et se serait endormie sur le champ. Elle le regarda : son front était moite de fièvre, son visage tiré.

Elle pensa à nouveau à ses paroles : « Je dois vous dégoûter »

Sa main vint se poser délicatement sur son front : il était brûlant. Rogue tressaillit. Il était peu habitué aux contacts et les fuyait presque.

-         Vous avez une forte fièvre.

-         Vous êtes…apaisante, chuchota-t'il sans savoir ce qu'il disait. Il ferma les yeux et l'image de Lily vint s'imprimer derrière ses paupières.

Le feu se consumait toujours en douceur. Avec une tiédeur accrue et enveloppante. Les flammes entouraient le bois avec force. Lentement et longuement.

 

 

-         Un message, Melly, il faudrait…envoyer un Patronus à l'école, finit par dire Rogue d'une voix entrecoupée de toux.

Etonnée, Melinda demanda :

-         Vous vous sentez la force, Severus ?

-         Pas beaucoup d'énergie. Il se sentait dériver sur la crête de la fièvre qui l'emportait. Vous savez le faire, envoyer un message avec votre Patronus ?

Melinda réfléchit un court instant puis hocha la tête.

-         Bien. Faites-le. Un court message mais qui explique où nous sommes. A Dumbledore. Il saura comment ….

Inspirant longuement, Melinda sut qu'elle devait trouver en elle-même suffisamment d'énergie pour produire son Patronus. Et un souvenir heureux.

Sans se précipiter, elle prit sa baguette entre ses doigts et se leva. Quelque chose lui venait en tête. Comme une substance très douce puis une onde très forte qui s'apprêtait à prendre forme.

Elle brandit sa baguette :

« Expecto patronum ! »

La chauve-souris argentée jaillit du bout de sa baguette puis voleta un moment autour d'elle avant de traverser le mur et de s'en aller vers son but.

-         Joli et efficace, dit Rogue.

-         J'espère, fit Melinda soudain lasse. Je suis crevée. Elle se laissa tomber sur le sol lourdement.

-         Vous y avez mis tout le restant de votre énergie. Reposez-vous. Quelqu'un va venir.

Melinda eut un petit air inquiet mais la fatigue eut raison d'elle. Elle s'enroula dans sa cape à distance raisonnable de Rogue.

-         Que craignez-vous de moi encore, Mel ? demanda-t'il.

-         Heu….rien. mais, dites-moi, depuis quand m'appelez-vous Mel ou Melly ? Je croyais que vous détestiez ces surnoms.

Il eut un frémissement des lèvres :

-         Exact. Venant des autres, je déteste cela, oui…..

-         Vous êtes surprenant, parfois.

-         Parfois ?

 

 

 

Soudain, la porte fut secouée par les coups de pattes d'un gros chien qui grattait frénétiquement en aboyant.

-         Ouais, la ferme, Crockdur, j'arrive. Ils sont là.

Hagrid, la barbe et les cheveux couverts de neige, ressemblant à un gigantesque Père Noël, s'encadra sur le seuil. Il se pencha afin d'entrer.

Un bref instant, sa vision le trahit. Il crut voir deux jeunes gens l'un contre l'autre, la tête de l'homme reposant sur l'épaule de la jeune femme. Il se frotta les yeux, chassa les flocons de neige qui lui obstruait la vue et cria :

-         Hola, vous autres ! Professeur Rogue ! Melinda ! On a eu vot'message. Z'allez bien ?

Melinda s'assit brusquement :

-         Oh, Hagrid, je suis tellement contente de vous voir !

Elle lui lança un grand sourire qu'il lui retourna :

-         Quelle idée d'être dehors par ce temps ! Y a de quoi attraper la mort, par la barbe de Merlin ! Mais je vous ai retrouvés ! Tu vas bien, Melinda ?

-         Moi, ça peut aller…Mais Sev …le professeur Rogue s'est fait mal, une entorse ou je sais pas quoi,  mais il est intransportable. Il est malade…La fièvre…

-         Pas étonnant ! Y en a qu'ont de drôles d'idées de promenades !

 

Rogue marmonna des paroles indistinctes.

Hagrid s'avança vers lui :

-         Bon, professeur, j'm'en va vous porter, vous devez  pas peser bien lourd, non ? Toi, Melinda, t'as encore la force de marcher, j'espère ? La  tempête s'est calmée mais faudra faire attention où tu mets les pieds.

-         Je peux faire ça, oui.

-         Et direction l'infirmerie. Heureusement que Dumbledore a eu ton Patronus, Melinda. L' a dit que c'était très réussi. T'es douée, tu sais. Mais question orientation, j'sais pas comment t'as fait pour te retrouver là….M'est avis que t'es pas tombée là....

-         Par …hasard, Hagrid.

-         Ouais. Tu savais que ça me servait d'abri, icitte ? Quand j'm'en va chasser des furets ! Ouais et vous aut', les mômes, vous vous en servez pour des rendez-vous d'amoureux, il lui jeta un coup d'œil suspicieux.

-         Je savais pas . J'étais pas venue pour ça, Hagrid, s'exclama Melinda.

Il éclata d'un rire qui fit vibrer les murs :

-         Ah bah, j'me doute, pas avec ton professeur de potions, voyons. Sauf vot'respect, professeur.

 

Rogue le foudroya du regard mais il était trop mal en point pour lui lancer une remarque assassine. Hagrid le chargea sur son dos le plus délicatement possible et les mena jusqu'au château, sans encombres.

Melinda et Severus furent emmenés à l'infirmerie immédiatement. Melinda n'y resta que peu de temps. Elle n'avait qu'un simple refroidissement.

Severus  fut soigné par Mme.Pomfresh qui diagnostiqua une belle entorse.

Elle remédia à cela rapidement.

Mais il délira de fièvre pendant quelques nuits…..

Leya 2008 -DESSIN:ELVI(merci)



Article ajouté le 2008-01-09 , consulté 105 fois

Commentaires


FëryKat site : http://lemerveilleuxmondemagique.hautetfort.com/ | le 09/01/2008 à 21:51:59
Comme j'ai hâte de lire la suite...
elvi44 le 11/01/2008 à 19:13:07
et moi aussi, je piétine .. ahahah..; elle écrit plus vite que moi, heureusement !!! bisous à bientôt pour la suite de Melinda - Elvi
leya le 11/01/2008 à 20:15:32
Ah, ah!
ça va pas tarder, heureusement....Je tape, je tape (non pas DESSUS comme j'ai mis sur mon autre blog:je tape Severus!...mdr)...avec un peu de chance et pas trop de crampes ....bientôt...!!!!
heureusement, la suite de la suite est écrite. Ce sera peut-être plus facile.
FëryKat site : http://lemerveilleuxmondemagique.hautetfort.com/ | le 13/01/2008 à 10:12:02
Toujours intense!!!!
Vraiment bien aimée, mais déjà fini...
Vivement la suite!!!
elvi44 le 13/01/2008 à 13:15:52
Ah super bien ficelé !!! et la fin nous ramnène .. au début - grrr -on restera sur notre faim !!
Super le parler Hagrid, ça le fait, ouais !!
et notre Severus devient de plus en plus sympathique au fil de tes histoires ...
Excellent - c'est quand qu'ils te demandent ce synopsis pour tourner la suite de Harry ???
Plein de bisous ma puce, t'a super bien bossé, -chapeau - ELVI

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