L'ombre du passé - Chap.19 - 1/2 - Comme le phénix

"...nous avons tous une ombre, et nous avons tous des fantômes qui nous accompagnent."
Douglas Kennedy

 

Depuis que Nemesia l’avait trouvée et menée à sa chambre, vérifiant si elle était blessée, et soignant ses légères contusions, Abby s’était nichée au creux de son lit. Effrayée sans savoir pourquoi, à demi-consciente, elle cherchait en vain une présence, espérant reconnaître les yeux ambrés de Remus, la douceur de ses cheveux sous ses doigts, espérant sans le connaître le réconfort des bras de Sirius autour d’elle. En vain.

Dans sa torpeur semi-éveillée, elle avait souvent appelé sa tante. Celle-ci ne s’était jamais éloignée de sa chambre, négligeant son aspect lisse et sa mise impeccable pour répondre aux besoins de sa nièce.

Mais tandis qu’elle ensorcelait la lampe pour emplir un verre d’eau, Nemesia surprit Abby à murmurer sans fin des mots saccadés, de peur et de dégoût. Les yeux clos, le teint livide, les lèvres exsangues, la jeune fille se perdait en elle-même jusqu’à ce qu’enfin elle retombe apaisée en chuchotant comme une berceuse : « Sirius…Remus… »

 

Prise au dépourvu, Nemesia tourna les talons et se dirigea vers la fenêtre. Elle pointa sa baguette magique en se concentrant sur le message qu’elle voulait faire parvenir. Elle y mit toute sa persuasion car il y avait bien des années qu’elle n’avait eu besoin de faire apparaître son propre Patronus. Le souvenir de sa sœur, heureuse durant leurs jeunes années l’envahit.

Nemesia rassembla sa force magique et tout en prononçant à voix rauque « Expecto Patronum ! », elle vit, avec des larmes dans les yeux, un immense papillon argenté, aux ailes démesurés s’envoler au travers de la vitre et flotter vers sa destination.

Elle savait qu’elle avait pris la bonne décision.

 

Abby entendait des voix étouffées au-delà de sa conscience. Est-ce qu’elle rêvait ?

Etait-ce l’un de ces cauchemars qui venaient la tourmenter une fois de plus ?

Elle tendit l’oreille, s’étira et vit qu’elle était bien là, dans son lit. Quelque part, non loin de sa chambre quelqu’un parlait avec sa tante.

A aucun moment Abby n’avait perdu la mémoire, ni même souffert d’un maléfice particulier. Elle se sentait sans énergie, comme éprouvée.

 

Nemesia tourna une fois de plus sur elle-même, faisant voler sa robe autour d’elle. Elle ne tenait pas en place. Ses cheveux défaits révélaient de longues mèches alternativement brunes et blanches. Son visage était crispé par la crainte et le chagrin.

-         Jamais je n’aurais pensé que vous viendriez si vite, ni même que vous vous déplaceriez en personne jusqu’ici, professeur.

-         Voyons, Nemesia, il serait temps de perdre cette habitude enfantine. Vous devez m’appeler Albus. Quant à ma venue, il est certain qu’elle puisse vous déconcerter, mais voyez-vous, elle est nécessaire : l’une de mes élèves a été offensée, voire attaquée magiquement. Il est de ma responsabilité de m’entretenir avec elle.

Nemesia réprima un sanglot :

-         Oh, si vous saviez… J’aurais pu…Je m’en veux ! J’aurais dû savoir que quelque chose irait mal. Je me suis conduite de façon…Je n’ai pas de mots. Abigail…Vous connaissez un peu l’histoire de notre famille, n’est-ce pas ?

Dumbledore hocha calmement la tête.

-         La fille de ma sœur, le seul lien qui me reste avec elle, avec mon passé, et voilà le résultat ! Je l’ai trahie !

Lentement, Dumbledore se rapprocha de la sorcière qui se lamentait.

-         Vu les circonstances, Nemesia, vous avez fait ce que vous avez pu. Inutile de vous battre la coulpe exagérément, cela ne nous aidera pas. Abigail est saine et sauve, vous me le confirmez ?

-         Oui… Enfin, je ne suis sûre de rien, répondit-elle piteusement, en se tordant les mains.

-         Allons, Nemesia, ne vous sous-estimez pas ! De même que votre sœur, vous avez toujours été une bonne guérisseuse. Que dites-vous ?

-         Elle est indemne. Mais quelqu’un l’a frappée ou peut-être s’est-elle battue. Cela n’explique pas l’état étrange dans lequel elle est plongée.

Les yeux bleus de Dumbledore reflétèrent une intense concentration.

-         Comme si elle avait rencontré une force qui aurait heurté, voire blessé sa propre puissance magique, n’est-ce pas ? Car ainsi vont et viennent les énergies de notre magie. Et votre nièce est dotée d’un courant qui coule en elle, un flot positif : la vie.

-         Il en était de même chez ma sœur Diomeda, ajouta Nemesia, les yeux baissés.

-         Et pour vous aussi, si vous cherchez bien en vous-même. Mais Abigail semble être plus réceptive que quiconque dans votre famille. Qu’a-t’elle vu l’autre soir ? A qui s’est-elle confrontée pour que cela l’affecte ainsi ? Abigail est encore novice dans l’art de résister aux forces du Mal. Mais j’ai toutes les raisons de croire qu’elle surmontera cette crise. Je dirais même que si jamais, en ces temps troublés, elle est de nouveau confrontée à la Magie Noire, jamais celle-ci ne pourra la troubler à ce point.

Nemesia eut un sursaut en écoutant les paroles si assurées de Dumbledore. Il semblait savoir exactement de quoi il parlait. Elle ne put s’empêcher de lui demander :

-         Mais qu’allez-vous faire ?

-         Moi ? rien, répliqua-t’il avec une sorte de sourire.

-         Albus, s’emporta Nemesia, ce n’est pas amusant. Sortez là de cette espèce de transe ! Et aidez-moi à résoudre une énigme.

-         Je le ferais si vous me laissez lui parler.

Serrant les poings instinctivement, Nemesia se raidit puis parla d’un seul trait :

-         Je vous mène à elle. Mais dites-moi : elle répète sans cesse deux prénoms, sans doute des camarades. Que dois-je faire ?

Levant un sourcil, Dumbledore lissa sa barbe puis s’enquit :

-         Et qui appelle-t’elle ?

-         Sirius…et Remus. On dirait qu’elle réclame leur présence. Dois- je les prévenir ? Cela l’aidera-t’elle à se remettre d’aplomb ?

Légèrement amusé, le Directeur de Poudlard considéra la question :

-         Votre nièce s'est liée à ces deux camarades par amitié. Je comprends sa demande. Quant à les faire venir…c’est à vous de décider, ma chère. Sachez qu’une présence amie peut lui venir en aide. Les liens affectifs provoquent des réactions positives. Et Abigail en a besoin.

 

Nemesia rougit. Elle savait qu’elle n’avait jamais prodigué de tendresse à sa nièce et en prenait amèrement conscience.

-         Je vois, fit-elle la gorge nouée. Je vous demanderais donc leurs coordonnées afin de leur faire parvenir un hibou au plus vite.

Dumbledore fit un large geste et sortit de la poche de robe un morceau de parchemin sur lequel sa grande écriture avait tracé les noms et adresses des deux jeunes gens.

-         Comment… ? fit Nemesia interloquée.

-         Un directeur d’école ne doit jamais être pris au dépourvu, ma chère. A présent, menez-moi près d’Abigail, je vous prie.

 

 

Abby se cala contre son oreiller en voyant le personnage qui entrait dans sa chambre. Sa tante venait de la prévenir, mais elle avait du mal à la croire.

Gentiment, Dumbledore s’assit sur le rebord du lit.

Après lui avoir demandé des nouvelles de sa santé, il comprit que la jeune fille avait du mal à relater sa soirée. Par pudeur, il ne chercha pas à la pousser dans ses retranchements, mais demanda quelles personnes elle avait croisé.

En prenant son souffle, Abby tâcha de se remémorer les figures qu’elle avait vues, et particulièrement, celles qui lui avait inspirée de la répugnance.

-         Il y avait des Mange-Morts, professeur, la magie noire était comme…palpable.Lorsque j’ai serré la main de cette femme…

-         Qui ? interrompit brusquement Dumbledore.

-         Lestrange, Bellatrix. Abby eut un frisson en repensant à ces gens. J’ai senti qu’elle était proche de…oh, je L’ai vu, vous savez, et toute la pièce a basculé, j’ai cru perdre mes repères.

Perplexe, Dumbledore lui fit signe de ralentir son débit saccadé :

-         Il y avait les Lestrange, c’est ça ?

-         Oui, c’est Rabastan Lestrange qui m’a fait ça. Il voulait quelque chose…que je ne voulais pas lui donner, ajouta-t’elle en détournant la tête, ses poignets meurtris posés en évidence sur les draps.

-         Répugnant. Les partisans de Lord Voldemort sont capables de plus de bassesse que je ne pensais.

-         Et…il était là, lui aussi.

-         Voldemort ? Vous l’avez vu ?

Réprimant un immense frisson, Abby hocha la tête. Elle rassembla ses forces pour raconter le rendez-vous prévu dans le salon du manoir.

-         C’est sa magie que vous avez ressentie, Abigail. La sienne et celle de tous ceux qui utilisent les maléfices abjects qu’ils ont appris auprès de lui. Oh, je sais de quoi il est capable. Il veut tuer. Et ses partisans ne reculeront devant rien. Nous devons être prêts.

-         Mais que faire, professeur ?

Dumbledore lui tapota la main :

-         Vous serez une remarquable guérisseuse. C’est inestimable durant les temps de guerre. Mais vous devrez vous méfier, à présent. Vous êtes en vie, vous êtes la Vie. Comprenez-vous ?

-         Je crois. Je me sens comme …un phénix qui renaîtrait de ses cendres. Car on y arrive toujours, finalement, c’est ça?

Le directeur l’observa longuement.

« Un phénix, voilà l’emblème qui nous donnera la force de lutter », pensa-t’il. « J’aurais dû avoir l’idée moi-même ! »

-         A présent, je vais vous laisser car vous venez de confirmer ce que je redoutais. Et puis, je pense que vous allez retrouver des camarades un peu avant la rentrée des vacances, si votre tante a retrouvé son bon sens.

Abby fronça les sourcils, interrogative.

-         Professeur, je ne vous comprends pas. Mais dites-moi, que savez-vous de ma tante ?

-         Ah,  elle devra vous l’expliquer elle-même. Ceci relève de sa propre expérience. Souvenez-vous de ce que je vous avais dit : votre mère et votre tante étaient très proches. Seule l’ombre qui pèse sur le passé de Nemesia peut expliquer son comportement. Portez-vous bien et à vous revoir à Poudlard, l’année n’est pas finie !

 

 

A suivre

 

 



Article ajouté le 2008-10-18 , consulté 162 fois

Commentaires


elvi44 le 18/10/2008 à 19:48:18
La force d'Abby est bcp plus grande qu'elle ne se l'imagine, mais aussi, quelle réceptivité.. cela peut lui nuire ... Beau ce symbole du phénix !!
Le secret de Némésia aussi... tu nous entraînes dans un dédale immense... dont toi seule a la clé !!
Superbe - Biz, Elvi
Leya le 18/10/2008 à 20:18:26
si je n'avais pas la clé, on se serait mal barré...;-)
Mais je sais où je vais...exactement. Je tisse je tisse
EmelPuck... le 18/10/2008 à 21:17:44
tiens, tiens, Abby une sorte de phénix...
voilà qui explique pas mal de choses !!

dont son lien à la Déesse...
Leya le 19/10/2008 à 11:09:10
Nous sommes tous des phénix. Capables de "renaître" qd tout va mal.:-)
Et il y a aussi un autre clin d'oeil évident à un certain Ordre qui sera bientôt fondé par Dumbledore.
Tout est relié....
LEYA
elvi44 le 19/10/2008 à 18:07:08
Oui, évidemment que je suis bête...l'ordre tiens .. mais c'est qu'elle est maligne notre auteur !!! Elvi
FëryKat le 19/10/2008 à 18:51:33
Que de mystères!
Et le grand Dumbledore en personne qui vient visiter Abby.
Est-ce que Sirius et Remus vont vraiment venir la voir? Je sens que Sirius de pourra pas contenir sa colère...


Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Contes de Harry Potter - fan fiction (Leya) "

Retour aux articles