L'ombre du passé - Chap.20 - Les confidences de Nemesia

"Ce que l'on désire a souvent peu de rapport avec ce qui est inscrit en regard de notre nom sur le grand parchemin de la destinée". Robert Silverberg Le Château de Lord Valentin.

Dans la douceur caressante de l’aube, Abby repassa les derniers événements dans sa tête. Tellement étranges, soudains, quasi irréels.
Et pourtant, tout était une part de sa réalité, de sa vie. Elle savait qu’elle allait se lever, se préparer pour l’un de ses derniers jours de congé chez sa tante. Sa malle était  déjà prête. Elle la voyait, imposante au milieu de sa chambre. Les plumes, les parchemins, les grimoires,  tout était entassé soigneusement à l’intérieur.

La rentrée se profilait à présent ; les vacances de printemps se terminaient pour Abby : « Mes dernières vacances. Mes derniers examens. Mon dernier séjour à Poudlard avant… ».
Avant quoi ? La jeune fille repassait dans sa tête la fin de la conversation qu’elle avait tenue avec Sirius et Remus. Dumbledore avait contacté les garçons car il avait un projet en tête. Bien entendu, James ferait partie de cette initiative. Il s’agissait d’un combat. D’une lutte sans merci.  On parlait  à mots de moins en moins couverts de disparitions chez les familles de sorciers et même chez les Moldus. Abby sentait que l’ombre des Mange-Morts les entourait.

Mais avant de quitter la maison de sa tante, elle prit conscience que celle-ci avait cherché à attirer son attention. Des regards, de légers signes.

 Finalement, Abby  descendit et pénétra dans le petit salon où Nemesia ensorcelait les rideaux contre la poussière.

Le visage livide, légèrement essoufflée, Nemesia s’arrêta, la baguette magique pointée vers le haut. Elle eut un pauvre sourire comme si elle s’attendait à cette conversation et qu’elle la redoutait depuis des années. Elle repoussa ses cheveux défaits et fit signe à sa nièce de s’asseoir à ses côtés.

-       C’est bien. J’avais à te parler. De ce qui s’est passé. Elle darda son regard intense sur Abby. Ces gens ne te feront pas de mal, Abby. Pas comme leurs confrères en ont fait par le passé à ma sœur et à son mari.

Abby faillit avaler sa salive de travers.

-       Comment ? Ma tante…- oh, comme cela sonnait faux à présent, mais comment l’appeler ? Tatie ? Ridicule – Abby l’interrogea de ses larges yeux dorés.

-       Nemesia. Cela suffira entre nous. Oui, tu as bien entendu. Il y a des détails que tu ne connais pas. Par ma faute, et je le regrette. Mais je ne veux pas que tu restes plus longtemps dans l’ignorance. Ecoute-moi attentivement, Abby, je vais te raconter l’histoire de jeunes gens qui avaient plus ou moins ton âge. Entends-moi bien et …elle haussa les épaules, tu me jugeras en ton âme et conscience.

Abby s’installa, un peu inquiète à l’idée d’apprendre des secrets au sujet de ses parents, mais aussi avide de les connaître, eux qu’elle ne revoyait que dans ses rêves.

Nemesia commença doucement :

-       Comme tu le sais peut-être, ma sœur, Diomeda, s’était prise d’affection très tôt pour Joshua,  ton père, qui, si tu l’ignores, était plus âgé qu’elle.  Tu sais aussi qu’il était d’une famille moldue. Il venait souvent dans notre quartier car il y avait des parents. Etant petites, Diomeda et moi n’avons pas fréquenté l’école moldue, bien sûr ! Nous avions des professeurs qui venaient à domicile. Mais nous profitions d’une certaine liberté. Notre mère n’était pas aussi…. stricte qu’elle a pu le devenir. Joshua visitait sa famille, nous nous rencontrions. Et ainsi ils firent connaissance.

Les yeux de Nemesia pétillaient d’espièglerie à l’évocation de ces souvenirs.

-       Oui. Et quand ma sœur eut quinze ans, elle comprit qu’elle était réellement amoureuse. Je tâchai de la dissuader. Elle était jeune. Ce n’était sans doute qu’une histoire de gamine. Or, ce n’était pas que cela. Je le compris vite, car bien que l’aînée, je vis ma sœur grandir plus vite que moi en maturité. Elle aimait vraiment Joshua. Il était déjà un homme, adulte. Et il n’allait pas commettre des bêtises avec une jeune fille, il était trop attentionné pour cela, crois-moi. Ta mère était charmante, Abby, pas belle au sens classique. Attirante et aimable.

Abby sourit à cette évocation et se souvint de son rêve.
-       C’était une petite femme, c’est ça ?
-       Oui, tu te rappelles ?
-       Pas vraiment. On dirait que ma mémoire a été …effacée.
-       Le bouleversement que tu as subi, le choc, peut-être…Donc, j’en conclus que tu vois tes parents pendant ton sommeil ?

Abby acquiesça. Nemesia était plus perspicace qu’elle ne l’avait pensé.

-       J’avais déjà passé mes examens et ma mère voulait que je trouve un mari. Je n’en voulais aucun. Je me mis à fréquenter ma lointaine cousine Elmedira, très instruite dans l’art de la guérison et de l’ancienne Magie. Ta mère eut dix-sept ans, la majorité chez les sorciers et décida de se lier à Joshua. Elle aurait voulu se marier chez les sorciers avec le consentement de notre famille mais elle savait qu’il était trop tôt. Trop tôt pour faire admettre son point de vue à notre famille.  Elle demanda donc à notre cousine de les unir selon les anciennes coutumes.

Figée, Abby demanda :

-       Qu’est-ce que c’est ? De quoi s’agit-il ?

D’un geste de la main, Nemesia balaya la question :

-       C’est de l’Ancienne Magie, Abby. Celle en laquelle croyait ta mère. J’y reviendrais si cela t’intéresse un jour.  Mais sache que cette union n’a aucune valeur légale parmi le monde sorcier actuel.

-       Ma mère s’est enfuie avec mon père, c’est ça ?

-       Oui. Après une dernière confrontation tumultueuse avec notre mère. Ta grand-mère l’a bannie, et reniée. Alors Diomeda est partie dans le monde des Moldus. Et tomba rapidement enceinte de toi, ma chérie. Entretemps, tes parents s’étaient mariés, chez les Moldus. Heureusement, car sinon, nul ne sait ce que tu serais devenue….

-       C’est de cette façon que je me suis retrouvée parmi les Moldus, dans un orphelinat ? Sinon, je n’aurais pas eu d’existence …légale, tu veux dire ? Reniée par le monde sorcier, je …j’avais peu de chances qu’on s’occupe de moi.

Nemesia soupira. Evoquer ce passé l’éprouvait à présent mais elle se devait de continuer.

-       Hélas, tu as compris... Mais ce n’est pas tout. Je dois remonter un peu en arrière pour essayer de te faire comprendre.  Vois-tu, je n’ai pas tourné le dos à ta mère comme tu l’as cru. Usant de tous les sortilèges de camouflage, j’ai rejoint tes parents. Par intermittences, bien sûr. En cachette. J’avais une double raison. Car ton père avait un frère, d’un an plus âgé que lui.

Abby sentit la compréhension la gagner.

-       J’avais fait sa connaissance. Je voulais voir ta mère. Nous étions des sœurs unies même si nous étions différentes.  Et jusque là, j’avais refusé tous les prétendants de Sang-Pur que ta grand-mère avait osé me présenter.

-       Tu étais rebelle, toi ? fit Abby légèrement incrédule.

-       Oh, pas vraiment. Je ne me sentais pas destinée au mariage, c’est tout. Mais quand j’ai connu….Harry, oui, c’était le prénom de ton oncle, oh, tu sais, c’était le genre d’hommes auxquels je n’étais pas habituée. Il était à l’opposé de ton père : fantasque, rebelle, insouciant, trop beau pour s’intéresser à une femme comme moi, mais d’une gentillesse et d’une générosité rares, comme Joshua. Grand, charmeur, de longues boucles d’un châtain doré et des yeux…presque doré également. Ton père était presque blond, Abby.

Se représenter les deux frères fit frémir Abby ; elle pouvait presque se les figurer l’un à côté de l’autre.

-       Très vite, il m’énerva. Mais, Abby, il me fascinait à la fois. Et bien souvent ainsi commence ce jeu universel qu’est le manège de la séduction entre les êtres.

Abby sentit le rose lui monter aux joues en songeant au comportement de Sirius durant ces dernières années. Nemesia continua comme si de rien n’était :

-       Il n’était pas vraiment mon contraire. Je m’en rendis compte. Nous nous complétions bien, finalement. J’étais devenue tellement …farouche. Personne n’a jamais cherché à forcer le destin mais tout est arrivé simplement. Je me suis éprise de lui. Nemesia baissa la tête. J’étais légèrement ridicule, je l’avoue. Nous étions dans un état complètement illégal selon les idées de ma mère. Te rends-tu compte que j’habitais encore chez elle ? Que lui cachais une partie de ma vie ? Que je lui mentais et que je n’avais pas le courage de le lui avouer, contrairement à ta mère ? Oh, oui, j’ai été très lâche, Abby. Seulement, un jour,  je me suis aperçue avec frayeur que nous n’avions fait attention à rien et que j’attendais aussi un enfant. Toi, tu étais déjà née. Tu étais une adorable petite fille. Et je vivais dans cet état mensonger depuis des années.

Abby plaqua sa main sur sa bouche et retint un cri.

-       Mais que s’est-il passé ?

-       Oh. J’étais terrorisée. Ma mère allait deviner très vite. J’étais déchirée entre deux mondes. Je pensais que je pouvais dire la vérité à ma mère. Que je pouvais ….me libérer de cette peur. Mais ma mère a cru que j’avais subi un outrage, un abus. Elle était déjà remontée contre les non-sorciers, cette fois, ce fut pire. Elle est allée chercher des….personnes peu recommandables, des Sang-Purs, certainement des gens qui servent Tu-Sais-Qui à présent. Certains patrouillaient autour de la maison.  J’étais complètement effrayée. Mon enfant allait venir au monde. Je n’arrivais pas à envoyer un message à ta mère ou à mon amoureux. J’étais dans le pire des désespoirs.

Dans un mouvement instinctif, Abby posa sa main sur celle de sa tante. Elle ne pouvait rien dire mais entrevoyait le dénouement peu à peu et sa gorge se nouait.

-       Ton bébé…. ?

-       Le destin a décidé pour moi. Cette période reste très floue, malgré tout. J’ai souffert autant dans mon âme que dans mon corps. Et j’étais inconsciente quand la délivrance est arrivée. Mais la guérisseuse m’a annoncé ….que l’enfant n’avait pas survécu à la naissance. Je ne l’ai jamais vu.

-       Et tu es en sûre ? ne put s’empêcher de demander Abby.

Tournant son regard vers sa nièce, les traits ravagés, elle finit par prononcer à mi-voix :

-       Je ne suis plus sûre de rien, Abby. Je portais un garçon. Je n’ai jamais pu faire son deuil. Comment veux –tu que quelque chose en moi n’espère pas parfois qu’il ait pu survivre, quelque part, aussi incroyable que cela paraisse ? Tu dois me…

-       Non. Cela me semble extrêmement probable. Tu peux…me dire ce qui est arrivé, ensuite ? S’il te plaît ?

A ce moment, Abby savait que ce qu’elle allait entendre lui déplairait plus que tout. Mais la vérité était en marche.

-       Tes parents savaient où j’étais. Ils avaient compris la situation. Ils voulaient m’aider et me sortir de là. Mais seule ta mère possédait des pouvoirs magiques. Bien que chez les Dittany, j’ai toujours pensé qu’il y avait une sorte de don latent de double-vue ou de prescience, je ne sais pas.

-       Quoi ? Abby faillit bondir.

-       Tu sais de quoi je veux parler, n’est-ce pas ? De rêves prémonitoires ? Tu as quelque chose de ce style en toi, Abby ?

-       Par moments, je me demande, oui.

-       Ton oncle ressentait cela, aussi. Et ton père faisait des rêves très forts. Oh, ils n’étaient peut-être pas assez puissants pour être considérés comme des sorciers. Ou y –a-t’il eu une erreur ? Je me suis posée la question, à une période de ma vie. Mais, Nemesia soupira, résignée, il est trop tard à présent.

-       C’est important, pour moi,  de le savoir….

-       En effet. Voyons. Pour en revenir à ….notre histoire commune, tes parents ont décidé d’un plan : tu as été confiée à leur voisine. Quant à eux, ils étaient décidés : ils allèrent chez ma mère, accompagnés de ton oncle. Ils voulaient lui parler. Et m’emmener. Mais, ils étaient attendus. La maison était gardée. Ceux qui étaient là, aux aguets, crurent à une sorte d’attaque, je ne sais pas. Tout se passa trop vite. Tu en connais l’issue. Ils furent tués. Tous les trois.

-       Je croyais…que mes parents étaient morts par accident ?

-       Non. On n’appelle pas ça un accident, Abby. Je n’ai rien pu faire, j’étais trop faible, mais cela ressemblait….à une exécution.

Au fond d’elle-même, Abby sut qu’elle avait toujours connu cette vérité.

-       Mais, ma grand-mère ? Elle a laissé faire, ce …meurtre ?

-       Les Moldus ne comptaient pas. Je suis …désolée. Et elle ne pensait pas voir sa fille débarquer alors qu’elle l’avait rejetée. J’ai cru perdre la raison.

Ma mère avait tout découvert. Elle m’a promis tout : la vie, facile, l’héritage, le confort, la tranquillité. En échange de mon silence. Elle ne m’a accordé qu’une seule requête au bout de maintes années.

-       Laquelle ?

-       Te retirer de cet orphelinat, quand j’ai fini par retrouver ta trace. Dumbledore m’y a aidée, je l’avoue. Mais ta grand-mère m’a mise en garde : il était hors de question que je te traite avec familiarité ou que je t’accorde de l’affection. De plus, je ne devais pas dire un mot de ce passé….

Les longues mains de Nemesia retombèrent sur ses genoux, impuissantes.

-       Et tu me le dis, malgré tout ?

-       Avec tout ce qui s’est passé ? Bien sûr, Abby. Parce que j’ai vu que tu pouvais être prise au piège, toi aussi. Que je ne veux pas qu’il t’arrive du mal. Parce que tu es la vie, Abby.

-       Mais, toi, tu ne risques rien ?

-       J’ai apposé des protections à cette maison. Ils ne peuvent pas entrer. Tant que tu es ici, à l’intérieur, tu seras en sécurité. Tu pourras revenir après avoir fini l’école, si tu le souhaites. Mais…peut-être n’en as-tu pas envie ? Tu dois me juger…

Et les larmes de Nemesia restèrent au bord de ses cils.

-       Moi, te juger ? Je ne peux pas. Abby tenta de rassembler ses idées. Je ne sais pas ce que j’aurais fait moi-même. A ta place. Aurais-je eu le courage de m’enfuir comme ma mère ? Je l’ignore ? je crois que je suis bien …timorée…

Ces derniers mots arrachèrent un sourire à Nemesia :

-       Comme je pensais l’être aussi. J’étais également la plus réservée des deux sœurs.

Abby et Nemesia se surprirent à se découvrir plus proches que jamais. Sa tante était sa parente vivante, celle qui se tenait à son côté. Elle avait prouvé qu’elle pouvait avoir confiance en elle.

-       Et puis, ce n’était pas la même époque, ni la même éducation….

-       Oh, non, fit Nemesia. Même si je ne t’envie pas. Vous allez vivre une jeunesse noyée dans un combat. Une guerre en marche n’est pas une perspective réjouissante, Abby.

-       Nous ne pouvons rien y changer. Sauf résister pour l’instant. Quant à toi…Tu avais d’autres préoccupations. Peut-être aurais-je réagi comme toi, préféré…

-       Préféré le confort, le silence, la facilité et essayer d’oublier ? Je ne crois pas Abby. Tu te serais révoltée.

-       Moi ? Abby haussa les sourcils. Ma mère était une combattante, mais…

Plissant les yeux, Nemesia claqua de la langue comme seules savent le faire les véritables sorcières, ce « tchip » caractéristique qui marque l’objection :

-       Dis-moi, jusqu’où irais-tu pour aider ton Sirius ?

Avec un mouvement de recul, Abby maudit la facilité avec laquelle sa tante lisait en elle :

-       Ce n’est pas mon Sirius ! Et….

-       Allons, ma nièce, je ne suis pas aveugle. Je n’ai pas oublié l’amour. Vous vous aimez…

-       Comme j’aime Remus…

-       Abby, je ne le pense pas. Pas exactement de la même manière. Mais tu dois savoir une chose : ma maison vous est ouverte si vous vous trouvez en péril.

-       Que cela n’arrive jamais ! murmura Abby.

-       Que la Déesse t’entende. Le dernier vœu de Nemesia fut à peine plus audible que la brise légère qui frémissait au-dehors.

 



Article ajouté le 2008-11-27 , consulté 90 fois

Commentaires


elvi44 le 27/11/2008 à 16:23:45
Beaucoup de révélations .... Nemesia, un enfant ?? et que serait-il devenu ???
Plus des interférences que je connais : l'ancienne magie, la "double-vue", la prescience ...
Par la déesse, très bel épisode -

LEYA le 27/11/2008 à 17:34:32
JK Rowling avait ouvert la voie en mentionnant "l'usage d'ancienne magie" à propos de Lily et de la protection sur Harry bébé. Sans jamais entrer dans les détails....
Ensuite, un léger détour par Bradley, peut-être..?, voire Frank Herbert...Mes références, de toute façon. A noter que la citation de Silverberg n'est pas gratuite au début ( songes,Roi des Rêves, Dame de l'Ile du Sommeil...).
fërikat le 28/11/2008 à 15:49:19
WOW! un autre beau chapitre!
La grande guerre arrive. Je suis impatiente de lire la suite, mais bien sûr, vas-y à ton rythme ;)

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Contes de Harry Potter - fan fiction (Leya) "

Retour aux articles