L'ombre du passé - Chap.21 - Adieux à Poudlard 2/3

En chemin, Sirius s'arrêta brutalement, comme un chien à l'arrêt. Remus et Abby l'entourèrent, l'interrogation au bout des lèvres.

-          La salle commune, ce n'est pas du tout le lieu idéal pour avoir ce genre de conversation, ce soir, leur dit Sirius, comme s'il pensait à haute voix.

-          Toi, tu manigances un plan de Maraudeur, devina Remus. Mais je te signale que ce n'est pas NON plus le bon jour pour se faire pincer dans des endroits interdits, Patmol !

Sirius eut un soupir à la limite de l'exaspération puis se radoucit :

-          Mais qui te parle d'enfreindre le règlement, hein ? Je pensais simplement qu'étant préfet, mon cher Lunard, tu avais accès aux salles de bains réservées.....

En comprenant cette allusion, Remus l'interrompit:

-          Tu n'es pas en train d'insinuer que nous allons discuter …dans la baignoire des préfets ? Sirius, vraiment !

Abby ne put s'empêcher de pouffer de rire. L'idée était plus qu'extravagante. Sirius haussa les épaules :

-          Remarque, si tu le suggères, on serait très bien à se relaxer dans vos immenses baignoires, pour parler mais connaissant vos pudibonderies réciproques…

-          Sirius ! le menaça Remus, en faisant une grimace.

-          Je plaisantais ! Mais avoue que c'est l'endroit le plus tranquille, non ? Sans prendre de bain, idiot ! ajouta-t'il en ébouriffant d'un geste sec les mèches ordonnées de Remus.

Remus fronça les sourcils mais se concentra un instant. Il paraissait peser les avantages et les inconvénients.

-          C'est …une bonne idée, en effet. Si on ne rentre pas trop tard au dortoir, oui. Qu'en penses-tu, Abby ?

-          Heu…du moment que l'idée du bain n'est pas à l'ordre du jour, fit-elle avec un léger sourire. Mais c'est confortable, au moins ?

-          Oh, tu vas voir ! Le meilleur de Poudlard ! dit Sirius, ravi.

-          Comment tu sais ça ? demanda Abby soupçonneuse.

L'air désinvolte, le jeune homme lui fit un clin d'œil. Un éclair de malice quasi enfantine brilla un instant dans ses iris argentés.

-          Tu crois que je n'ai jamais visité ce coin de l'école? Abby, tu me connais si mal que ça ?

-          Oh, non, hélas….soupira Abby à mi-voix.

La salle de bains des préfets n'était heureusement pas très fréquentée.  Un étrange portrait montrant un sorcier au regard brumeux portant son gant gauche à la main droite, était suspendu à côté de la porte en bois.

-          C'est  Igor le Zinzin, hasarda Sirius en désignant le tableau hideux.

-          Ne l'écoute pas, c'était un sorcier célèbre, Boris Abazourdoff. Il a fait de grandes choses mais il était, disons, très tête en l'air ; un innovateur, en quelque sorte.

-          Remus est un grimoire ambulant, mine de rien, fit remarquer Sirius adossé au mur, semblant attendre patiemment.

-          Pourquoi on s'arrête ? ne put s'empêcher  d'interroger Abby.

-          Il y a un mot de passe, ma douce, lui souffla Sirius à l'oreille. Bien sûr, on peut entrer d'une autre façon. Mais, aujourd'hui, nous faisons les choses correctement.

Remus s'approcha de la porte et prononça : «  Rosée fraîche ». Abby et Sirius en restèrent interloqués.
-          Attends, c'est ça, le mot de passe ?
-          Heu…oui, tu vois bien !

La porte s'était ouverte doucement. Il ne restait plus qu'à la pousser pour entrer. Sirius continua de marmonner pour lui seul : « Rosée fraîche ! » Mais c'est n'importe quoi ! Qui a trouvé un mot de passe aussi crétin ? Je me demande quelle est la personne en charge des secrets de Poudlard….

Abby l'interrompit en se retenant à sa manche tandis qu'elle contemplait la magnificence des lieux.Le marbre blanc semblait étinceler dans chaque recoin. Quant à la baignoire, on aurait dit une petite piscine.

-          C'est ça, la salle de bains ? s'étrangla Abby.

-          Oui, c'est très luxueux, je sais, s'excusa à moitié Remus.

-          Et c'est pour ça que nous y serons très bien. Je condamne la porte, n'est-ce pas ? Ce n'est pas une infraction ? lança Sirius, sarcastique,  en jetant un sort rapide à la serrure.

Pendant ce temps, Remus avait rassemblé dans un coin toute une pile d'épaisses serviettes de bain rangées à l'origine à côté de peignoirs pliés en ordre. Abby se perdait dans la beauté qui l'entourait. Elle n'aurait jamais soupçonné une telle pièce dans son école. Mais il y avait bien des endroits et des mystères qu'elle ignorait au sujet de Poudlard. Elle en avait conscience. Elle ne connaitrait jamais tous les secrets enfouis dans ce château et elle en éprouva un soudain regret. Rapidement, elle se tourna vers le coin aménagé par Remus. Elle ôta ses chaussures et se laissa couler sur la pile de serviettes moelleuses.

-          Félicitations, c'est mieux que le divan de la salle commune, Remus !

-          Merci. Sirius, tu fais quoi, avec les robinets ? J'avais précisé : pas de bains !

Le jeune homme se retourna et innocemment,  répondit :
-          Pour toi, peut-être, mais après cette conversation, j'entends bien me délasser dans cette merveilleuse petite piscine. Surtout quand on a passé la journée à voyager !

Remus s'assit près d'Abby et soupira. A voix basse, il lui dit :
-          Et le pire, c'est qu'il a raison ! De plus, tu peux sélectionner tous les coloris et les senteurs de sels de bains que tu veux, tu vois, avec ces mannettes ?
-          C'est génial !

En venant les rejoindre, Sirius eut un sourire sardonique :
-          Dites-le : ça vous tente, n'est-ce pas ? Oh, pas d'air choqué comme ça ! Je m'assieds et nous passons à ce qui nous occupe, enchaîna-t'il en se glissant en souplesse auprès de ses deux amis.

 Dans la salle envahie par le parfum légèrement sucré qui se dégageait de la piscine, tous les trois  avaient  l'air de conspirateurs bien curieux, tassés en rond. L'air humide faisait onduler les mèches indomptables d'Abby, et Sirius eut du mal à ne pas la fixer intensément. Pour se redonner une contenance, il prit la parole :

-          Comme tu as dû le comprendre, Remus et moi avons vu Dumbledore, pendant les vacances de printemps. Mais ce n'était pas la première fois. En fait, c'était une première réunion véritablement officielle.

-          Je ne te suis pas très bien, fit Abby en plissant le front.

-          Ce qui s'est passé, Abby, peut se résumer  ainsi, reprit Remus. Dumbledore nous a parlé plusieurs fois, individuellement. Une façon de nous sonder sans doute. Tu le connais. Quand il t'est arrivé…. cette rencontre….Le visage de Remus s'assombrit.  Dumbledore nous a avertis que nous devions nous tenir prêts pour une véritable concertation. Nous l'avions déjà vu, Sirius, James et moi, auparavant, pour parler de l'avenir et de nos motivations face à la menace de Voldemort.

Le nom ainsi prononcé dans l'enceinte protégée de Poudlard semblait tout d'un coup comme l'irruption d'un maléfice, d'une souillure qui n'aurait pas dû être. Pas ici, où depuis des centaines d'années sorciers et sorcières avaient placé leurs enfants en vue de leur éducation, en toute confiance. Et pourtant, le Mage Noir avait été lui-même élève ici ; cela ne faisait aucun doute. Et pourtant, les Mange-Morts avaient ou étaient encore étudiants dans cette même école. La limite semblait si fragile.

-          Nous voulions t'en parler même si nous sommes tenus au secret...

-          Attends, vous n'avez pas prêté le Serment Inviolable, sinon, vous savez ce qui vous attend! s'écria Abby soudain alarmée.

Remus et Sirius l'apaisèrent.

-          Pas si fous, non. On ne pourrait pas te parler en ce moment. Nous sommes peu nombreux à être au courant. James, Peter, Mc Gonagall, Hagrid …

-          Hagrid ? s'étonna Abby.

-          Il veut se battre lui aussi, bien sûr. Il n'est pas un sorcier ordinaire, bien sûr…

-          Mais il n'a pas de baguette magique, voyons….Abby s'arrêta.

-          Il est très fort, et il sait plus de choses qu'il n'en a l'air, non ?

-          Oh, ça…Je ne dis pas le contraire. Je le soupçonne de connaître les secrets de Poudlard aussi bien que Dumbledore. C'est peut-être lui, le créateur des mots de passe hasardeux, qui sait ? fit Abby songeuse.
Sirius la regarda étrangement. Cette idée lui paraissait liée au garde-chasse, tout à coup. Cette « rosée fraîche » n'émanait pas de l'esprit farceur de Dumbledore. Il décida de faire confiance à Abby. Puis il continua ses explications :

-          Donc, pour contrer les partisans de Voldemort, plusieurs sorciers sont d'accord pour se regrouper et  former une sorte de ….comment dit-on, Remus ?

-          Tu l'as très bien dit : un groupe pour résister à cette force qui menace le monde magique et Moldu. Nous avons tous entendu : il y a eu des enlèvements, des meurtres, déjà. Ne cherche pas, Abby,  ce sont eux. Nous n'allons pas les laisser faire. Nous allons nous battre.

-          C'est une …petite armée ?

Il y eut un silence. Le mot était si fort, si chargé de menace et de mort qu'il les faisait frissonner malgré tout.

-          Armée ? Une  poignée de sorciers et de sorcières, prêt à combattre, voilà ce qu'est l'Ordre du Phénix !

Abby sourit :

-          Phénix ? Tiens, je crois voir l'origine du nom….Il est facétieux, parfois, notre directeur…

-          Tu sais comment il est…

-          Et vous êtes nombreux, vous autres ?

Elle vit les deux amis baisser la tête dans la pénombre qui s'installait.

-          Nous sommes les plus jeunes, Abby. Dumbledore a déjà eu du mal à se résoudre à nous demander. Mais nous voulions en faire partie. C'est de notre avenir qu'il s'agit. On ne va pas rester là, les bras croisés, à regarder les Mange-Morts tuer et instituer un ordre odieux.

-          Donc, James, Peter…

-          Ah, Lily, aussi.

-          Lily Evans ? Abby en resta muette. Mais à bien y réfléchir, elle constata que c'était logique. Lily était une sorcière brillante, vive, et douée. Tenace. Et habile à jeter des sorts. La qualité qui manquait définitivement à Abby.  Celle-ci ne put retenir un soupir qui ne passa pas inaperçu.

-          NON, Abby, pas toi ! s'écria Sirius. Puis conscient de son éclat,  il se tourna vers Remus.

-          Pas toi, car tu as déjà été  repérée par certains Mange-Morts. Tu n'y es pour rien. Mais le risque est là.  Et tu peux être bien plus utile si tu deviens notre Guérisseuse. Nous en aurons besoin. Tu n'as pas l'intention d'aller te faire tuer inutilement alors que nous allons avoir besoin de tes talents ? ajouta doucement Remus.

Les mots planèrent dans la tête d'Abby. Remus avait toujours les intonations justes pour la convaincre. Forcément, il avait raison. Forcément, elle y voyait l'évidence. Mieux valait qu'elle restât dans l'ombre plutôt que de commettre des actions qui pourraient attirer ses amis dans un piège.

-          Bien sûr, admit-elle d'une petite voix. Et vous deux, vous avez intérêt à prendre garde à vous ! Je n'ai pas envie de passer mon temps à réparer les mauvais sorts !

Ils se mirent à rire mais l'inquiétude sonnait en écho dans la vaste salle.

A dix-sept  ou dix-huit ans, ils se croyaient  un peu invincibles. Mourir signifiait peu de choses car la vie semblait se dérouler encore si lentement. Il y aurait tant d'autres fois, et tant d'autres choses à faire, à voir, à vivre. Ils avaient à l'esprit   un « plus tard » suspendu dans l'irréel. Un « plus tard » qui n'arriverait peut-être pas quand ils  le souhaiteraient. Un « plus tard » qui n'existerait  peut-être jamais.

 Malgré tout, ainsi pensaient Abby, Sirius, et Remus. A un « plus tard ». Juste inconnu d'eux seuls.

 



 

 



Article ajouté le 2008-12-15 , consulté 90 fois

Commentaires


elvi44 le 16/12/2008 à 17:06:24
Que sait-on à 17-18 ans du plus tard en effet... on se sent invincible !
"rosée fraîche" !!! ce serait du Hagrid ça ??
Et voilà, une pièce de plus sur l'échiquier... l'ordre du phénix à ses débuts ... et bientôt.. la guerre ?

LEYA le 17/12/2008 à 11:20:22
Déjà, la guerre...mais personne pour combattre jusqu'à ce que Dumbledore s'oppose vraiment aux Mange-morts. Et là....
Mais on le sait par les livres: les actions contre les Moldus etc, et la montée en puissance de Voldemort duraient depuis déjà depuis des années.
C'est ce qui se répètera plus tard - avec le 2nd Ordre du Phénix...
"Rosée fraîche", oh, pourquoi pas...;-)))
fërikat le 17/12/2008 à 20:00:22
Évidemment, la chambre de bain, idée de Sirius.
Et la résistance ce prépare!
bisous xxxxxxxx
Leya le 13/01/2009 à 15:51:01
La suite arrive..doucement...patience...

Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Contes de Harry Potter - fan fiction (Leya) "

Retour aux articles