L'ombre du passé - Chap.22 - Guerre contre Voldemort 1
A propos d'illustrations:
Sirius, Remus, les Maraudeurs: une compilation de dessins et photos rassemblés sur l'un de mes albums à cette adresse:
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Eté 1978
La maison de Nemesia se profilait au bout de l'allée, masquée par la haute haie. L'absence de lumière rendait le paysage alentour effroyablement sombre. Une petite brise d'été fit onduler les branches enténébrées. Au même instant, derrière un chêne ancien au large tronc, une forme se glissa furtivement. Elle amorça un mouvement en direction de la bâtisse.
Une femme. Une petite femme recouverte par une grande cape, dont le capuchon dissimulait les cheveux, semblait hésiter devant l'absence de lumières. Ses grands yeux d'un brun très clair ressortaient sur son visage inquiet aux traits tendus. Sa lèvre supérieure était contractée sous l'effet de la peur. Pourtant, une force étrange émanait de sa silhouette ni trop frêle, ni trop fragile.
Abigail revenait d'une dure journée à Ste. Mangouste. Elle s'étonnait de ne pas voir les chaudes appliques du perron allumées pour l'accueillir comme tous les soirs où elle rentrait tard. Nemesia était-elle souffrante ? Ou s'était-elle absentée sans l'avertir ?
Elle osa un autre coup d'œil en direction de la maison : masse noire distincte sur la nuit. Elle eut envie de tendre sa baguette magique et de prononcer « Lumos » mais quelque chose retint son geste. Une précaution.
Tout paraissait calme. Trop calme.
Abby sentit son pouls galoper. Son sang battre lourdement dans ses veines. Un flux traître lui coupa le souffle. Elle se força à raisonner lentement. Respira silencieusement. Et marcha le plus doucement possible. Elle avança à petits pas, presque sur la pointe des pieds, négligeant l'allée, préférant longer la haie, sur la pelouse.
Elle pila net. N'osa plus faire un geste.
Elle avait cru entendre un bruit . Cliquètement. Elle tourna la tête. Trop vite. Droite. Gauche. Elle en eut presque le vertige. Que se passait-il ?
Elle fit un pas. Juste un.
Brusquement, une onde de chaleur s'engouffra devant elle. Barra son champ de vision. Elle fut happée par une main rude qui la tira sans ménagements en arrière.
Sans un bruit, elle sentit les doigts se refermer sur son avant-bras. Elle se maîtrisa pour ne pas crier.
Un souffle rauque, une voix basse, à peine audible lui murmura :
- Derrière le chêne, Abby, vite.
Froide, la voix. Un timbre très bas. Feutré. Elle reconnaissait son appartenance aussi bien qu'elle devinait les yeux noirs qui lui ordonnaient de reculer.
Elle obéit.
- Sev, dit-elle sans comprendre, une fois derrière le chêne.
- Tais-toi ! Personne ne sait que je suis là. Tu dois t'en aller.
- Pourquoi ?
Severus se pencha sur elle, ses yeux miroitant un instant de malveillance :
- Ils t'attendent, idiote. Ils ont cerné la maison de ta tante.
- Elle…elle n'a rien ?
- Elle ? Personne ne peut entrer. Tu le sais bien. Trop de protections sur cette maison. Mais toi, tu ne peux pas la rejoindre. Quelqu'un te cherche. Il te veut depuis longtemps.
Abby comprit enfin. Les Mange-Morts.
- Rabastan ? C'est ça ?
Severus acquiesça, un rictus légèrement dégoûté sur les lèvres.
- Il ferait de toi ce qu'il veut.
- Mais toi…Tu es avec eux, non ?
Il ne répondit pas. Abby avisa soudain la main de Severus toujours agrippée à elle. Elle observa la manche relevée et même dans la nuit, ne put se tromper: l'ombre de la Marque des Ténèbres y était fraîche, sur son avant-bras. Ainsi c'était vrai.
- Que regardes-tu ?
Severus n'avait jamais été un imbécile. Abby s'empourpra dans l'ombre. Il ricana à mi-voix.
- Ah, ça. Nous sommes de plus en plus nombreux. Le prochain sera Regulus.
- Regulus Black ? elle s'étrangla à moitié.
- Et alors ? Tu sais que Rabastan se serait fait une joie de t'inviter à son…initiation, si tu avais avancé de quelques pas. Et aux petites festivités que certains goûtent tant lors de ce genres d'événements, ajouta-t'il dédaigneux.
Abby tressaillit :
- Tu ne les approuves pas ?
- Je n'aime pas les mœurs de certains ; ceci est la seule nuance.
- Tu es paradoxal, Sev.
- Tais-toi, je te sauve la peau. Alors, file sans discuter, siffla-t'il entre ses dents serrées.
- Pourquoi ?
- Je n'ai pas à me justifier. Mais tu me devras toujours un service, Abby. Si tu survis. Dégage, maintenant ! Je ne veux pas savoir où tu vas, et il détourna volontairement d'elle ses yeux noirs. Il la lâcha et la propulsa presque loin de lui.
Sans un mot de plus, Abby battit en retraite.
Dès qu'il fut hors de vue, elle rassembla ses idées, pensa très fort au seul endroit où elle pensait pouvoir trouver refuge à présent.
Se concentra puis tourbillonna dans le vide avant de reprendre pied, chancelante dans une rue de Londres.
La maison de Sirius ne devait pas être loin.
Les jambes flageolantes, Abby parvint peu à peu à se repérer. C’était ici ; la maison que Sirius avait achetée avec l’argent que lui avait laissé son oncle Alphard.
A présent, elle devait être discrète et faire en sorte de l’avertir de sa présence. Elle espérait que cet endroit était suffisamment anonyme pour être inconnu des partisans de Voldemort. Mais d’après ce qu’elle savait, c’était une cachette sûre.
Que pouvait-elle faire pour tirer Sirius de son sommeil ? A condition qu’il fût là et non en mission pour l’Ordre ? Elle se mordit les lèvres.
Regarda de tous côtés. Tambouriner à la porte ne serait pas très discret. L’autre alternative non plus, mais si elle agissait rapidement. Elle se décida rapidement, se concentra et leva sa baguette magique chuchota « Expecto patronum » son esprit tendu vers la porte. La forme vibrante d’argent galopa comme un chien et disparut tel un fantôme dans la maison, bondissant tel un loup.
Abby se rendit compte qu’elle tremblait.
Elle resta près de la porte, se forçant à garder la plus maîtrise d’elle-même.
« Patience » s’exhorta-t’elle mentalement. Elle ne sut compter les minutes.
Elle avait le dos tourné lorsque la porte peinte s’entrebâilla derrière elle. Abby frémit. Elle entrevit des cheveux en bataille sur un visage régulier à de mi dans l’ombre.
Sirius.
Abby inspira un grand coup.
Elle eut le temps de voir qu’il ouvrait la porte avec méfiance, sa baguette magique à la main, instinctivement sur la défensive.
Dès qu’il la vit, il ouvrit la porte et lui fit signe de s’avancer, visiblement interloqué :
- Abby, entre vite, ne reste pas plantée, j’ai vu ton Patronus, fit-il d’une voix étouffée.
Aussitôt, elle s’engouffra dans l’entrée. Enfin. Un refuge. Le calme.
Une fois à l’intérieur, elle ne sut que faire : les mots se bousculaient, les derniers événements, la peur. Elle avait échappé à quelque chose de terrible, elle le savait.
Sirius eut la présence d’esprit de la guider rapidement vers le salon, comme pour éviter la gêne qui menaçait.
Il avait une envie irrépressible de la serrer fort contre lui après des semaines d’inquiétude et de manque d’elle. Mais il voyait à son visage blême, à sa mine défaite qu’elle venait de vivre un moment difficile. Il n’osait même pas imaginer lequel. Son imagination galopait. La colère grondait déjà en lui. Son poing se serra autour de sa baguette magique lorsqu’il la rangea dans la poche de son jean.
Comme un automate, Abby s’écroula dans le sofa sans un regard pour la pièce. Epuisée. Elle devait raconter. Mais elle se demandait si elle devait mentionner le prénom de Severus, connaissant l’aversion de Sirius pour celui-ci. Elle était partagée entre révéler ce qui se tramait et celer une part de sa vie. D’autre part, parler de Severus ferait exploser Sirius de rage, même si leur ancien camarade lui avait évité un sort terrible.
Déchirée par tant de questions, elle pria Sirius de s’asseoir à ses côtés et elle lui relata à voix lente, presque détachée ce qu’elle venait de vivre. Sirius resta muet, les yeux fixés sur un point invisible, ne l’interrompant pas. Elle le sentit vibrer de fureur au nom de Rabastan Lestrange. Puis elle le vit se crisper quand elle évoqua le choix de Regulus.
Finalement, elle se tourna vers lui. Et mentit, le cœur à la renverse :
- C’est Regulus, c’est ton frère qui m’a avertie de la présence des Mange-Morts. Si j’avais avancé…Elle se tut, ne put en dire plus.
Sirius se passa la main sur le visage et soupira :
- Quel imbécile ! Il a toujours vénéré Voldemort, je ne sais pourquoi. Ce truc des Sang-Purs. Il a à peine dix-sept ans, fichu crétin ! Te rends-tu compte, Abby ?
- Je sais. Ecoute, peut-être …comprendra-t’il, peut-être laissera-t’il tomber…
- On ne peut pas faire ça quand on est chez EUX, Abby, hélas. C’est la guerre. Ils ne le laisseront pas.
Abby posa sa main sur celle de Sirius. Premier contact depuis des semaines.
- Sirius ? Il y a un moyen de savoir, pour Nemesia ? Si elle va bien ? Je m’inquiète, tu sais.
- Oh. Bien sûr. Je vais contacter quelqu’un de l’Ordre et on enverra …enfin, on ira voir sur place. Et il faut rassurer ta tante à ton sujet. Je dois prévenir Dumbledore de tout ça, aussi. Tu veux…quelque chose, pendant ce temps ? hésita-t’il.
Ils se regardèrent, embarrassés.
- Si tu veux bien. Je… ..j’aimerais bien prendre une douche…et changer de vêtements, mais je n’ai rien avec moi. Je me sens…je ne sais pas, dégoûtante.
Abby sentait ses idées s’emballer. La brûler. Sirius se pencha rapidement et posa un doigt sur ses lèvres.
- Chhh…Bien sûr. Je te montre le chemin. Et j’ai même des fringues moldues…qui seront trop grandes pour toi, mais ça fera l’affaire. Viens, je te montre…Heu, Abby, fais comme chez toi.
Elle hocha la tête, en silence, la gorge nouée.
Sirius envoya plusieurs messages cette nuit-là. Et reçut une réponse rapide de Dumbledore ; à croire que le directeur de Poudlard ne dormait jamais. Il conseillait à Abby de rester où elle était et de ne pas se rendre à son travail à Ste. Mangouste pour l’instant tant que la situation restait aussi périlleuse. Quelques membres de l’Ordre allaient se charger de vérifier le voisinage de Nemesia. Dumbledore précisait qu’il avait un moyen de contacter celle-ci.
Il leva les yeux et faillit éclater de rire. Enfin.
Abby descendait l’escalier trop raide revêtue d’un sweat-shirt immense et d’un pantalon de sport plusieurs fois retourné à la taille. Elle disparaissait dans les habits de Sirius. L’effet était absolument charmant mais d’une drôlerie irrésistible. Malgré la fatigue, elle rit aussi.
- Je sais, je ne ressemble pas du tout à une sorcière…
- Pas vraiment, non. Viens ici, je vais te résumer les nouvelles. Sers-toi, ajouta-t’il en désignant la théière.
Tandis que la jeune femme ensorcelait la théière d’un geste las pour se verser une tasse, Sirius lui apprit les directives de Dumbledore. En avalant la première gorgée, Abby esquissa une grimace qui n’échappa pas à Sirius.
- Et quoi ? C’est trop chaud ? Ou est-ce la perspective d’être enfermée ici…. ?
Elle ne répondit pas. Garda les yeux baissés sur sa tasse. Le front en feu. Apeurée.
- Je sais à quoi tu penses. Tu ne veux pas vivre ici. Et encore moins te sentir prisonnière. Je n’aimerais pas ça pour rien au monde, Abby. Mais c’est pour un temps, pour ta sécurité. Comprends-tu, dragonne entêtée ?
Surprise, Abby releva la tête. Les yeux de Sirius ne révélaient rien de ses pensées mais son sourire en coin en disait long.
- Tu te méprends, Black. Les dragonnes sont des créatures bien trop dangereuses. Même pour un inconscient qui prend une moto volante pour un balai et qui s’en va narguer ses ennemis au mépris du danger. Tu devras te calmer un peu.
Sirius rejeta ses mèches brunes en arrière, désinvolte :
- Parfois, j’ai l’impression que tu es l’invention la plus dangereuse pour moi, Abigail.
Ils se regardèrent avec une intensité quasi palpable. D’âme à âme.
- Si-ri-us, la voix d’Abby se fit un murmure de douceur.
- Je ferais attention, dans la mesure du possible. Alors, es-tu d’accord, petite dragonne ?
- Oui et merci.
- Tu m’as manqué.
Elle avança sa bouche contre la sienne, se laissant imprégner de sa caresse, s’envelopper de son étreinte.
Enfin, il respirait. Soulagé de la savoir près de lui. Pour un temps.
Ne sachant pas ce qui les attendait, ils allèrent se glisser l’un contre l’autre, et enfin, s’endormir.

Commentaires
elvi44 le 23/01/2009 à 19:03:24Brrrr - atmosphère des plus sombre ..on entre dans le domaine de la terreur engendrée par celui-dont-on-ne-prononce-pas-le-nom et ses mangemorts - Severus : rôle ambigü naturellement ... alors le seul choix, Sirius et voilà, la boucle se referme !
EmelPuck le 23/01/2009 à 21:58:42
Haaa... on entre enfin dans le vif du sujet !!
la guerre contre Voldemort !!!
Cool !!!!
Leya le 24/01/2009 à 17:10:27
plus sombre et pas forcément une période que je vais détailler - Abby n'étant pas au centre des combats - et heureusemnt....
C'est ici que se pose le problème des limites; et mon choix est fait.
Trop d'horreurs à taper car si on y réfléchit bien, il y en a un paquet, j'ai choisi la version "soft" amplement suffisante.
Pas si cool, non.
FëryKat le 28/01/2009 à 01:47:14
Yé, Severus a fait une petite apparition!
Leya le 30/01/2009 à 14:22:36
Ah, ah...tant qu'il y a du Severus, hein..??
Bon, ça te change de la version de Rowling avec James et Sirius sur la moto volante,là?
elvi44 le 30/01/2009 à 17:57:41
C'est beaucoup plus "réel" et tendre que la version Rowling et surtout James et Sirius sur la moto volante - oups ...
Abby devient tellement proche... comme si on la connaissait vraiment -
Elvi
Leya le 30/01/2009 à 18:47:02
Franchement, elle s'est peut-être bcp amusée avec Sirius et James sur la moto volante... mais la voiture de flics pour arrêter les Mange-Morts, c'est un peu crétin. En relisant un passage de"L'ordre du phénix", je me disais que, non, ça n'était pas drôle du tout - l'épisode où Maugrey montre la photo des membres du 1er Ordre du Phénix à Harry..et ce qu'ils sont devenus.
FëryKat le 31/01/2009 à 03:22:24
Tu as quand même fait allusion à la moto volante ;)
Oui, J'aime beaucoup Abby moi aussi. OH! oui, j'aime beaucoup ta version, plus réel, plus sombre aussi...
Leya le 31/01/2009 à 10:07:40
Allez, j'avoue: quand j'ai corrigé toutes mes z'hooribles fautes, je n'ai pas pu m'empêcher de faire un clin d'oeil à cette anecdote de "moto volante", la soi-diant préquelle jamais écrite de Rowling. Mais vu que j'avais déjà parlé de Sirius et de sa moto, ça va , je suis restée ds le fil de mon histoire. Je corrige la suite: juste un léger souci de chronlogie. Et oui, c'est assez sombre...donc, il faut mettre des petites touches plus légères parfois, sinon, c'est le marasme des Détraqueurs!
A plus
PS:le texte de la moto volante est sur "Bienvenue chers Moldus" lien ci-contre pour ceux qui n'ont pas tout suivi!