L'ombre du passé - Chap.25- Naissance de Harry 1/2
30/31 juillet 1980
C'était une visite inusuelle. Elle avait les codes et les précisions nécessaires pour parvenir jusqu'à la demeure de Sirius. Il l'avait fait entrer, un peu abasourdi. Elle se tenait très droite dans le salon. Impressionnante.
- Et bien, ne restez pas planté là, je suis pressé, Sirius.
- L'Ordre ? interrogea-t'il.
Minerva McGonagall le considéra avec une pointe d'amusement derrière ses lunettes, remit d'un geste machinal son chapeau de tartan droit sur sa tête, tapota son chignon puis fit un bref signe négatif.
- Pas exactement. La vie. Elle se tourna vers Remus qui semblait aussi ahuri que son ami. Ai-je raison de croire qu'Abigail est bien en sécurité dans vos murs, ce soir ?
Soudain un peu gêné devant son ancien professeur, Sirius se reprit puis affectant un ton dégagé :
- Abby ? Mais bien sûr…
- Très bien. Pourriez –vous allez la quérir s'il vous plaît ? Et rapidement jeune homme !
- Abby ? Mais…que se passe-t'il ? intervint Remus.
McGonagall lui répondit brièvement :
- Ses compétences sont requises. Chez James et Lily.
- QUOI ? s'écrièrent Sirius et Remus en même temps. Ils sont blessés ? C'est Voldemort ?
- Ai-je évoqué le Mage Noir ? fit McGonagall, en levant un sourcil. Dépêchez-vous, Sirius.
Le jeune homme grimpa les marches aussi vite qu'il put, ses cheveux bruns voletant en tous sens.
Remus, un creux entre les sourcils, demanda, la mine soucieuse :
- Minerva, que nous cachez-vous ? Vous venez ici, tard…James et Lily ?
McGonagall eut un court sourire de compassion pour son ancien élève.
- Voyons, Remus, réfléchissez : nous sommes à la fin juillet. Lily arrive à terme de sa grossesse.
Elle ne tenait pas à développer des détails féminins. Son tact naturel lui faisait garder une réserve courtoise. Mais elle pensa que ce jeune homme devait bien se douter que les enfants n'étaient pas apportés aux parents par des chevaux ailés.
Remus semblait pourtant interdit. Puis un éclair doré traversa ses yeux d'ambre.
- Vous voulez dire…qu'elle va avoir son bébé maintenant ?
McGonagall faillit lever les yeux au ciel.
- Bien sûr ! Il est grand temps, non ?
- Déjà ? bredouilla Remus.
- Neuf mois révolus, cela me semble tout à fait normal pour une femme, mon jeune ami, répliqua McGonagall, pince-sans-rire.
Remus se détourna, en se sentant rougir. Il se traita d'imbécile au fond de lui-même. Ces derniers temps, il avait si peu pensé à ces détails de la vie pratique. Il savait pourtant que Lily et James étaient mariés depuis plus d'un an. La guerre contre Voldemort n'empêchait pas tous les sorciers de fonder des couples ou des familles. Même si lui, Remus…Il préféra écarter cette idée.
Les combats incessants, les morts, les blessures s'étaient succédé, usant leurs forces vives, noyant leurs énergies dans l'ombre. Le brouillard s'épaississait autour d'eux, comme une bête avide, les crocs découverts, la face invisible mais hideuse, ondulant entre les roches déchiquetées de la barbarie et de la cruauté. L'infamie de la Marque des Ténèbres ornait le ciel trop souvent, verte sur le ciel étoilé ou clair, salissant la pureté d'un clair de lune ou d'un lever de soleil. Cette lutte aurait-elle jamais une fin ?
Remus ne put s'empêcher de se dire que cette période était bien triste pour un enfant à naître. Mais il chassa aussitôt cette idée stupide.
C'était peut-être là que résidait l'espoir.
Sirius redescendit, Abby sur ses talons, un sac passé à l'épaule. McGonagall les pria de la suivre à l'écart. Elle voulait leur parler en privé. Abby interrogea son ancien professeur du regard :
- Vous avez besoin de moi ?
- Pas moi. Une future maman.
Aussitôt, Sirius comprit :
- Lily ? C'est pour cette nuit ?
- En effet. Nous avons eu un message des Potter et Albus m'a envoyée vous trouver. Abigail, avez-vous tout ce qu'il faut en vue d'une future naissance ?
- J'ai le nécessaire. Mais je n'ai jamais encore fait fonction de sage-femme.
- Il y a un commencement à tout, jeune demoiselle. Vous êtes une Guérisseuse. Et une bonne.
Ce fut au tour d'Abby de rosir. Elle s'arrangea pour vérifier le contenu de son sac. McGonagall, qui connaissait le caractère de son ancienne élève, se tourna vers Sirius :
- Vous seul pouvez mener Abigail chez James et Lily puisque vous êtes le Gardien du Secret des Potter. Je compte sur vous pour la plus grande discrétion.
Abby observait la scène avec un air de doute. Il y avait une nuance de suspicion dans les intonations de McGonagall. Remettait-elle en question la loyauté de Sirius envers l'Ordre ? Abby cligna des yeux. Elle devait se faire des idées. L'époque actuelle tendait à la méfiance accrue. Que se passerait-il lorsqu'elle aurait accompagné Sirius et pénétré chez Lily et James ? Elle connaitrait alors leur véritable résidence. Abby pressentait qu'un problème se profilerait inévitablement. Mais elle ignorait lequel.
La nuit occultait les alentours. Abby ne tenait pas à savoir où ils se trouvaient précisément. Moins elle en saurait au sujet de l'adresse véritable de Lily et James Potter et mieux cela vaudrait pour elle.
Elle s'agrippa au bras de Sirius lorsqu'ils franchirent le seuil de la maison. La magie qui protégeait le lieu était brisée pour Abby, même si elle n'en avait aucune conscience. Elle ne s'arrêta pas à cette idée. Quelqu'un avait besoin d'elle, ici.
La lumière du salon était allumée. James se précipita vers eux, les lunettes de travers sur son nez fin, les cheveux plus ébouriffés que jamais, un sourire radieux sur le visage. Seule une fine ride d'inquiétude au coin de ses lèvres marquait une inquiétude latente.
- Mon vieux Patmol, s'écria-t'il en tapant vigoureusement dans le dos de Sirius. Enfin ! Je me demandais si Albus avait bien reçu mon message !
- Bien sûr ! je t'ai amené la personne qui convient, pour Lily ! répondit Sirius après lui avoir rendu son accolade.
Il fit un pas de côté et désigna Abby qui adressa un sourire à James.
- Abby ? Evidemment….Je sais toute l'aide que tu as apportée à l'Ordre. Mais, un bébé ?
Ses yeux noisette flottaient légèrement dans le vague. Le doute. Forcément.
Abby savait qu'il n'avait pas tellement d'estime pour elle. Non pas qu'il ne l'aimât pas, mais il l'avait toujours ignorée lorsqu'il était à l'école. Même s'il savait qu'elle occupait les fonctions de guérisseuse, il n'avait jamais pensé qu'elle occupait une place plus importante dans la vie de son meilleur ami. Pour lui, elle était certainement une sorcière médiocre. Alors, confier sa femme et son enfant à naître à quelqu'un en qui il n'avait pas réellement confiance ?
Abby se prit à penser que, vu les circonstances, il n'aurait placé sa confiance en personne. Il présentait tous les signes d'un futur père complètement débordé par les événements et bouillonnant d'anxiété.
Mais elle devait reprendre la situation en main. Elle ramassa son sac et de la voix la plus sérieuse et la plus grave qu'elle put, elle lui répondit :
- Ecoute-moi, James Potter. Minerva McGonagall m'a envoyée chez toi pour Lily. J'ai reçu la formation de Guérisseuse et je n'ai pas à répondre de mes compétences. En un autre moment, ta femme aurait pu accoucher ailleurs que dans sa propre maison. Mais les choses sont ainsi. Vas-tu me montrer le chemin, à présent ?
- Oui, oui. Il se tourna délibérément vers Sirius. Lily a réussi à me convaincre de l'emmener en cachette chez ces fichus guérisseurs moldus…des…Il buta sur le mot : Des …nygéco-choses ?
Abby pouffa devant les regards d'incompréhension qu'échangeaient ces deux grands dadais.
- Gynécologue, c'est ça. Et elle a bien fait. Ce sont des méd…enfin, des guérisseurs efficaces durant la grossesse des femmes, moldues ou sorcières. Et tout va bien ?
James la regarda avec des yeux ronds puis haussa les épaules en les précédant dans l'escalier puis sur le palier.
- Je n'ai pas compris tous les termes moldus mais je sais que tout se déroule comme prévu. « Une grossesse sans problèmes », voilà ce qu'on nous a dit en conclusion. Tu crois que …enfin, ça veut dire que le bébé va venir tout seul ?
Abby sourit largement :
- Tout seul ? Avec une bonne dose d'efforts, tu veux dire.
- Mais…elle...elle a l'air d'avoir déjà très mal ! Tu vas faire quelque chose ! l'implora-t'il du regard.
- James, je peux l'aider. Mais je ne vais pas accoucher à sa place. Le travail, c'est elle qui le fera. Quand tu dis qu'elle a mal, c'est parce qu'elle a des contractions.
- C'est atroce !
- Mais depuis quand les femmes accouchent-elles sans rien sentir, voyons ? lança-t'elle, un brin ironique. Puis elle se reprit, voyant les mines horrifiées de James et Sirius : Je vais faire le maximum. Inutile de prendre ces têtes-là ! Depuis des millénaires, des femmes mettent des enfants au monde.
Ils semblèrent légèrement soulagés.
Ce qu'Abby avait choisi de taire délibérément, c'était le fait que, par le passé, des femmes mouraient parfois en donnant la vie. Que la vie et la mort étaient intimement liées. Mais que nul homme ne saurait toucher un jour cette fragile limite qui se tenait en suspens lorsque survenait une naissance. C'était impossible. Et mieux valait que ces deux-là continuent à ignorer ce mystère inexplicable qui les aurait terrorisés. Parce que cela tenait du sublime et de l'inconcevable.
Abby respira profondément en pensant que la médecine moldue était bien pratique. Elle espérait qu'il n'y aurait aucune complication et que, comme l'avait dit si naïvement James « le bébé viendrait tout seul ». Elle connaissait la théorie, les techniques. Mais il fallait que ce soit un accouchement simple.
Elle se força à se concentrer sur l'instant présent.
James avait poussé la porte de la chambre. Lily était appuyée sur un fauteuil qui se trouvait dans l'angle, une main sur les reins.
Elle tourna la tête.
Ses yeux verts étincelèrent droit vers eux. Ses cheveux d'un roux profond étaient attachés en une natte bien serrée.
« Encore et toujours belle, pensa Abby. Même au dernier stade de la grossesse. Alors qu'elle se traîne visiblement depuis des heures. Aie pitié d'elle, Déesse mère. »
James bondit près d'elle :
- Mais qu'est-ce que tu fais debout !?
- C'est juste que je ne peux pas rester allongée, dit-elle d'une voix essoufflée mais têtue. C'est insupportable.
- Et c'est bien mieux si tu marches, oui. Tu as trouvé. Tu fais avancer le travail, ainsi, intervint Abby en s'avançant.
Lily eut une grimace :
- Abby, bienvenue ! Sirius ! Tu m'as amené la meilleure guérisseuse ! Je t'en suis très reconnaissante !
- C'est normal. Tu verras, ça va aller, Lily, la rassura Sirius.
Elle hocha la tête, se tourna vers James :
- Allez, tu vas nous laisser, mon chéri.
- Pas question…Je….
- Ne discute pas. C'est une affaire de femmes. On t'appellera …Et elle l'embrassa sur le coin de la bouche.
James ne parut pas vouloir bouger. Abby posa son sac, repéra les lieux. Puis elle raccompagna fermement Sirius et James à la porte de la chambre. En sortant, elle glissa à Sirius :
- Tu le surveilles, n'est-ce pas ? C'est pas drôle d'attendre.
- Je me doute. J'ai confiance en toi.
- Merci…Sirius. Et n'abusez pas de Bièraubeurre, hein ?
- Moi ? Abby ! fit-il sur un ton offusqué. Courage, mo chriddhe. (mon coeur.)
- Je suis prête. Je n'ai pas peur. Et elle ajouta, certaine de n'être comprise que par Sirius : Tha gu mhath (Je vais bien).
- A e'n fhirin a th'agad? (Me dis-tu la vérité ?)
- Gle mhath. Tapadh leat ! (Très bien. Merci !)
- S'math sin …, mo ruin. (Génial, mon amour)
Elle ferma les yeux à demi. Et commença de repousser la porte. Elle entendit seulement Sirius s'éloigner de son pas souple.
A SUIVRE....!

Commentaires
elvi44 le 03/03/2009 à 17:20:54Remus pense-t-il que les petits humains naissent après deux ans de gestation comme les bébés éléphants ;-)
Ah, je la vois bien, Minerva, balançant la plume de faisan de son chapeau (vert !) ...
Abby à la naissance de Harry... Leya tu nous en prépares des surprises !!! super... à suivre, bien sûr ;-)
EmelPuck... le 03/03/2009 à 17:21:51
Heu... très chère tous les à et d'autres lettres n'apparaissent pas à ma lecture.
Dois-je m'inquiéter pour mes yeux ? Pour mon ordinateur (enfin c'est pas le mien mais ça c'est un détail) ? Ou est-ce normal ?
"Il est né le divine enfant, chantez hautbois, résonnez musettes, il est né le divine enfant, chantons tous son avènement !!!"
Leya le 03/03/2009 à 18:43:58
Tout est normal avec mon texte.
Par contre, on n'écrit pas du tout "divINE enfant " (ce n'est pas UNE enfant) mais "divin"; la différence se fait à l'oral avec la liaison....
fërikat le 03/03/2009 à 22:59:11
La naissance de Harry... tu as pensé à tout!
Je trouve que ton avant Potter est un bon complément à celle d'Harry, mais en même, une histoire à part entière... tout à fait captivante! On en oublie celle de Harry ;) Tu devrais l'envoyer à Rowling :)
Leya le 04/03/2009 à 11:09:35
Je vais te dire, Fëri..:au début j'avais une histoire de 2 chapitres (Abby et Remus).
Mais comme j'avais des tas de questions qui me troublaient quand je lisais la série des HP - pourquoi untel...? et comment ça a pu se passer..? - et que je suis à la fois curieuse et , disons, inventive , j'ai posé dans un coin de cahier toutes mes interrogations.
Ensuite, tu as compris, j'ai fait ma propre histoire, la mienne, en essayant de donner des réponses qui se tiennent.
Et ceci du début - la scolarité à Poudlard- jusqu'à la fin - je ne dirais pas où je m'arrête, mais je m'arrête à un moment! ;-))
Oh, Rowling n'a qu'à venir lire; elle connait le français! lol
fërikat le 05/03/2009 à 07:37:16
:)
elvi44 le 05/03/2009 à 19:02:59
Et voilà comment un autre roman est né .... par des pourquoi et un auteur (on ne dit pas une auteur n'est-ce pas ?) inventive !!!
Biz en attendant tout ce que tu as pu concevoir - ELvi
leya le 06/03/2009 à 15:20:25
Je sais pas, je dis : une auteurE.
Et en ce moment, je corrige la suite. ;-)
fërikat le 08/03/2009 à 00:26:55
il me semble que une auteure femme s'écrit avec un E, mais je crois que beaucoup de gens l'écrivent encore au masculin ;)
Leya le 09/03/2009 à 15:40:12
Mon dico n'est pas hyper récent mais je suis quasi certaine que "auteur " se met au féminin. Faut pas exagérer...il y a assez de mots masculins comme ça!
Surtout celui-ci:très facile de lui rajouter un "e".
- ah, ça y est...je sens que la Journée de la Femme est passée par là.lol -
Ceci dit, ça serait bien pratique d'écrire au ...neutre!! - et voilà mes idées bizarres qui recommencent.
elvi44 le 09/03/2009 à 18:24:46
Bon, alors, une auteurE - je note - écrire au neutre... ni île ni ailes comme tu le mettais dans ce fameux poème ! why not ? bon, écris, écris.. pour qu'on puisse se délecter de la suite ahaha..;biz
elvi44 le 12/03/2009 à 18:27:17
ah nous voilà dans la phase la plus critique : la naissance ! un instant magique, difficile pour la maman il est vrai, quelque chose de naturel puisqu'en effet "les bébés viennent tout seuls" enfin presque ... tu mets les hommes au placard ? moi j'aimais bien avoir JP à côté de moi qui me tenait la main ... ça me rassurait même s'il ne pouvait rien faire d'autre et il n'était pas du genre à tomber dans les pommes !
Leya le 12/03/2009 à 18:53:11
Je décris ce qui me paraît le plus proche des personnages, pas ce que j'aurais souhaité ds mon cas perso - la présence du papa ou non - et en aucun je ne porte un jugement sur le comportement des futurs pères ds cet instant unique car chacun doit se sentir libre de faire ce qu'il sent. Si rester auprès de sa compagne, même sans s'évanouir, ça le fait, tant mieux; si c'est en le faisant parce que "c'est une chose qui est cool" .....pas d'accord; idem si c'est pour vouloir soutenir et en ressortir profondément choqué sans oser le dire.
Il faut savoir où sont ses limites. Et c'est bien de savoir le faire.
C'est dans cette optique de tolérance que j'envisage aussi l'épisode.
EmelPuck le 22/03/2009 à 15:51:21
Si je peux parler du cas de ma propre mère, je ne voulais pas venir du tout !!
Ils ont été obligés de déclencher la naissance, j'avais une semaine de retard !!
Et ça n'a pas été une partie de plaisir au peu qu'elle m'a raconté !!
Ce n'est pas Bradley qui dans les Dames d'Avalon (je ne sais plus quel tome) dit qu'à travers la naissance la femme accède à des secrets sur la vie et la mort que les hommes ne connaîtront jamais ?
Leya le 22/03/2009 à 16:22:05
C'est bien Bradley, oui ;-)
Et dans mon cas...ma fille est née aussi avec 1 semaine de retard; déclenchement, etc.....
EmelPuck... le 27/03/2009 à 15:01:09
Donc ta fille est bien partie dans la vie !!
lol !!
;-) !!
(non j'ai pas le chevilles qui gonflent du tout !!)