L'ombre du passé - Chap.26- Trahison de Sirius 2/2
"Donec eris felix, multos numerabis amicos.
Tempora si fuerit nubila, solus eris."
Tant que tu seras heureux, tu compteras de nombreux amis. Si le ciel se couvre de nuages, tu seras seul.
OVIDE.
- Abby ? Abby !
Et soudain le visage de Nemesia amaigri fut devant elle, illuminé. Désorientée, Abby se précipita sur le seuil de la maison. Mais en serrant sa tante dans ses bras, elle lui précisa :
- Ne range pas ta baguette ! Le sort de protection est très efficace, il a même bloqué…Remus. Le pauvre est comme englué dans un mur invisible. Sors-le de là, s'il te plaît, l'implora-t'elle en désignant le jeune homme à quelques mètres de là, comme immobilisé par un filet magique.
Il était blême.
Nemesia se mordit les lèvres :
- J'aurais dû y penser. Toi, tu pouvais passer. J'aurais dû…et puis tout est fini…quelle vieille harpie je fais !
Elle reprit sa baguette et traça des cercles compliqués en murmurant des phrases inaudibles dans un langage qu'Abby ne comprit pas.
Elle vit Remus esquisser un geste puis avancer vers elle, libre de ses mouvements, visiblement soulagé.
- Merci, dit-il en saluant Nemesia. J'ai cru…je ne sais pas…
- Un simple courant d'ondes magiques, expliqua Nemesia sans détailler le sort. Mais entrez tous les deux. Je suis tellement heureuse de vous voir après tout ce temps. Enfin…Une ombre passa dans ses yeux.
Ils la suivirent jusque dans le salon. Abby s'assit, le cœur pincé par l'anxiété. Sa tante lui cachait quelque chose. Sur la table basse, à côté du service à thé, la Gazette du Sorcier était étalée. En première page, la fin de Voldemort était annoncée détruit par le petit Harry Potter. Remus se saisit du journal, interloqué. Et faillit s'effondrer sa lecture aussitôt entamée.
- Remus ! Qu'y-a-t'il ?
Il ne put répondre. Aussi Abby se lança t'elle dans les lignes avant de comprendre ce qui s'était passé. Ainsi c'était ça : une double nouvelle. La fin d'une horreur. Mais deux amis tués. L'enfant qu'elle avait aidé à mettre au monde était orphelin. Le filleul de Sirius. Aussitôt elle chercha le nom dans le journal. C'était celui de la veille. On n'en faisait pas mention.
- Tu n'as pas reçu…l'édition de ce matin ?
- Il est un peu tôt, je suppose. Mais ça ne devrait pas tarder.
A peine avait-elle prononcé ses mots qu'un hibou hulula dans le vestibule. Nemesia se leva et en ramena un exemplaire de la Gazette du jour. Remus gardait le visage enfoui dans ses mains.
Abby était déchirée entre l'inquiétude et l'incrédulité : la perspective d'une vie sans Voldemort. Enfin !
Un fracas la fit sursauter. Sa tante avait laissé tomber le journal sur les tasses à thé et portait ses mains à ses joues. Elle s'était figée. Remus releva la tête et avisa la Gazette.
Abby réagit plus rapidement que lui ; elle s'en empara et déplia la première page :
« Meurtre en pleine rue. L'espion est démasqué. Sirius Black à Azkaban »
Elle sentit que le monde basculait. Mais se força à lire entièrement l'article. Ignorant les interrogations autour d'elle. Concentrée.
Elle n'écoutait plus. Elle ne voyait ni sa tante qui attirait son attention, ni Remus qui voulait en savoir plus. Rien ni personne. Obnubilée par ce qu'elle ne pouvait comprendre.
Sirius avait trahi ! Sirius était allé vendre ses amis à Voldemort ! Il avait tué Peter et massacré des Moldus ! Sirius…
Abby ne s'entendit pas hurler.
Elle s'enfuit de la pièce et courut dans le jardin, jusqu'à se tuer le souffle.
Avant de s'écrouler dans l'herbe, secouée de sanglots.
« Comment as-tu pu faire ça, Sirius ? Mais comment est-ce possible ? »
Incapable de se contrôler, secouée par des spasmes qui lui tordaient l'âme, Abby sortit avec fracas pour aller vomir dans l'herbe. Sirius avait trahi. Sirius avait tué. Sirius était l'être le plus méprisable qu'elle aurait pu imaginer.
Sirius était celui qu'elle avait aimé.
Les larmes jaillissaient comme des coulées de lave, à longs traits. Elle ne pouvait plus s'arrêter. Elle aurait voulu hurler sa rage et son désespoir au ciel en ce jour de liesse. Sa souffrance était un coup au creux de son ventre. Qui la laissait sans souffle. Sans rien d'autre que des questions à répétition.
Dire qu'elle avait eu foi en lui. Dire qu'elle l'avait cru. Jusqu'au bout. Le laissant partager ses pensées et ses secrets.
Pire que son corps ou son cœur, il avait trahi son âme.
Abby se sentit au bord d'un immense vide. Pourquoi lui avait-elle fait confiance ? Pourquoi l'avait-elle-même aimé ? Se rappeler le mot « aimer » à son sujet la faisait basculer de plus belle dans les tressaillements impitoyables de son corps entier.
Il n'y avait rien dans ce monde qui la retenait. Tout s'effaçait dans une boue de sang et d'éclair vert. Tout était sali. Tout ce en quoi Abby croyait avait été souillé par d'autres mains. Quelque chose rampait dans le chaos de sa mémoire. L'ombre de Sirius. Sirius aimant, Sirius et sa moue narquoise et adorable, Sirius et ses yeux gris charmeurs.
Mensonges ! Mensonge et trahison !
C'était trop pour Abby. Cela la dépassait.
« Pourquoi, Sirius, pourquoi ? Que faisais-tu chaque fois que tu t'en allais ? Pourquoi nous trahir ainsi ? Pourquoi tous ces mensonges ? »
Et une fois de plus, Abby se laissa glisser dans les pensées les plus atroces. Les « pourquoi » n'avaient aucun sens.
Comment vivre, à présent ? Qui croire ?
Lui, l'esprit libre par essence. Le Chien Fou. Entouré par la froide aspiration du souffle méprisable des Détraqueurs. Enfermé à vie.
Il n'y survivrait pas.
Aucun sorcier ne pouvait vivre longtemps là-bas. Autant vouloir lui arracher de force sa Magie.
Avec un rire nerveux, Abby songea que nul ne pouvait enfermer Sirius. Elle se remémora ses cauchemars d'adolescente et enragea. C'était pitoyable. Tout avait été dans sa tête depuis si longtemps. Elle aurait dû savoir. Un frisson de lucidité passa dans sa conscience ; glacial.
Sirius ne pouvait pas avoir commis cette horreur.
Sirius n'avait jamais été un espion.
Depuis quand s'entêtait-elle dans cette impasse ? Sirius n'aurait jamais trahi un ami. Ni abandonné les siens.
Elle devenait stupide.
Abby ignorait quelle sorte de machination s'était déclenchée pour en arriver là. Et elle savait que personne ne la croirait car elle n'avait pas de preuves. Sauf la confiance.
Elle regretta ses pensées instinctives du premier instant.
Sirius lui avait cru en elle. Même s'il disparaissait derrière ce voile de tristesse qui la rongeait, il n'en demeurait pas moins le même.
*******************
Froid. Terriblement froid. Au plus profond de soi.
Et vide. Encore un peu. Et ce vide m’emportera. M’aspirera dans un tourbillon sans nom.
Je resterai là. Ou ailleurs. Peu importe. Moi, ou ce que je serais devenu. Une enveloppe.
Sans bouger, penser, lutter. Agir.
Juste assis. Là. Désorienté. Au bord de moi-même. Envahi par les dernières images.
C’est où, ici ?
C’est nu, c’est sombre. Sans vie. C’est un lieu pour périr.
Le lieu résonnent des cris, des insultes, des appels à l’aide, des pleurs aussi ; et des cauchemars la nuit. Provenant des cellules voisines.
Azkaban. Ils m’ont enfermé dans une geôle à Azkaban. Chargé de chaînes comme le pire des criminels, comme le monstre à éviter. Je ne pouvais pas y croire. Et pourtant, tout a basculé en deux secondes ! J’étais piégé ! C’était évident. Moi, Sirius, c’était pitoyablement risible.
Oui. Ils sont tous morts. James, mon meilleur ami, mon frère. Lily. J’ai vu leur maison dévastée. Je les ai vus, inertes, frappés du sort de mort. J’ai vu mon filleul, privé de ses parents.
Tout ça à cause de ce traître ! Oh, j’aurais dû le savoir. Ce petit vicieux de Peter. Il a tellement bien joué son rôle. Et je n’ai rien vu. J’ai même suspecté Remus. Quel aveuglement…Remus. Il doit me haïr à présent.
J’aurais dû avoir des soupçons. Maintenant. Je comprends que tout concorde.
Et je n’ai rien fait. Je n’ai aucune étincelle de bonheur en moi dont les Détraqueurs pourraient se nourrir.
Je suis vide.
Abby. Elle aussi doit me prendre pour le pire des salopards.
Oh, Abby.
Et à mon cœur, une pierre s’ajoute encore.
A tous, je leur ai fait du mal. Malgré moi. Je suis innocent et je ne peux pas leur dire.
J’ai détruit une partie de leur vie. Remus. Abby. Je suis désolée. Mon cœur sombre.
Le froid m’envahit.
Les Gardiens d’Azkaban. Que me font-ils ? Ils passent. Ils ne peuvent rien me faire. Rien de plus que ce que je m’inflige à moi-même. Je n’ai plus de bonheur en moi. Ni de joie.
Et dans sa cellule, Sirius se transforma en chien sous l’ombre aveugle et encapuchonnée des Détraqueurs.
****************
Tout le monde le savait, dans le monde sorcier.
Sirius. Elle voulait lui parler. Elle aurait voulu inventer n’importe quoi, avaler du Polynectar, transplaner et se faufiler sous une fausse apparence dans la forteresse d’Azkaban. Elle rêvait, elle délirait !
Elle était sûre que Sirius saurait lui expliquer. Mais il n’y avait aucun moyen de le joindre.
Elle releva le menton. Avant de s’écrouler, ivre de fatigue, entre les bras de Nemesia.
**********************
Quelqu’un frappa à sa porte. Nemesia. Elle reconnut sa façon de toquer discrètement.
- Comment te sens-tu, ma chérie ?
- Je…commence à douter de beaucoup de choses.
- Ah…Nemesia s’assit sur le lit. Abby, j’ai essayé de te le dire mais tu étais dans un tel état…Sirius, lui en veux-tu toujours ?
- Je doute qu’il soit coupable.
- Il m’avait prévenue, tu sais, pour…mon fils.
Abby se retourna, sidérée.
- Quand ?
- Le jour où...c’est arrivé. Il est venu, très rapidement, sur sa moto volante. Il m’a fait une peur affreuse ! Un sorcier sur une machine comme ça !
Pensant à l’élaboration de ladite moto, Abby ne put s’empêcher de sourire :
- C’est très…Sirius. Oui, il était parti en moto. Et il m’a dit qu’il devait passer te voir et m’envoyer un message. Mais...bien sûr, il ne l’a pas fait.
- Non. Evidemment. Je …j’hésitais à t’en parler. Tu avais toutes les raisons de le détester. Mais il a été très…poli. Et il m’a raconté. Mon fils est vivant.
- Oui. C’était le parchemin que j’avais préparé pour toi.
- Je sais. Il m’a dit tout ça. Merci, Abby. Je…je ne le crois pas coupable non plus. Il était très lié à toi.
Elles se regardèrent et tombèrent dans les bras l’une de l’autre.
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Quand Remus revint chez Nemesia, il fit son entrée avec circonspection.
Quelques jours s’étaient écoulés depuis la chute de Voldemort. Mais pour lui, la fin d’un monde avait eu lieu en même temps que la guerre se terminait. De plus, les Mangemorts n’avaient pas dit leur dernier mot ; alors que les arrestations décidées par le Ministère de la Magie se multipliaient, les plus acharnés partisans du Mage Noir avaient perpétré d’atroces tortures.
Tout n’était que bouleversement.
Nemesia accueillit calmement l’ami de sa nièce.
- Comment va… ? Remus se contint.
- Que vous dire ? La souffrance ne se limite pas qu’au mental. Elle laisse une réelle empreinte physique. C’est difficile à vous expliquer, Remus. J’ai vécu des moments un peu similaires, tenta de clarifier Nemesia, visiblement préoccupée.
Elle voyait déjà à quel point le jeune homme était atteint par les derniers événements ; son visage était soucieux, tourmenté. Elle se souvenait de lui et de sa gentillesse, de sa prévenance. Nemesia regrettait de ne pas avoir pris le temps de mieux connaître les amis de sa nièce avant que toutes ces catastrophes n’arrivent.
- Et de votre côté, Remus, avez-vous eu confirmation des nouvelles ?
- Pour Sirius ? Il lui lança un regard lourd d’amertume. Tout s’est passé exactement comme nous l’avons lu. Je…je ne pouvais y croire. Mais c’est indéniable.
Nemesia se racla la gorge discrètement :
- Il a été jugé ?
- Même pas. Il a été envoyé…directement à Azkaban.
- Mais…c’est …enfin ! Même les Mangemorts sont jugés, voyons ! s’écria Nemesia.
- Je…je ne sais pas…balbutia Remus.
- Abby ne va jamais croire ça, dit Nemesia. Elle se tut. « Moi non plus », pensait-elle.
Abby savait que Remus était revenu porteur de nouvelles officielles et s’entretenait en ce moment-même avec sa tante dans le salon. Elle se doutait de ce qui se passait. Remus croyait Sirius coupable.
Elle fit un tour complet sur elle-même.
« Allons, rien ne sert de nous disputer. Il a été très choqué. Il vient de perdre des amis. » se dit-elle.
Abby chassa une mèche de son visage.
Dès qu'elle le vit, elle comprit. Et sut que son choix était fait.

Commentaires
elvi44 le 02/04/2009 à 17:40:56Oui, Abby, il faut croire en lui.. il n'a pas pu faire ça, tu le sais !! toi seule, le connait vraiment et il s'est confié à toi.. trahir ? tu sais bien que ce n'est pas son caractère : il va se battre, se lancer des défis incroyables, mais une chose aussi vile, aussi laide, aussi répugnante, ce n'est pas du Sirius ... Abby, croit en lui, pour l'aider à survivre...
EmelPuck... le 05/04/2009 à 19:12:40
It's just a farewell Abby, it's just a farewell...
ferykat le 11/04/2009 à 20:51:31
Un autre beau chapitre... très triste aussi...