L'ombre du passé - Chap.28- Abby & Melinda: rencontre

"Toute chose très belle ou très laide abandonne un fragment d'elle dans les yeux
de ceux qui la regardent.(...) On la reconnaît à ce choc, à cette parcelle qui demeure". Fred VARGAS - Un lieu incertain.

Pour Abby, qui a quitté l'Angleterre et a recherché son cousin Rufus,  huit ans se sont écoulés.
Et un jour.....Vous vous souvenez de la lettre écrite par Severus Rogue envoyée à Melinda dans l'autre fan-fiction?  Il donne à Melinda l'adresse d'Abigail; elle lui écrit. Melinda et Abby vont se rencontrer.
Eté 1989 pour commencer.

Melinda Lake avait débarqué dans la vie d’Abigail par un jour d’été. Elle était descendue du train, une grande jeune femme, arborant un indubitable air de confiance en elle, sa longue natte brune rabattue par une brise insolente. Elle avait cherché des yeux celle que lui avait indiquée Severus dans sa lettre. Prête à affronter le monde, moldu ou sorcier, Melinda ne se l’avouait pas : elle était terrorisée depuis des semaines.

Pour sa part, Abby avait su lire habilement entre les lignes de son ancien camarade d’école. Car ce n’était pas dans les habitudes de Severus d’écrire au sujet de l'une de ses anciennes élèves, diplômée depuis peu de Poudlard. 

En voyant le visage de Melinda se détacher dans la foule, Abby n’avait plus eu aucun doute quant à la nature de leurs relations : les yeux émeraude avaient fait ressurgir le souvenir de ceux de Lily Evans.
Abby s’était avancée, présentée, provoquant la surprise de sa cadette. Peut-être Melinda s’attendait-elle à une sorcière plus imposante et non à une personne à peine plus grande qu’une adolescente.

-          Abigail Dittany, j’ai eu la lettre de Severus.

Un léger froncement de sourcils accentua la tension sur le visage lisse et doré de Melinda. Elle hésita à peine avant de tendre la main et de se présenter elle-même. Abby nota qu’elle peinait un peu avec ses bagages et se tourna vers un homme qui lui ressemblait étrangement, au visage avenant et aux mèches blondes, comme décolorées par le soleil:

-          Mon cousin, Rufus. Tu veux bien aider Melinda, s’il te plaît ?

-          Avec plaisir, cousine.

Abby sourit en pensant combien il avait été aisé de retrouver la trace de Rufus quelques années plus tôt. Elle avait ses coordonnées exactes. Mais un fait étrange était advenu : on aurait dit que Rufus attendait un événement de ce genre . Depuis lors, son cousin avait tout appris de son ascendance et de leur histoire commune. Il était allé en Angleterre et avait fait la connaissance de sa mère biologique, Nemesia, la tante d’Abigail. Nemesia l’avait formé à la magie rudimentaire et il avait acheté sa baguette magique chez Mr.Ollivander.

A présent, Abby et Rufus guidaient leur protégée jusqu’à leur domicile, en voiture et non pas en balai. Car ils avaient choisi de vivre dans le monde des Moldus et s’en contentaient bien.
Melinda fut saisie d’étonnement quand, au détour de la route, elle lut le panneau qui annonçait : « Jardinerie Desirea ».

-          C’est aussi votre adresse ?

Abby lui adressa un demi-sourire entendu :

-          Disons que nous n’habitons pas dans la jardinerie, mais que c’est notre moyen de subsistance, le commerce que nous avons créé…pour les Moldus.

-          Vous vendez… ?

-          Toutes sortes de plantes, des arbustes, nous donnons des conseils…

-          Oui, comment utiliser la belladone ou empoisonner son voisin, fit Rufus à froid.

-          Ruf ‘, on ne plaisante pas avec ça ! le reprit Abby.

-          Plus sérieusement, Abby ne dit pas qu’elle est connue officieusement pour ses talents cachés de guérisseuse, bien sûr….

-          Mais tais-toi donc, ceci doit…

-          …rester secret, je sais. Il lança un clin d’oeil à Melinda qui ne cilla pas. Nous sommes de véritables Moldus, tu vois.

-          Et comment va la vie dans notre cher pays ? La question d’Abby était anodine, un peu comme si elle s’était inquiétée du temps qu’il faisait. Malgré sa belle assurance, Melinda hésita un instant de trop et Abby lui ôta la possibilité de se sentir gênée :

-          Je bavarde, mais tu dois être fatiguée. Les moyens de transport moldus ne sont pas les plus rapides ni les plus paisibles, surtout lorsqu’on n’y est pas habitué. Gare la voiture près de la maison, s’il te plaît, Ruf ‘, notre invitée a vraiment besoin de repos, c’est compréhensible.

Le ton d’Abby était doux mais sans appel. L’ordre implicite.
Rufus se fit un plaisir de porter les bagages à l’intérieur. Mais tandis que sa cousine attendait Melinda, elle eut l’intuition rapide que celle-ci peinait à sortir de l’auto. Puis tout fut clair pour Abby : « Par la Déesse, elle porte un enfant… »

Très vite, tous les éléments s’étaient assemblés dans sa tête : l’étrange et soudaine missive de Severus lui rappelant le service rendu autrefois ; la première lettre de Melinda ; cette sensation qu’avait eue Abby en la lisant et le sentiment d’urgence qui l’avait saisi en répondant rapidement. Il ne restait qu’une inconnue dans l’esprit d’Abigail : Severus avait-il été mis au courant de ce début de grossesse ? Elle en doutait. Il n’était pas le genre d’homme à engendrer un enfant si vite, et sans officialiser la situation. Par bien des côtés, il était extrêmement conformiste.
Abby songea que Severus devait avoir longuement hésité avant de céder à son attirance pour Melinda.
Mais qu’en était-il pour elle ? Le visage de la très jeune femme restait insondable. Seuls ses yeux étaient un peu trop perçants. Et Abby frissonna en lui faisant signe d’entrer.

Une nuit passa.
Ce ne fut que le lendemain matin, lors du petit-déjeuner que l’évidence éclata. Melinda était apparue soucieuse, le teint brouillé, visiblement nauséeuse, chipotant avec la nourriture, touchant à peine à sa tasse de thé. Finalement, Abby se planta face à elle et lui dit fermement :

-          Je comprends ton malaise. Je suis guérisseuse, et je peux t’aider.

-          Vous…de quoi parlez-vous ? La peur surgit enfin sur ses traits.

-          Je vais te préparer une infusion. La sensation de dégoût va s’atténuer. Il faut manger, Melinda. Pour ton bébé.

Face à elle, les yeux verts s’étaient agrandis encore et encore. De fureur, de honte un peu, peut-être, de panique surtout. Abby se radoucit :

-          Ne me dis pas que tu l’ignorais totalement ?

Les larmes perlaient à peine au bout des cils de Melinda.

-          J’avais bien remarqué…Mais je pensais que j’étais malade, tellement angoissée.

-          En effet. Mais là, c’est indéniable. Tu es enceinte.

La réaction de Melinda fut immédiate. Froidement, elle vrilla ses yeux dans ceux d’Abby comme si elle voulait percer son âme. Oui, elle voulait savoir ; connaître d’où elle tenait cette information, elle, cette petite sorcière apparemment inoffensive qui semblait la deviner trop facilement.

Abby se recula prestement. Elle connaissait cette sensation et détourna rapidement son regard.

-          Arrête ça ! Tout de suite ! Qui t’a permis ? Qui t’a appris ?

-          Sev…commence Melinda, décontenancée.

-          Severus ?

-          Enfin, j’ai cette faculté. La Légilimancie.

-          Et personne ne t’a enseigné à l’utiliser à bon escient ? Severus va m’entendre ! gronda Abby entre ses dents. Ceci dit, cela ne m’étonne pas de lui.

-          Ne le critiquez pas ! cria Melinda, en se levant à moitié de sa chaise, soudain hors d'elle.

-          Ecoute-moi bien : Severus et moi avons été en classe ensemble. Puis je l’ai croisé. Plus tard. Je sais par quoi il est passé. Je sais aussi qu’il n’a pas toujours agi correctement. Certes, il m’a sauvé la vie. Et il a payé le prix de ses erreurs. Mais, jeune femme, tu es sous mon toit. Je ne te permets pas de hurler, amoureuse ou pas. Si tu veux user de manières incorrectes, de magie ici, sans parler d’essayer tes dons de Legilimens, je te prierais d’aller faire ton numéro ailleurs. A toi de choisir.

Abby avait compris que Melinda était une personne qui ne se laissait pas faire et qui voyait souvent les autres céder devant elle. Mais elle n’en éprouvait pas moins de la sympathie pour cette jeune sorcière. Elle vit Melinda se mordre les lèvres.

-          Abigail ? Abby ? Excusez-moi. J’aimerais rester ici, un peu. Je sais que je m’emporte facilement. Et puis, tout ça, c’est si soudain. Et il faut que je le dise à ma famille.

La voix grave de Melinda tira Abby de ses pensées.  

-          Comment ta famille va-t’elle réagir, à ton avis ?

-          Je vis chez mes grands-parents et je pense que…ça ira.

Abby réfléchit :

-          Lake. Melinda Lake. Je pense avoir croisé quelqu’un de ta famille durant la guerre…

-          Qui ça ? l’interrompit Melinda intéressée.

-          Il s’appelait Damian. Il avait été blessé. Je l’ai soigné.

Melinda eut un sourire mélancolique :

-          Mon oncle paternel. Il a été tué peu après mes parents par les partisans du Seigneur des Ténèbres. Ma tante, mes cousines et moi avons survécu, cette nuit-là.

En soupirant, Abby reprit :

-          C’était une époque affreuse. Cessons d’en parler pour l’instant. Trop d’horreurs.

-          Oui, mais…Melinda hésita. Severus m’a dit qu’Il allait revenir.

Abby tressaillit et reposa sa tasse de thé. Trop brusquement.

-          Voldemort ? Le nom fit à peine trembler Melinda.

-          Oui. Il ne voulait pas que je sois …impliquée.

-          Il sait…pour l’enfant ?

-          Non ! s’écria Melinda. Il ne faut pas qu’il sache cela. Si ce qu’il dit est vrai…car le professeur Dumbledore le pense aussi !

La pièce semblait vaciller sous les pieds d’Abby. Encore. Ces mots signifiaient encore une lutte. Mais si Dumbledore était convaincu du retour probable du Mage Noir, alors il n’y avait pas de doutes. Il était le sorcier le mieux informé qu’Abby ait connu.
Elle regarda Melinda. L’enfant de Severus. Lui qui avait été un ex-Mangemort. Melinda serait en danger.

-          Si ça arrive ? Qu’est-ce que je ferais ? demanda Melinda, soudain très enfantine. Perdue.

A cet instant, Abby n’eut plus un seul doute. Elle avait croisé un autre destin.

-          Et bien, tu viendras ici. Tu nous aideras. Tu seras en sécurité.

-          Tu…veux bien ? Un sourire se dessina. Franc. Charmant. Alors, peux-tu m’expliquer quelque chose ? Comment as-tu choisi le nom de la jardinerie, je veux dire, Desirea ?

Abby s’assit. Elle avait compris :

-          En fait, c’est : DE- SI-RE-A.
SI, c’est pour Sirius. RE, pour Remus. A, c’est moi.

-          Et ton cousin Rufus ?

-          Lui ? C’est le DE. Ses parents adoptifs s’appellent Declemy. Donc : DE.

Appuyée sur ses mains, Melinda regardait Abby, fascinée. Puis elle commença à grignoter une tartine.

-          Cela t’ennuierait de m’en dire plus ? Qui sont Sirius et Remus ?

Alors Abby avait raconté. Cela avait pris du temps.

 

Un an plus tard, Melinda était revenue avec une toute petite enfant aux cheveux déjà bien sombres, prénommée Eileen.

 

La même petite Eileen courait dans le jardin sur des jambes droites, ayant perdu ses rondeurs de bébé. Quand Abby lui tendit les bras dans le soleil, la petite essaya en français de l’appeler :

-          Mama !

-          Non, pas « mama »,  moi, c’est « tata ».

Eileen sauta au cou d’Abby et s’obstina :

-          Nan, toi, c’est Mama Abby.

L’été 1993 s’annonçait propice aux surprises. Mais Abby ne pouvait pas imaginer ce qu’il allait advenir et à quel point cela allait la toucher, en faisant virevolter l’enfant de trois ans autour d’elle.

 



Article ajouté le 2009-05-05 , consulté 73 fois

Commentaires


elvi44 le 06/05/2009 à 11:35:55
J'aime cette rencontre entre Melinda et Abby... deux personnalités si riches...
J'aime le choix de la jardinerie De-Si-RE-A ! bien trouvé ...
Et voilà Eileen .. Que restera-t-il à ajouter ? la boucle est-elle bouclée ?

Leya le 06/05/2009 à 17:21:36
C'est ce que j'appelle un épisode de "tisseuse"; j'ai semé des parcelles de l'histoire; je relie petit à petit le tout.
Mais de là à dire que c'est bouclé....non.
J'en ai encore...
EmelPuck... le 09/05/2009 à 13:27:53
Desirea, Desirea... Je ne sais pas pourquoi mais ça me fait penser à quelque chose !!

Eileen, j'aime beaucoup ce prénom !!
Leya le 09/05/2009 à 18:39:22
cherche bien, elfe des ours....Ou donne ta langue au Sam-le-chat.

Eileen, ben oui, forcément.
Mais c'est le prénom de la mère de Snape, aussi.
Et c'était un hit ds les années 80 (pour les nostalgiques ou les moins jeunes ), avec une intro au violon excellente: "Come on Eileen" Dexy's Midnight Runners. Un très bon mélange. ça y est , j'ai fait l'encyclopédie musicale, lol.
ferykat le 11/05/2009 à 22:53:45
oui, une rencontre, un lien entre les 2 histoires...


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