L'ombre du passé - Chap.30 - A vol d'hippogriffe

"Le temps est revenu, ses peines oubliées
Les frimas sont vaincus et les fleurs se réveillent.
La verdure revient partout dans les forêts.
Bourgeons après bourgeons, le printemps s'ensoleille
".
Algernon Charles Swinburne

Ce qui suit se situe juste après l'évasion de Sirius sur le dos de Buck, l'hippogriffe (pour les trous de mémoire, relire "Le prisonnier d'Azkaban"! ou le revoir!). Il existe un passage dans l'histoire de Mrs.Rowling où Harry est en correspondance avec son parrain; mais il ignore où celui-ci se trouve (pour sa propre sécurité, évidemment). Et???chh....LEYA

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1994 – Jardinerie Desirea- France

-          Abby, je veux bien croire à beaucoup d'excentricités même ici, mais, est-ce bien normal que nous ayons un hippogriffe dans notre jardin ? glissa Melinda le plus discrètement possible en la secouant légèrement.

-          Je te demande pardon ? demanda Abby, ouvrant de grands yeux, plus dorés que jamais.

-          Surtout ne prends pas cet air-là, tu vas attirer l'attention. Nous avons des clients…heu...normaux, ici. Regarde,  je vais m'occuper des clients. Elle prit un ton un peu sentencieux pour dire : Et si c'est une farce de l'un de tes amis sorciers ….ou de ceux de Rufus, je trouve cela fort déplaisant ! Tu sais comme moi que ces créatures sont réputées pour être dangereuses. Je ne tiens pas à ce que Lynn la rencontre quand elle rentrera.

Elle tourna les talons. Abby hocha la tête :

-           Je vais demander à Rufus. Il est à l'arrière dans l'entrepôt. Ne te préoccupe pas de cela, Mel. C'est sûrement un ….malentendu.

Melinda pinça les lèvres :

-           Rufus….Bien, s'il a besoin d'une quelconque aide….magique, tu sais où me trouver, et elle eut un sourire évasif en s'éloignant, un flottement dans ses yeux d'un vert un peu brumeux.

Abby s'étonnait encore de la relation qui existait entre son amie et son cousin. En revenant d'Angleterre, après avoir revu Sirius et avoir séjourné un peu chez sa tante Nemesia, elle les avait surpris, serrés l'un contre l'autre, Rufus et Melinda. Inquiets pour Abby, mais surtout, échangeant des baisers plus qu'intimes, ils avaient eu l'air surpris ; coupable pour Melinda, prête à fondre en larmes ; fataliste pour Rufus qui avoua plus tard à Abby qu'il aimait sincèrement la jeune femme mais que les événements ne s'y prêtaient pas. « Elle n'est pas prête, c'est tout. Elle pense qu'elle trahit Severus, lui avait dit Abby ».

Depuis lors, ces deux chaudrons bouillonnants semblaient être restés loin l'un de l'autre.

« Nigauds qui se compliquent la vie, soupira Abby, en se dirigeant vers le jardin. Allons voir cette histoire d'hippogriffe ! ».

Sur la pelouse, derrière la maison qui jouxtait la jardinerie, une créature d'un beau bleu argenté dotée d'un bec menaçant, de griffes aux pattes antérieures, les ailes repliées, se prélassait, tel un cheval mêlé d'aigle.

               C'est bien ça, un hippogriffe. D'où vient-il ? Rufus !!!!cria-t'elle.

 

Ses boucles blondies par le soleil, son cousin passa la tête par la porte de l'entrepôt :

    Tu as besoin de moi, Abby ?

Les pouces passés dans les poches de son jean, un peu trop négligemment, il examina de loin la situation. Abby l'entendit jurer en français et le vit accourir.

-      Oh, nom d'un korrigan ! Un…

-    …hippogriffe, je sais.

      Mais, ça, ce n'était pas prévu dans ma livraison ! Je suis spécialisé dans les arbres !

      Idiot ! Dis-moi, tu sais comment il est arrivé ?

-       Aucune idée. On en fait quoi, maintenant ?

Rufus se mordilla inconsciemment les lèvres ; le même geste que faisait Abby lorsqu'elle était préoccupée.

-          La remise ?

-          Ruf' ! ça me sert de garage !

-          Tu vas devoir t'en passer ! On ne va pas le laisser là ou alors,  on aura très vite des ennuis. C'est assez voyant comme décoration. Et ce bonhomme va avoir faim. Je vais devoir lui apporter de la viande. Si tu te souviens bien, ces animaux ne sont pas herbivores; tant pis pour toi si tu croyais qu'il allait te servir de tondeuse à gazon !

Abby lui donna un coup de coude. Mais soudainement, elle eut un doute :

-          Mais…tu sais comment l'approcher ?

-          Ce que j'en sais…dignement. Tu m'as fait lire un tas de bouquins. Et Melly s'est chargée de ma rafraîchir la mémoire, crois-moi.  Et puis, j'ai toujours su me débrouiller avec les diverses créatures.

Elle le crut sur parole. Son cousin avait bien des dons.

-          Où en es-tu à l'entrepôt ?

-          J'ai fini. Il me restait des sacs de terreau….Ils sont près des arbustes.

Il fit un signe vague. Elle intercepta son regard. Aussi doré que le sien.

-          Je m'en charge. Et elle tapota sa poche.

-          Hum, pas très légal, cousine. Usage de…Rufus se mit à rire.

-          Et lui ? fit Abby en désignant l'étrange animal qui continuait à se pavaner tranquillement.

-          Mouais. Et tu vas me dire qu'il est arrivé là…

-          Par magie, acheva-t'elle, songeuse. Puis elle se dirigea vers l'entrepôt.

Il y faisait une chaleur agréable.
Les divers arbustes embaumaient l'air de leurs fragrances de verdure. Comme un encens léger.Transporter des sacs de terreau grâce à un simple sort  ne lui semblait pas un acte illégal. Elle savait que Rufus ne le faisait pas souvent. Ou alors il n'en parlait pas. Peu lui importait.

Les feuillages bruissaient. Abby n'y fit pas attention. L'air était si tiède. Elle se pencha pour examiner une trace qui lui semblait étrange. Quand elle se releva, elle vit une ombre qui paraissait surgir de l'alignement des arbres. Elle porta la main à sa poche.

Quelqu'un était caché.

 -          Ne dis rien, Abby.

La voix rauque était plus basse et douce que dans son dernier souvenir. Elle sursauta.
En habits de prisonnier,  devant elle se tenait Sirius Black.

Abby ne savait plus ce qu'elle devait faire. Ni quoi penser. Ni rien. Elle resta à le regarder.
Et elle vit le reflet de son sourire d'antan, légèrement moqueur, mais chargé d'interrogations, à présent.

-          Je te dois des excuses. Et des explications. Les acceptes-tu ?

-          Je…Pourquoi ? Tu n'as rien fait de mal. Tu….Oh, tu ne peux pas rester ici. Viens à la maison.

-          Crois-tu ?

En réfléchissant plus intensément, Abby se dit qu'amener Sirius dans sa maison n'était sûrement pas la meilleure idée ; Melinda partageait la demeure avec elle. Et connaissant les dispositions de Legilimens de la jeune sorcière, les liens qu'elle avait avec Severus, les problèmes ne tarderaient pas à surgir. Décidément, Abby avait le cerveau aussi affûté que de la semoule grise. La présence soudaine de Sirius n'arrangeait rien.
Il la décontenançait complètement.

-          Abby ! fit une voix à l'extérieur, notre problème est réglé !

Sirius s'apprêtait à se dissimuler mais Abby l'arrêta.

-          C'est Rufus, mon cousin. Tu te rappelles de cette histoire ? Il n'y a rien à craindre de lui. Rien.

Le bras de Sirius sous sa main était crispé. Abby insista :

-           Je t'en prie. Si tu es venu jusqu'ici….A quoi bon te sauver déjà ? Rufus a pris soin de l'hippogriffe.

-          Buck. Je me suis enfui sur son dos.

Elle le crut. C'était extraordinaire, mais de la part de  quelqu'un qui avait déjà fait voler une moto puis qui avait échappé à Azkaban,  au Ministère de la Magie, rien ne l'étonnait plus. Rien ne l'étonnait de Sirius, jamais.

Rufus ne tarda pas à déboucher près d'eux. Il s'arrêta net. Contempla le nouvel arrivant. Abby pouvait presque palper le cheminement de sa pensée. Elle vit un mince sourire, une lueur de compréhension.

-          L'ami de l'hippogriffe, je présume ? fit-il, tranquillement.

Le visage impassible, Sirius ne l'avait pas lâché des yeux. Il acquiesça lentement.

-          Je suis Rufus, le …

-          Cousin d'Abby. C'est évident.

-          Rufus, je voulais te …Les mots se bloquèrent bêtement.

-          Sirius. J'avais compris, cousine. Il tendit une main franche. Que Sirius serra.

Rufus enchaîna très vite :

-          Vous allez avoir besoin d'une chambre. Je vous prête mon appartement volontiers. Je dormirais chez ma cousine. Mel ne dira rien, je crois, n'est-ce pas, Abby ? Et puis, vous avez peut-être des trucs à vous dire, vous deux.

Abby y croyait à peine.

En conduisant Sirius jusqu’à l’appartement de son cousin, Abby réalisait que celui-ci lui faisait un magnifique cadeau. Il  lui permettait d’obtenir une intimité sans avoir l’air de se mêler de sa vie personnelle. « Comme il l’a toujours fait, songea Abby ». Rufus avait toujours été un modèle de discrétion et ils avaient vécu avant l’arrivée de Melinda dans la plus grande harmonie, admettant tacitement les compagnes et les compagnons de passage tant que rien ne venait assombrir leur entente mutuelle.
La venue de Melinda avait changé la donne. Rufus et elle avaient rapidement cédé au défi et à l’escalade des petites querelles. Abby savait qu’au fond de lui, son cousin aimait véritablement la jeune femme mais que celle-ci était trop fière et surtout encore trop blessée et trop attachée à Severus pour l’accepter. Quant à la présence d’Eileen, Abby devait admettre qu’elle l’avait chamboulée. Melinda était réellement désorientée en arrivant chez Abby et Rufus. Elle savait s’occuper de sa fille mais rien ne se passait comme elle l’avait prévu. Elle qui était si fière, si opiniâtre, elle avait du mal à admettre que tout s’était écroulé autour d’elle. Travailler à la Jardinerie lui avait fait du bien. Apprendre la magie à Rufus aussi même si elle le traitait de dragon entêté.
Et Abby avait renoué avec les sentiments maternels qu’elle n’avait pu développer ; sa grossesse s’étant interrompue si tôt, il y a des années de cela, quand Sirius….

 

Elle se retourna. Sirius.
Il était juste à ses côtés dans la pièce. Maigre. Le regard éteint.

La douche qu’il venait de prendre avait ôté la poussière du voyage. La saleté d’Azkaban lui collerait –t’elle au corps ou à l’âme ?
Un reflet de la lune montante filtra, brillant par la vitre.
Les yeux maintenant ternis de Sirius contenaient  autrefois cette lueur d’argent.
Abby le regarda en coin. Ses longs cheveux bruns tombaient un peu plus bas que ses épaules. Il la détailla. Un frisson à la commissure de la lèvre.

           

            -Tu te souviens de quelque chose, Abby ?

            - Chi mi….Abby se rapprocha de lui, les yeux fixés dans ceux de Sirius. Reprit un ton plus bas. Lochran àigh nam bochd.

Sirius l’entoura de ses bras, comme délivré d’un poids. Leurs souffles se réglèrent inconsciemment au même rythme.

-        Tu la vois ? Où donc, ma douce ? murmura-t’il dans ses cheveux.

-         Au fond de ton regard.

-        « La lampe du pauvre ». La lune, Abby. Toujours. Ils ne m’ont pas tout pris, là-bas. Je pensais à toi, et ce n’était jamais quelque chose de joyeux, cette idée d’être pris pour un traître. D’être loin de toi. Que pouvaient-ils contre une pensée aussi triste ?

-        Alors, tu as survécu…..Mais je n’ai jamais cru que tu avais trahi, Sirius. Jamais.

 

Sirius soupira.

Tant d’années avaient passé.

-        Je n’ai vraiment rien à t’offrir  de bon. Je suis en fuite….Je….

-        Chhhhh…..Elle posa un doigt sur ses lèvres. L’intensité semblait palpable entre eux. Plus que jamais. Comme un lien invisible qui s’était tissé depuis longtemps.

Abby sentait que la tête lui tournait.
-    Sirius….

-        Je vais repartir. Loin. Dans le sud.

-        Sur l’hippogriffe ?

-        Oui. Mon filleul m’a aidé à m’enfuir, je ne veux pas qu’on fasse le lien avec lui.

-        Ton….tu veux parler ….

-        Du bébé qui est né grâce à tes soins, ma douce, oui. Le petit Harry.

Décidément, c’était un jour de surprises. Trop de questions se pressaient. Trop pour le moment.

-        Alors, tu es venu me dire au revoir ? fit Abby en baissant la tête, le cœur serré malgré elle.

Le silence retomba si fort qu’une plume de hibou aurait provoqué un vacarme tonitruant en tombant sur le parquet.

La main de Sirius effleura la joue d’Abby ;

-        Pas exactement. Je te propose des vacances. Loin dans le sud.

-        Tu veux dire…..tu veux que je parte avec toi ? Abby crut qu’elle avait de nouveau quatorze ans et que Sirius Black lui jouait une plaisanterie stupide.

-        Si tu le veux. Si tu peux. Si tu…..Il laissa la phrase planer mais Abby devina ce qui suivait.

Elle n’avait pas envie de tergiverser. Peu lui importait les conséquences. Elle voulait être avec Sirius. Au moins un moment. Pas dans dix ans ou dans vingt ans. Elle avait trop vite appris que la vie ne tenait qu’à un fil.

-        Mais oui !

-        Tu es sûre ?

-        Je te dis que oui !

Abby vit le sourire disparu revenir sur le visage de Sirius. Elle se serra contre lui. Et enfin, entre larmes et sourires, elle lui dit à lui seul, la lampe du pauvre pour témoin :

-        Je t’aime, Sirius.

 

La nuit d’été retint les souffles, incita aux caresses en écho.
Rufus et Melinda.

Sirius et Abby.
Pour un temps, la nuitée fut sensuelle et tranquille.

Et dès le lendemain, un hippogriffe s’envolait de France vers une contrée chaude.

Melinda se retint de pleurer.
Rufus la tranquillisa. En son for intérieur, il pressentait qu’il reverrait sa cousine dans quelques mois, mais se tut.
Sirius et Abby avaient tant attendu ce moment.




 



Article ajouté le 2009-06-05 , consulté 94 fois

Commentaires


ferykat le 24/07/2009 à 01:24:16
puis finalement... des retrouvailles!!!!!

Toujours en amour avec mon voisin... ;)
ferykat le 04/08/2009 à 05:55:15
et oui et je viens de faire rebrancher mon Internet! Vivement de lire la suite! Je suis en train de lire HP 6, mais pas vu le film!!! a+
ferykat le 06/08/2009 à 06:20:54
Coucou!

J'ai vu le film, mais comme toi, je suis pas convaincu... est-ce que c'est moi, ou c'est vraiment un étrange film? En plus, je suis en pleine relecture, vraiment trop coupé dans l'histoire, je me demande si ceux qui n'ont pas lu le livre ont pu suivre, mais moi, je me suis demandée si je n'avais pas lu, est-ce j'aurais tout saisie??!??! Oui, je crois bien avoir été déçu!

Et puis ton déménagement?

a+
Leya le 07/08/2009 à 11:55:28
Je connais beaucoup de gens qui ont été déçus.
Quand je suis allé le voir, les personnes autour de moi n'ont pas aimé en majorité. De plus en plus de gens ont lu les livres donc ils ont remarqué les scènes qui ont été rajoutées : le début ds le métro; l'incendie du Terrier(des trucs qui ne servent à rien). Sinon, c'est précipité, bizarre.
Par contre, c'est très bien filmé: belles images, etc. Bons acteurs, sauf pour Slughorn et Narcissa, pas top.
Et j'ai eu mes meubles hier donc bcp de rangement.
Leya le 21/08/2009 à 12:09:30
Chi mi= je vois
"la lampe du pauvre" Lochran àigh nam bochd = la lune
Gaélique écossais.
elvi44 le 28/08/2009 à 17:37:44
Superbes ces retrouvailles..; et les caractères qui se précisent : Mélinda, Rufus, Abby (on la connaît mieux) - un très beau passage vraiment (ou alors j'étais tellement en manque de ta lecture ??) pas vu le film moi mais a priori, je peux encore attendre -
Leya le 28/08/2009 à 18:11:21
Le film sort en dvd en novembre 2009 si j'ai bien compris.

Sûrement un manque de lecture ;-)
J'hésite pour la suite - trop de détails ou pas....
Enfin, il va rester 4 épisodes environ avant la fin.
ferykat le 28/08/2009 à 21:45:54
Belles retrouvailles! Toujours bon de te lire, peu importe le temps entre les suites!

J'espère que tout est rentré dans l'ordre pour ton déménagement...

a+
ferykat le 15/09/2009 à 00:27:36
Je viens voir de temps en temps...

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