L'ombre du passé - Chap.32- Le nom d'une étoile, Sirius

 J'ai écrit ce chapitre il y a déjà de longs mois; poutant, je le trouve toujours aussi incomplet et toujours aussi triste. Enfin...le voilà. - LEYA
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Jardinerie Désiréa - 1995-1996

 

Presque aussitôt arrivée d'Angleterre, Abby se précipita à la recherche de Melinda. Les propos de son cousin Rufus résonnaient encore à ses oreilles. Elle ne supportait pas que la jeune femme se serve de ses capacités magiques pour soutirer des informations, ou quoique ce soit d'autre. Non, elle se le répéta avec force, Melinda avait promis. Elle devait apprendre à respecter l'intimité mentale de chacun.
Poussée par la tristesse engrangée au fond d'elle-même, Abby sentit monter la rage dans ses veines. Elle s'efforça de se calmer. Elle savait qu'elle s'énervait car elle était peinée d'avoir dû quitter se proches Nemesia et Rufus; et surtout d'avoir dû dire au revoir à Remus et Sirius sans savoir quand elle les reverrait; si jamais elle les revoyait un jour….L'espoir devenait si mince…Elle enfouit cette pensée afin de se concentrer sur sa tâche.
Finalement, elle trouva Melinda. Celle-ci travaillait à la jardinerie où elle venait de servir un client. Dès qu'elle eut fini, Abby lui fit un signe. Rufus, Abby et Melinda avaient engagé un jardiner  pour les aider et celui-ci travaillait sans poser de questions sur leurs méthodes parfois un peu étranges. Tous s'entendaient à merveille depuis des années.
Melinda s'éclipsa de la boutique pour rejoindre Abby dans la petite pièce attenante où étaient stockées les graines.

- Tu es enfin de retour! Oh, Abby, je suis si contente! Les yeux verts de Melinda brillèrent de plaisir.
Abby resta immobile. La dévisagea un instant.
Puis tira une chaise à elle et s'assit.
- Oh, tu dois être fatiguée. Pourquoi ne rentres-tu pas à la maison?
- Parce que je dois te parler.
- Et….ça ne peut pas attendre?
- Pas vraiment, non, fit Abby glaciale
Melinda fronça les sourcils et décida de s'asseoir à son tour.
- Que se passe-t'il? Il y a un problème?
- Oui. J'ai un problème avec toi, Mel.
La jeune femme brune ouvrit de grands yeux.
- C'est Ruf', n'est-ce pas? Il t'a dit des sottises à mon sujet, et…?
Abby se leva et se rapprocha d'elle. Elle la dominait de toute sa taille. Pour une fois.
- La Légilimancie, Mel! Tu as osé? Comment as-tu pu faire cela?
- Je….Enfin, Abby! Ce n'est pas si grave….Severus lui-même l'a fait sur moi et personne n'a…
- Severus. Abby prononça le prénom calmement. Et en son nom tu ferais n'importe quoi! Quand vas-tu te réveiller, Mel? Crois-tu que Sev ait été un tel exemple de droiture toutes ces années? Je l'ai connu, Mel! Et sans faire attention, Abby agita sa baguette magique en ponctuant ses paroles, ce qui eut pour effet de faire voler dans la pièce un tas de feuilles blanches entassées là.
- Abby, attention….
- Severus! reprit Abby. Parfois je me demande s'il a été véritablement honnête avec toi. Crois-tu que c'était  particulièrement courageux de sa part de te conseiller de venir ici, toi enceinte?
- Il….me protégeait…
- Tu ne me connaissais même pas! Et si j'avais été malveillante, hein? Il a été bien tranquille, tu veux dire! Incapable de révéler au grand jour la présence d'une femme qu'il a prétendu aimer et d'un enfant à venir.
- Mais Abby, nous aurions été en danger!!!
-Qu'en sais-tu? La lâcheté, Mel! A croire qu'on lui a distillé comme une potion dans le lait maternel!
Melinda se leva, la colère aux joues, sa baguette magique à la main, menaçante:
- Non, Abby, je ne te laisserais pas dire ça! Je….
Soudain très calme, Abby la regarda:
- Tu vas faire quoi….? Te battre? Me jeter un sort?
Regardant autour d'elle, Melinda se rendit compte que les feuilles étaient retombées doucement en tas. Elle comprit: Abby l'avait fait exprès. Elle se contrôlait parfaitement. Elle venait de la provoquer. Elle essayait de la pousser à bout afin de connaître se limites. Avec un reste de frayeur, Melinda vit qu'elle avait failli se piéger elle-même. Elle laissa retomber son bras.
- Je suis désolée. Je deviens stupide…..
- C'est arrivé avec Rufus, n'est-ce pas? Vous vous êtes disputés?
- C'est…un sujet sensible…Severus, dit Melinda d'une toute petite voix. Parfois, j'aimerais savoir où il est, et….Oh, Abby, tu m'en veux, que vas-tu faire?
Abby hocha la tête, haussa les épaules.
- Rien. Qui suis-je, pour te juger? …. Tu viens de prouver que tu sais t'arrêter. Mais plus jamais, plus jamais, entends-moi bien, de Légilimancie sur autrui!
- Je sais…
- Sauf…Abby eut un léger sourire. Sauf si je t'en donne l'ordre. Contre nos ennemis.
- Alors, c'est vrai? La guerre va reprendre?
- Oui. Abby soupira. Ah, et Mel? Je ne pensais pas ce que j'ai pu raconter au sujet de Severus…
Melinda esquissa un petit sourire et avança la main en signe d'amitié.
- Toi, tu as des choses à me raconter. Tu n'aurais pas dit tout ça si tu n'étais pas...bouleversée.
-  Ce soir, je vais te dire ce qui s'est passé. Je rentre à la maison.
En s'éloignant, Abby pensa qu'elle retrouvait sa maison mais qu'un grand vide restait dans son cœur. Remus avait promis de lui envoyer un hibou de temps à autre pour la tenir informée et elle savait qu'il tiendrait sa promesse. Quant à Sirius, elle ne voulait pas l'imaginer dans l'ancienne maison des Black, enfermé de nouveau. Était-ce le destin d'un être libre que de se retrouver prisonnier encore? Elle ne pouvait y croire. Et pourtant….Sirius semblait s'y être résigné. Pour un temps.
Abby, elle, ne le pouvait pas.


Après bien des mois, bien des doutes, et quelques lettres faussement rassurantes de Remus, la nouvelle éclata dans la Gazette du Sorcier. Voldemort était de retour. Il avait été vu au sein du Ministère de la Magie. Les Aurors étaient présents. Un homme était mort. Un homme dont on réhabilitait la mémoire.
En lisant son nom, Abby se crispa sous l'impact.
Il n'y avait plus d'issue. C'était vrai. Sirius était mort.
Elle se leva brusquement, jeta le journal à Melinda.
Oh, les missives allaient arriver. C'était même étonnant que personne ne l'ait prévenue.
Elle courut, incapable de ressentir quoique ce soit. Puis, seule, reprit son souffle. Et enfin, vinrent les larmes. Des sanglots qui la secouèrent comme la feuille au vent.
La douleur reléguée dans un coin de son esprit explosa. Elle n'était plus rien que cette déchirure, que cet effritement d'elle-même. Un vide immense et attirant, un tourbillon l'entraînait au point de la perdre dans une spirale hurlante. Elle perdit la conscience d'elle-même et marchait, éveillée, hébétée, sans cohérence.
Sirius.
Jamais plus.
L'espoir avait été un leurre, et la colère, le trop grand désespoir tournoyaient ensemble, plus vite et plus étourdissant dans un fracas de battements de cœur désordonnés. Implacablement.
Ils diraient qu'il était mort en combattant. Abby s'en foutait. De tout.
Elle avait le droit de le pleurer. Le droit de renvoyer toutes les lettres, de ne pas les ouvrir. Elle avait le droit de tempêter.
Sirius était parti à jamais. Même s'il était toujours trop présent derrière ses paupières closes. Même si elle le cherchait en vain à côté d'elle et que sa main ne trouvait que le vide. Et le froid au lieu de son corps chaud. Elle approchait ses lèvres et  embrassait une ombre. Son âme était lourde de cette absence. Il lui manquait comme jamais auparavant. Et elle en aurait hoqueté de douleur tant cette pensée était devenue physique.
Oh, elle le revoyait, le jeune Sirius, aux longs cils noirs, l'air insolent, provocateur; un garçon énervant, trop charmant, trop charmeur, trop brillant. Elle le voyait dans la Salle commune de Gryffondor, un petit sourire sur ses lèvres pleines, ses pommettes hautes et ses yeux d'un gris nuageux encore clairs, légèrement étirés en amande, le front battu par des mèches noires, l'élégance raffinée qu'il arborait sans même y penser. Et puis, un geste, et il disparaissait. Elle le revoyait, entouré de ses amis, comploter des tours pendables avec James. Puis, près de Remus, une main sur son épaule, Remus sans doute perturbé par la prochaine pleine lune, et Sirius lui murmurant des mots incompréhensibles à l'oreille. La lune, et un chien noir qui venait la réconforter dans la clairière baignée de verdure. Sirius avait dû tout connaître de ses secrets, à ce moment. Le cœur d'Abby se noua, quelque part, là-bas. Ses mots et ses plaisanteries. Et soudain, ses confidences, puis ses caresses. Tant d'amour qu'elle n'avait su lui dire pendant longtemps. Tant de malheurs au milieu d'une guerre à laquelle ils ne pouvaient échapper. Et cette séparation. Une brume entre eux. Enfin, Sirius échappé d'Azkaban, ses yeux presque éteints. Comme un fantôme de lui-même. Certaine de l'avoir perdu jusqu'à ce qu'il revienne un jour près de sa maison; et ces semaines passées loin de tout et de tous. Sirius presque redevenu lui-même. Presque moins amer. Un rêve.
Sirius qui lui avait dit adieu, Sirius se perdant, inéluctablement.
Abby le pleurait.
La nuit était venue.
« Tu avais un nom d'étoile….Trop brillant pour durer… »
La lune l'éclairait fortement. Abby remarqua sa forme ronde.

Un loup hurlait sa complainte triste très loin d'ici.

 

"Certaines amours transcendent la chair et le temps et dans l'espace et le temps où l'âge et l'aspect ne signifient plus rien, et où il n'y a plus que le réconfort du contact entre âmes soeurs, notre amour demeure."
Robin Hobb - Le Soldat-Chamane (T.4)




Article ajouté le 2009-10-13 , consulté 23 fois

Commentaires


elvi44 le 13/10/2009 à 16:49:04
Un moment poignant mais qui devait arriver ..une étoile s'est éteinte et la nuit se referme.. l'amour ne s'oublie jamais, il reste intact au fond du coeur, brûlant comme un feu dévorant avec l'impossibilité de pouvoir le partager ...
Abby est notre soeur...
ferykat le 14/10/2009 à 01:19:34
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