L'ombre du passé - Chap 7 - Une potion inédite - suite
Un petit clin d'oeil à mes personnages de "La tentation de Severus".
Et un hommage à Marion Zimmer Bradley....Un clin d'oeil au sureau, aussi. Mais ce qui est dit, je l'ai lu. Très récemment.
Et à deux autres personnes ;-) ....merci pour leurs prénoms!
LEYA
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« Le sureau est la plante compagne du sorcier. Elle a le pouvoir de repousser les maléfices.
Même les Moldus qui craignent, ce qu'ils appellent les envoûtements, connaissent ses propriétés. On rapporte qu'il est d'usage dans leurs campagnes, lorsqu'il ont peur d'être victimes d'un maléfice, de suspendre leur manteau,ou leur veste, et de lui donner une bonne raclée avec une branche de sureau. Ceci, entre nous, prouve la crédulité des Moldus, mais le bien-fondé de la valeur du sureau. »
Depuis des heures, Abby remplissait sa tête des vertus des plantes magiques. Cette histoire de sureau l'avait intéressée, allumant en elle une sorte de pulsation. Quelque chose qu'elle se devait de retenir. Puis elle glissa de nouveau dans la torpeur bienveillante des lignes familières. Les vieux livres dégageaient une odeur douceâtre. Les phrases dansaient devant ses yeux en folles sarabandes. Presque hypnotiques.
Tout d'un coup, elle entendit qu'on l'appelait.
Elle ne rêvait pas.
Quelqu'un criait son nom à l'entrée du passage de la salle commune de Gryffondor.
Interloquée, elle se secoua, se demandant ce qui se passait.
Elle faufila son corps mince et eut la surprise de trouver Severus faisant les cent pas devant le portrait de
Même son apparence était étrange.
Il avait lissé ses cheveux noirs en arrière, qui paraissaient encore humides.
Abby aurait dit qu'il venait de prendre une douche.
Etait-ce ainsi qu'il fabriquait ses potions ? En se renversant de l'eau sur la tête ? Cela ne lui ressemblait guère.
Ses yeux noirs d'ordinaire si froids étaient animés d'une lueur intense.
Il bégaya lorsqu'il prit la parole :
- Fallait que…que…je te …que je t'en parle … je...j'ai trouvé…
Et il allait de long en large, sa cape virevoltant comme les ailes d'une chauve-souris autour de lui. Un instant, Abby ferma les yeux. Elle les rouvrit, comme atteinte d'une hallucination. Chauve-souris ? Elle se frotta les paupières. Elle imaginait trop de choses, décidément.
- Attends, calme-toi. Tu ne peux pas aller et venir, hurler mon prénom comme ça dans le couloir, faire tout ce vacarme, voyons. Viens m'expliquer, entre, viens t'asseoir, dit-elle en lui indiquant le passage.
Quasi horrifié, il la regarda comme si elle avait perdu la raison.
- Entrer ? Chez…les Gryffondor ? Tu veux me faire tuer ?
Son expression était celle d'un condamné à mort ou presque. Il aurait pu avoir avalé du poison et sa baguette en même temps. Abby éclata d'un rire cristallin.
- Mais arrête ! Si je te le propose, c'est qu'il n'y a aucun risque ! Et quitte cet air pincé, veux-tu ! Tout le monde est en vacances, il n'y a pas un seul Gryffondor ici, sauf moi….Bien sûr, si tu penses que je constitue un danger potentiel…..
Il la regardait encore d'un air soupçonneux, louchant légèrement.
- Et bien, je suppose que si tu n'as pas confiance, nous n'avons plus qu'à aller parler à la bibliothèque…où les bavardages sont interdits…ou marcher, mais il fait très froid.
- Heu, non, pas la mère Pince…et dehors…, fit-il penaud.
- Tu n'as pas de gants, encore ? Bon, alors, allons-y.
Abby se tourna vers le portrait de
- Et bien quoi, encore ? Vous z'entrez ou vous sortez, jeune fille ?
- J'entre.
- Pot de masse?…heu…Il était clair que le verre qu'elle tenait à la main ne contenait pas du jus de citrouille.
- « Dipsan akeomaï »
- Farpait…entrez…
- Et bien, ça lui va bien, « je guéris la soif », fit remarquer Severus, ironique.
- C'est le nom d'un chardon, en grec, nota Abby. Mais notre Grosse Dame a plus que guéri sa soif, elle a abusé des réjouissances de Noël avant l'heure.
Une fois dans la salle commune, Abby lui fit faire rapidement le tour. Severus était sur ses gardes mais semblait plutôt intéressé. Finalement, ils prirent place près du feu, l'endroit le plus agréable.
- Dis-moi, sans vouloir me moquer…ta potion, elle t'est tombée sur la tête ? Je te signale que tu as les cheveux trempés.
Severus eut un mouvement rapide puis furtivement, s'expliqua :
- Oh, ça….non. Tu comprends, j'ai passé trop de temps à faire bouillir des tas d'ingrédients dég…dégoûtants – il s'était repris à temps – et malodorants et finalement, j'ai pris une douche rapide, j'en avais besoin. Besoin de m'éclaircir les idées aussi.
Il paraissait confus.
- J'ai du mal à comprendre. Que se passe-t'il, au juste ?
Severus la regarda droit dans les yeux comme si ce qu'il allait dire était d'une importance capitale :
- Voilà. Je crois,... je crois que j'ai découvert une potion inédite. Quelque chose d'assez incroyable. Qui permet d'ouvrir l'esprit d'une personne à …celui d'une autre.
Et il s'arrêta. Abby fronça les sourcils.
- Que veux-tu dire ? Ce n'est pas une sorte de drogue, par hasard ? Tu n'as pas mélangé des plantes hallucinogènes ou ce genre d'ingrédients toxiques ?
Il secoua la tête :
- Non, non. C'est justement pour ça que je viens t'en parler. Parce que tu connais bien les plantes. J'ai tout dosé subtilement, j'ai tourné …
- Oui, je me doute que tu as su t'y prendre, tu es l'un des meilleurs en potions. Mais…Abby laissa la question mourir sur ses lèvres.
Severus devina ce qu'elle allait lui demander.
- Tu penses que j'ai utilisé de la magie noire, c'est ça ? Je te jure que non.
Tout le monde savait que les Serpentard étaient des amateurs de magie noire. C'était une limite que bien des sorciers se fixaient :en rester à la pratique de la magie blanche. Nul doute que Severus avait déjà franchi cette barrière.
- Tu me le jures, Sev ? Rien qui n'aille à l'encontre…. ?
- Je ne serais même pas venu t'en parler sinon, crois-moi, ses yeux se firent suppliants, un instant.
Elle n'allait pas le rejeter. Son intonation prouvait qu'il disait la vérité. Abby le sentait. Et si elle se trompait…..tant pis pour elle !
- Bien. Et tu m'as dit….ça ouvre l'esprit…Tu es sérieux, vraiment ?
- Bien sûr, pour qui me prends-tu ? Il y avait une telle assurance et un tel dédain soudainement dans sa voix qu'elle crut entendre quelqu'un d'autre lui faire ce genre de remarque. Quelqu'un qui….L'idée fusa : Sirius ! A l'opposé par l'apparence, mais sûrement pas par l'intelligence ni par la vivacité d'esprit, se dit-elle. Elle pensa que c'était peut-être l'une des raisons qui les faisait se haïr autant.
Severus fouillait dans l'une de ses poches et finit par en sortir une petite fiole emplie d'un liquide brun clair.
- C'est juste un échantillon que j'ai prélevé. J'ai laissé le reste dans une bouteille de verre, dans la salle des Potions, à décanter. Je voulais te montrer….Je suis sûr que ça fonctionne…..C'est…inoffensif, Abby.
- Oui, si c'est utilisé dans un but honorable, uniquement, Sev, lui rappela-t'elle.
- C'est ce que je veux, tu sais, dit-il avec timidité.
- M'expliqueras-tu ?
Mais il fit « non » de la tête, deux plaques roses sur ses joues si pâles. Il baissait la tête, refusant d'en dire plus. Abby soupira.
- Alors, quoi ?
- Peut-être….que tu devrais essayer…suggéra-t'il lentement.
- Et m'intoxiquer ? s'écria-t'elle en portant les mains à sa gorge. Elle écarquilla les yeux pour tenter de comprendre s'il était réellement sérieux. Il l'était.
Severus hésitait puis se lança :
- Je pensais….on pourrait en boire tous les deux. Non, ce n'est pas une stupidité de philtre d'amour. Aucun risque avec moi, dit-il amèrement.
Abby lui fit répéter sommairement les ingrédients qu'elle connaissait.
Il répéta les mesures. En effet, le risque était minime et pouvait être altéré par d'autres composants.
- Tu me promets qu'il n'y a ni belladone, ni datura, dans cette mixture ? Je n'ai pas envie de devenir dingue ou de perdre tout contrôle.
- Quelle horreur ! Tu m'as pris pour quoi ?
- Rien. Je vérifiais.
- Quels seront les effets ?
- Ton esprit va s'ouvrir….
- Au tien ?
Elle le vit rosir de nouveau. Abby était timide mais elle ne connaissait pas de garçon qui rougissait aussi facilement.
- Nos deux esprits seront comme…en contact, avança-t'elle doucement, comprenant qu'il fallait user de mots délicats.
- Ouais, c'est ça. On en prend juste un peu.
- T'as pas peur ? murmura-t'elle en le regardant de biais.
- Comment ça ?
- Je vais savoir des choses sur toi, non ?
Il hocha la tête. Apparemment, il avait envisagé cette possibilité.
- J'crois que…t'es pas le genre de personne qui…enfin, tu te rappelles, pour l'histoire des gants et tout….personne n'a su….
- Je vais pas raconter tes histoires aux autres, c'est ça ? Elle haussa les épaules. Normal, je parle pas à grand monde. Mais toi, espérons que tu ne raconteras pas mes secrets à toute l'école non plus….
- Toi, des secrets ? fit-il, incrédule.
Elle le fixa de ses prunelles soudain très dorées.
- Qu'est-ce que tu crois ? Tu ne vas peut-être pas aimer ce que tu vas découvrir, Sev.
- Tu crois que ça peut être pire que moi, maugréa-t'il.
Severus déboucha la fiole et la tendit à Abby. Elle la saisit, un peu tremblante.
- Juste un peu, prête ?
Elle accepta.
Le goût était étrange. Ni amer, ni acide, mais assez sucré, légèrement douceâtre, pas désagréable, finalement.
La main de Severus saisit le flacon.
- Arrête. Pas trop.
Et il but à sa suite puis remit le bouchon et rangea la fiole.
- Alea jacta est.
- L'éducation classique est plus avantageuse que tes jurons, Sev, glissa Abby avec un sourire. Je l'ai toujours dit.
- Tu crois ? répondit-il en fermant les yeux à demi.
- Tu devrais….surveiller ton langage. Ce serait vraiment….une bonne chose….pour toi….
Abby ne se rendit pas compte qu'elle ne formulait plus vraiment ses pensées à haute voix mais qu'elle les disait dans sa tête.
- Pourquoi…..
Lentement ce n'était plus les mots de Severus qu'elle entendait. Leurs esprits se trouvaient comme connectés l'un à l'autre, prêts à se répondre, sans la véritable barrière des mots, des hésitations. Les images se formaient en même temps.
« Pourquoi tu es là pendant les vacances, Abby, toi ?
« Ma tante….et l'image nette de Nemesia. Hautaine comme le jour où elle était venue la chercher à l'orphelinat alors qu'elle avait neuf ans. Abby, petite sorcière chez des Moldus, ignorant que la famille de sa mère désirait la revoir. Ses parents morts inexplicablement quand elle avait quatre ans.
Sensation stupéfiée et horrifiée de Severus.
« Tu n'étais pas à ta place.
« Et toi, d'habitude, tu rentres chez toi ? Que se passe-t'il ?
« Je ne supporte plus tout ça, Abby…
« Quoi ?
Visions de querelles. Les parents de Severus. Les cris. Ou les silences. Les non-dits.
Sa mère, le visage ravagé de larmes. Puis la honte. L'amertume. Son père titubant, ivre près du canal.
« Depuis quand ?
« Je sais plus….Severus enfant tassé dans un coin, attendant que les hurlements cessent ou que la traditionnelle dispute du soir ait lieu.
« Pourquoi ils ne se séparent pas, Sev ?
« Je ne sais pas, j'aimerais, ça finira mal….Et tes parents à toi ?
« S'aimaient à la folie…C'est ma grand-mère…elle les a maudits, a renié ma mère.
Oui, ils s'aimaient.
« On peut aimer comme ça, Abby, je le sais.
Stupéfaction d'Abby. Découverte. Le sentiment est brut. Intact. Entier en lui.
Absolu. Et il enveloppe une personne : Lily.
Mais elle sent une tristesse. Sa maladresse.
« Je ne savais pas. Mais pourquoi désespérer ?
« Je suis un ami. Elle ne voit rien d'autre. J'ai fait cette potion, pour elle…comme ça, elle saura. Qui je suis. Ce que je ressens.
« Tu crois qu'elle en prendra avec toi ?
« Pourquoi pas ? Tu l'as fait et on n'est pas si proches. Abby, je ne sais rien faire avec une fille. Je ne sais même pas embrasser.
Honte soudaine. Conscience de son immaturité.
« Abby, tu sais comment ça fait ?
« Oui…c'est….Comme une autre sorte de magie
Leurs deux esprits mêlés communiquent sans plus de mots. C'est plus que l'image d'un baiser, c'est la sensation, la caresse des lèvres, la vague de tendresse qui les submerge, une transmission d'âme à âme sans qu'aucun geste ne soit esquissé de part et d'autre, mais encore plus intime. »
Abby et Severus avaient toujours été des gamins en mal d'affection, élevés dans le savoir, mais qui cherchaient la signification du mot « amour ». A cet instant, ils n'avaient plus de doutes.
Oubliant leurs différences, leurs peines, ils sanglotaient sans comprendre, front contre front, les mains entremêlées. Car ils se connaissaient comme jamais ils ne s'étaient connus. Et à jamais leur amitié était scellée même s'ils ne le savaient pas encore.
Après ce qu'il leur parut un temps impossible à évaluer, ils s'étirèrent, dégourdissant leurs bras, comme tirés d'une sorte de sommeil, un peu embarrassés de se retrouver si proches l'un de l'autre.
En se mettant debout, Severus, l'esprit embrouillé, se demanda à grand peine ce qui s'était réellement passé. Seule la persistance derrière ses paupières de bribes étrangères à son fonctionnement naturel de penser le laissait perplexe. Puis en regardant Abby effectuer des mouvements pour s'étirer en douceur, son regard croisa ses iris d'un brun clair parfois si doré qu'il en paraissait liquide. Une légère chaleur l'envahit. Familière. Puis il chassa cette idée déconcertante. L'image de Lily revint s'implanter en lui.
Abby, quant à elle, ne souffrait pas de la même amnésie. Elle revoyait avec force toutes ces images au fond de sa tête. Aussi en conclut-elle qu'il en allait de même pour Severus. Mais elle savait qu'ils n'en parleraient pas. C'était un peu leur pacte.
Soudain, Severus porta une main à son front et pâlit.
Alertée, Abby s'écria :
- Quoi ? Tu ne te sens pas bien ?
- Non, ce n'est pas ça….Je viens de me dire….Le reste de la potion….Je l'ai laissé dans la salle, sans surveillance, mais si quelqu'un la trouvait….
- Il n'y presque personne en ce moment, mais tu as raison, ce n'est pas une chose à faire…
- Vite, viens, on va la chercher, et il attrapa Abby par la main machinalement avant de s'engouffrer par le passage de la salle commune.
Ils filèrent à toute allure le long des escaliers et des couloirs, Abby peinant à suivre les grandes enjambées de Severus puis parvinrent enfin à la salle de Potions.
Severus se dirigea comme un fou vers l'endroit où il avait déposé sa bouteille. Il étouffa une exclamation. Abby plaqua une main sur sa bouche.
Il n'y avait rien.
- Qui…Qui est venu la prendre ? coassa Severus d'une voix rauque.
Abby ferma les yeux, tenta de réunir deux idées cohérentes. Qui avait accès si facilement à cette salle ? Elle avança le seul nom évident :
- Tu ne penses pas que…Slughorn ait pu venir te voir ? Et …
- Oui, Slughorn ! répéta Severus.
- C'est dans son bureau ! s'écrièrent-ils en chœur.
Tous les deux avaient compris que le professeur Slughorn avait dû être très intrigué par la création de son élève et avait sans doute voulu examiner cette potion de plus près. Mais Severus n'avait aucune intention de se voir emprunter sa potion. Il la voulait pour Lily et lui. Quant à Abby, elle prêtait au professeur Slughorn des intentions un peu moins louables : elle savait qu'il aimait tirer parti de la moindre gloire et cette belle invention lui en conférerait certainement, même s'il oubliait de mentionner qu'il n'en était pas l'inventeur.
Trébuchant, l'un comme l'autre se ruèrent dans le couloir jusqu'à la porte du bureau du directeur de Serpentard.
Essoufflée, Abby demanda :
- Très bien et à présent, que fait-on ? Tu entres et tu lui demandes bien gentiment de te rendre ta potion ?
- T'as une meilleure idée ?
- Non. Allez, frappe, tu le connais mieux que moi, il est ton directeur, Sev.
- J'entends rien. C'est bizarre, je croyais qu'il avait une visite aujourd'hui, une ancienne connaissance….
- On verra bien, vas-y.
Severus cogna à la lourde porte. Mais il n'y eut aucune réponse.
- Absent, conclut Abby.
- Attends, l'arrêta Severus et il colla son oreille contre la porte, soudainement attentif.
- Sev, non, ça ne se fait pas….
- Chhh…. J'ai cru entendre….
- Arrête d'écouter aux portes, c'est impoli. Qu'est-c'qu'on fait ? Tu crois qu'on peut entrer ?
Ils se consultèrent du regard puis un peu fautifs, poussèrent la porte qui n'était pas verrouillée. Ils ne virent personne. Pourtant, des capes de voyage avaient été déposées sur une chaise.
Le bureau était très confortable même s'il était installé dans les cachots de Serpentard. Un énorme fauteuil trônait. Slughorn appréciait son confort.
Soudain, Severus bondit littéralement :
- Là, tu la vois, sur le bureau, c'est ma bouteille de potion !
Abby sursauta. Mais ce n'était pas l'exclamation de Severus qui l'avait surprise. Elle venait d'entendre un léger bruit provenant du fauteuil du professeur Slughorn. Comme elle ne voyait que le dossier, elle ignorait ce qu'il contenait. Un animal ?
- Oui, tu avais raison, je crois que nous ne sommes pas seuls, chuchota Abby.
Elle contourna précautionneusement le fauteuil vert capitonné. Sa surprise fut intense quand elle y découvrit une toute petite fille de deux ou trois ans tout au plus qui se rasseyait tranquillement.
- Par Merlin ! Severus ! Il y a une enfant seule, ici !
Abby se rapprocha et crut deviner sur les lèvres nacrées de l'enfant un peu du liquide brun clair. Cette enfant aurait-elle pu jouer avec la bouteille de potion devant elle ? Non, c'était impossible. Abby inventait.
Severus vint se placer aux côtés d'Abby et crut qu'il allait se pétrifier sur place. Cette petite lui rappelait une image. A part ses cheveux qui étaient bruns, ses yeux étaient d'un vert émeraude vif et le dévisageaient avec un sérieux et un calme très troublant.
Il en frémit.
Les yeux de Lily.
Comme une Lily enfant.
Lily dans sa pleine innocence.
Severus secoua la tête. Quelle était cette magie ?
Ou bien était-ce une parente à elle, une petite cousine ?
Il crut en perdre l'usage de la parole.
- On ne peut pas laisser cette enfant ici, seule, intervint Abby. Voyons, petite, où sont tes parents ?
Elle avait vu le trouble de Severus et elle-même se sentait gênée par l'étrangeté de cette toute petite fille, inexplicablement.
Soudain, la porte s'ouvrit violemment. Deux femmes jaillirent dans la pièce. La première, grande et brune, se précipita, hors d'haleine :
- Ma chérie, la déesse en soit remerciée, tu es ici, j'ai cru que tu t'étais perdue dans tous ces couloirs.
Elle prit l'enfant dans ses bras et la couvrit de baisers.
L'autre femme, plus âgée, avait les mêmes yeux verts que la petite fille. Elle était suivie du professeur Slughorn qu'elle tançait d'un ton sans appel. Albus Dumbledore les accompagnait.
- Horace, vous séquestrez les enfants ! Vraiment, mon ami, je devrais vous administrer un maléfice de ma fabrication !
Dumbledore sourit :
- Je ne vous conseille pas d'essayer, Horace. Vous connaissez l'imagination d'Elvina dans ce domaine. Vous auriez du mal à vous en débarrasser.
Slughorn se confondit en plates excuses, ne sachant pas comment cette petite fille avait pu entrer dans on bureau à son insu, lui qui verrouillait toujours si bien sa porte.
Abby et Severus haussèrent les yeux au ciel.
S'apercevant de leur présence, Slughorn y vit l'occasion de détourner l'attention sur eux :
- Dans toute cette précipitation, nous n'avons pas remercié ces deux enfants qui ont retrouvé votre petite-fille, ma chère, voici mon meilleur élève, fit-il en désignant Severus, qui est de ma Maison, et une excellente sorcière, dont je ne suis pas, hélas, le directeur.
Elvina fixa Slughorn et lui lança :
- Et oui, il faut compter sur les jeunes sorciers pour pallier les défaillances de certains autres, de nos jours…. Jeunes gens, merci beaucoup. Ma fille s'est fait beaucoup de mauvais sang. Layla, tu devrais les remercier aussi. Tu vois que Melinda était entre de bonnes mains.
Albus, ajouta-t'elle, vous donnerez une double ration de pudding de Noël à ces jeunes gens, au repas, j'espère !
- Cela va de soi, chère Elvi. Et si nous allions prendre le thé dans mon bureau à présent. Layla, venez-vous ?
La femme avait repris des couleurs et sourit :
- Le thé, oui, bien sûr. Quant à vous deux, que cette fête vous apporte toute la lumière, merci encore.
La toute petite fille dans ses bras regardait intensément les deux adolescents et dit de sa voix d'enfant :
- Se-ve-rus.
Abby savait qu'elle avait prononcé le prénom du garçon en entier pour une fois, juste en entrant.La petite l'avait mémorisé.
Mais quand elle croisa le regard de l'enfant, l'acuité des yeux verts la perça à vif. Elle espérait une fois encore que cette petite fille n'avait pas avalé de cette potion. Car qui sait ce que les effets pourraient produire sur son jeune organisme ou sur le développement de sa magie ?
Car elle promettait d'être une sorcière extraordinaire.
Pour essayer de chasser cette idée stupide, Abby fit remarquer :
- Tiens elle a retenu ton nom. Et c'est quoi, ton nom à toi ? demanda-t'elle à l'enfant.
Mais comme le font souvent les enfants, elle refusa de répondre.
- Elle s'appelle Melinda. Melinda Lake. C'est notre unique enfant, à Ruyven et à moi, vous comprendrez mon affolement de tout à l'heure, s'excusa la mère.
- Et bien c'est très joli, comme prénom, dit Abby, songeuse.
- Oui, mais j'avoue qu'on l'appelle souvent « Melly ».
Et Abby entendit Severus à ses côtés grommeler à mi-voix « mais ça, c'est franchement moche » et elle lui lança un coup de coude.
Comme tout le monde sortait du bureau, Severus s'empara de la bouteille placée sur la table.
Puis ils s'esquivèrent.
En marchant, Abby entendit Severus jurer plus fort que jamais. Elle s'arrêta, s'apprêtant à le reprendre, quand elle le vit, désorienté, au milieu du couloir :
- Quoi ?
- Abby, la bouteille, Slughorn l'avait ouverte ! Mais il l'a mal rebouchée….Et…regarde….
Le liquide venait de s'écouler dans sa poche. Il tenait la bouteille dans sa main, l'air désespéré.
La bouteille était vide.
- Tout à refaire…..
- Pas aujourd'hui.
- Je ne sais même pas si je saurais la recommencer aussi bien, fit-il sur un ton plaintif.
Abby posa sa main sur sa manche. Mais que pouvait-elle dire ?
- Tu veux quelque chose ?
- Etre seul, répondit-il sèchement. Puis il la regarda un instant et ajouta, penaud : s'il te plaît.
- Bien.
Ils se séparèrent dans le couloir.
Un peu lasse, Abby pensa que ce soir serait le repas du vingt-quatre décembre.

Commentaires
elvi44 le 13/05/2008 à 16:47:35Un vrai régal ce passage - oui, bien sur Grand-mère Elvina (ahaha) amène sa petite fille Melinda et premier contact avec Severus - si elle bu de sa potion on comprend pourquoi elle lisait si facilement dans son esprit -t'es une maligne toi !!!
Quant à "l'union des esprits" très Zimmer Bradley mais j'adore vraiment - mieux que ma seule empathie !! c'est un très beau passage, je l'ai relu deux fois.... super si ça continue comme ça, hummmm .... ça promet - Bisous ma puce, Elvi (la grand-mère !)
Leya le 13/05/2008 à 17:13:33
Et voilà!
Y a une explication -magique - à tout et cette histoire est un peu l'histoire des explications!
C'est pas que j'ai envie de faire ma maligne mais quand j'ai une idée....je tiens à la suivre jusqu'ua bout. J'avoue, cette idée-là n'était pas prévue au début de Severus & Melinda mais elle était tellement évidente avec l'histoire d'Abby!!!!
Sans relire Bradley, pourtant (depuis je l'ai relue, mais je ne voulais pas être "contaminée" par son style).
Et tu te doutes où j'ai "pêché" le prénom de la maman de Melinda ;-) sourire
FëryKat le 13/05/2008 à 22:46:03
Excellent!!!
Un retour avec ton autre histoire...
Moi, souvent, les choses m'Arrivent au fur et à mesure que l'histoire avance et c'est drôle, mais souvent, ça fonctionne parfaitement avec le reste de l'histoire (non, j'ai pas continué mon histoire, je suis vraiment devant un "blanc", mais les choses vont arriver en temps et lieu, mais ça me dérange un peu... beaucoup! car j'aimerais continuer, mais ça semble impossible :P )
fërikat le 16/05/2008 à 00:46:48
Pour ce qui est d'écrire, je me suis mise ce matin (je venais à peine de me coucher, il était tôt ce matin, encore passer la nuit debout lol!) j'ai eu soudain des idées pour la suite de Fë. J'avais quelques idées que j'avais écrites, j'avais même écrit un début de chapitre, mais j'étais pas satisfaite. Puis, j'ai eu des idées, mais qui ont commencé par la fin. Et je me suis dit que je devais faire un dessin pour ce tour du châuteau. Et me voilant gribouillant sur une feuille le "trajet" que vont prendre Fë et Sauvage. Et je suis très satisfaite. Il ne me reste qu'à faire un chapitre avec ça. Une chose à la fois... ;)
bisous xxxxxxxxx
fërikat le 22/05/2008 à 20:46:36
Salut Miss,
en panne? euh... ça va plutôt tranquillement. J'ai écrit une partie du chapitre sur l'ordi, mais on dirait que c'est quelque chose de plus difficile (va savoir pour quelle raison :P ). Et des changements se profile à l'horizon et ça me bouscule, même si je veux ces changements-là, disons que ça fonctionne pas comme ça en moi, j'ai la trouille, lol!!! Mais la vie est bien faite, ça va à mon rythme, mais j'ai surtout peur de ce que ça me fait ressentir. Bon, aujourd'hui, j'ai réussi une petite chose, j'ai affronté ma peur, donc je me suis offerte un ptit cadeau. Je suis fière de moi! Un pas à la fois... mais j'ai quand même à me botter les fesses pour pouvoir avancer, sinon, je deviens lâche... :P
elvi44 le 23/05/2008 à 17:26:44
Ah - tu te bottes les fesses ??,moi aussi mais en dansant tu sais bien comme fait Lisou !!!
et la suite alors ??? c'est qu'on piétine là - et je suis plongée dans Eragon ... hummm Saphira ...
t'as pas des dragonnes dans tes histoires ??,
Bizzzzz - Elvi
Leya le 23/05/2008 à 19:25:10
Tu te prends pour Hagrid??? Nan, pas de dragonne par ici.
Un peu coincée et surtout bien malade; ça n'aide pas...