L'ombre du passé - chap.16 - Le songe enfoui 12
"Un fardeau partagé n'est pas seulement plus léger; il peut aussi créer un lien entre ceux qui se le répartissent. De cette façon, nul n'est obligé de le porter seul."
Robin HOBB - La Citadelle des ombres
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Noël - 6ème année - vacances - Poudlard
Une jeune femme était assise dans une petite pièce, sans doute une cuisine.
Ses cheveux bruns cascadaient dans son dos, le long de sa simple robe bleue. De fins sourcils surmontaient des yeux largement ouverts : des nuances de noisette et de vert se fondaient dans ses grands iris, évoquant touts les teintes des feuilles au cours des saisons.
Elle paraissait jeune mais déjà une ride précoce marquait son front. Elle avança une petite main carrée et la brume s'estompa, révélant le dos d'un homme qui lui faisait face :
- Joshua, je pense sincèrement que c'est la meilleure solution.
Elle s'efforçait d'affermir sa voix mais à la contracture de ses lèvres, on voyait qu'elle appréhendait cette décision. L'homme eut un soupir. Ses boucles blondes retombèrent dans son cou.
- Ce n'est pas que je ne lui fais pas confiance, Diomeda. Mais…
Il se tut.
La pièce s'éclaira complètement. L'homme était fin, tant de corps que de visage. Il regardait la jeune femme avec une affection et un respect sans limites.
- Mais si tu le penses…
- Dis-moi, Josh, dis-moi le fond de ta pensée ! Je ne veux pas décider seule. Il s'agit de notre fille. Et même s'il s'agit de quelques jours...
L'homme sourit. Il n'était pas beau à proprement parler mais un charme indéniable se dégageait de tout son être. Il repoussa une mèche dorée de son front.
- Diomy, ma douce, si mes parents étaient encore de ce monde…
Elle eut une expression de compréhension et glissa sa main dans la sienne.
- Oui, j'aurais aussi préféré cette solution. Tu le sais bien, Joshua.
Ils se turent. Le silence les engloba un instant. Ils se regardaient, les yeux dans les yeux. D'âme à âme.
- Je pense que nous pouvons faire confiance à notre voisine. Elle a toujours été bienveillante envers nous. Et nous pouvons lui confier Abby le temps qu'il faudra.
- Seulement quelques jours…
- Je crains que cela ne prenne plus de temps que nous ne le pensons, dit l'homme malgré lui.
- Que dis-tu ? Tu…tu en as rêvé, Josh ?
La brume ouatée éclata comme une bulle de savon. Tout était parti. Les images, les sons, l'impression douce et familière des deux personnes, tout.
Abby s'assit brusquement dans son lit, une migraine latente sous ses tempes.
Autour d'elle, le dortoir était vide, plongé dans l'obscurité. La nuit était avancée sous l'œil scrutateur de la lune faible.
« Lumos » chuchota-t'elle en attrapant sa baguette magique. Le léger halo rendit la pièce plus réelle à ses yeux et elle respira plus librement.
Tous ses sens magiques aux aguets, Abby sentit qu'elle avait visité en rêve une maison qu'elle avait connu, peut-être un endroit où elle avait elle-même vécu.
Une maison où seules subsistaient les silhouettes éthérées de ses parents décédés depuis douze années.
Dans un état de conscience suraigüe, elle perçut intimement qu'elle venait enfin de soulever un pan du voile qui recouvrait l'un des mystères de sa petite enfance.
Elle ne se rendormirait pas, elle le savait. La nuit avançait.
L'oppression s'éloignait peu à peu. Mais son cerveau en effervescence l'empêchait de trouver le repos. Cette impression de solitude dans la nuit ne l'impressionnait plus ; elle lui donnait le sentiment d'une vie en veille, d'une ouverture enfin désirée sur un espace inconnu d'elle auquel elle aspirait, à la plus grande magie : celle de la réflexion, de la pensée.
Finalement, elle repoussa ses draps et sa couverture et glissa ses pieds dans ses chaussons. Un frisson la saisit. Elle revêtit sa robe de chambre et lança un clin d'œil à cette lune chimérique. Une crampe lui vrilla la tempe. Elle porta la main à son front, des mèches collées par le sommeil se détachèrent. S'emportant contre elle-même, elle regarda au fond de sa tisanière et vit qu'elle était vide.
« Je deviens plus stupide qu'un Véracrasse ! Il ne me reste rien de ma décoction, évidemment ! »
Il ne lui restait qu'une solution : aller à l'infirmerie en bravant le froid des couloirs.
Abby se décida : elle avait besoin d'une tisane chaude, et calmante. Ses émotions couraient le long de sa peau. Elle sortit et se hâta.
Parvenue à pas feutrées à destination, elle hésita un moment. Elle savait que l'infirmière était disponible à tout moment pour les élèves mais il lui déplaisait d'arriver ainsi en pleine nuit.
Mme.Pomfresh ne montra pourtant aucune réticence à la laisser entrer quand elle la vit, emmitouflée dans ses vêtements de nuit. Elle se préoccupa d'elle aimablement mais Abby la rassura rapidement :
- Rien de bien grave, rien qui ne mérite un contre-sort, je vous assure, ce qu'il me faudrait…enfin, si vous aviez, du thym, de la camomille matricaire, ou du souci, le tout en infusion…bien sûr, des feuilles de framboisier sauvage seraient l'idéal...
Le visage de Mme.Pomfresh s'illumina :
- Ah, ma petite, je ne connais pas une jeune élève de votre âge qui ait une telle connaissance de l'usage des plantes. En effet, comme vous le disiez, juste de quoi vous empêcher de dormir. J'y ajouterai quelques grains de pavot.
L'infirmière s'affaira auprès de ses bocaux odoriférants tout en continuant à parler :
- Dites-moi, avez-vous déjà songé à votre métier futur ? Guérisseuse, peut-être ?
Abby opina en silence.
-Bien sûr. Ils vous embaucheront volontiers à Ste Mangouste une fois votre formation terminée. Ils ont grand besoin de guérisseurs, vous savez…Par les temps qui courent...
- Comment cela ?
Mme.Pomfresh s'interrompit puis consciente de parler à tort et à travers, fixa son attention sur le dosage des plantes.
Une voix surgie de nulle part les fit sursauter toutes deux.
- Bien le bonsoir !
Albus Dumbledore entra, sa prestance naturelle contenue dans chacun de ses pas.
- Bonsoir, professeur, fit Abby assez intriguée de voir le directeur habillé, sa cape de voyage jetée sur son bras.
- Ah, Albus ! Vous me voyez surprise ! Ce ne sont pas les insomnies qui vous mènent jusqu'ici, dites-moi ?
Le directeur eut un brillant sourire mais sa mine démentait malgré lui son air réjoui.
- Non, comme vous le savez, ma chère, dans ce cas, je fais les cent pas ou je...compte les phénix !
La voix un peu plus grave, il reprit :
- Il s'agissait d'un court voyage. Des affaires urgentes, comme il y en a de plus en plus.
Il fronça les sourcils, avisa Abby et finit en murmurant : - Des affaires inquiétantes.
Mme.Pomfresh resta un instant le regard en alerte :
- Vous le croyez vraiment ?
Dumbledore eut un mouvement de tête d'assentiment puis s'adressa à la jeune fille qui avait suivi la conversation.
- Et vous, jeune fille, des insomnies ?
- Heu… en quelque sorte, monsieur, provoquées par un rêve.
- Vous rêvez si fort, Abigail, que vous réveillerez tout le monde magique un jour prochain, ajouta-t'il malicieusement.
Abby le contempla, interloquée, ne sachant que dire.
- Albus, voyons ! Quelle est cette espèce de plaisanterie ? Depuis quand entend-on les sorciers rêver ? Allez donc vous coucher, et vous aussi Abigail !
Elle les poussa presque à la sortie, maîtresse des lieux, les poings sur les hanches.
Ils se retrouvèrent dans les couloirs. Abby se sentit bien intimidée aux côtés du directeur.
Mais une question la taraudait.
- Monsieur, osa-t'elle du bout des lèvres.
- Je vous écoute, Abigail.
- Qu'entendiez-vous par cette histoire de rêves, s'il vous plaît ?
Dumbledore eut un large sourire et elle vit ses yeux bleus se poser sur elle.
- J'exagérais. Mais me tromperais-je en disant qu'un songe troublant vous a tirée du sommeil ?
Abby écarquilla les yeux. Cet homme la perçait de son regard. Elle n'aimait pas cette sensation, elle aurait voulu détourner toutes ses pensées au plus profond d'elle-même. Sans succès, estima-t'elle.
- Je fais souvent des rêves bizarres mais cette fois, c'était vraiment très étrange. J'ai vu mes parents. C'était si…réel…Comme si…j'avais déjà vu cette scène.
Le directeur soupira :
- Comme un souvenir en vous ?
- Je n'ai aucune trace de ce souvenir…Comme si je n'en connaissais pas l'existence.
- J'ai connu votre mère, bien sûr. Diomeda. Une nature courageuse et combattante.
Abby crut que son cœur allait chavirer :
- Vous l'aviez eue comme élève ?
- Bien sûr. Vous ne vous en doutiez pas ? Elle et sa sœur. Votre tante Nemesia. Différentes mais toutes deux braves et passionnées.
- Ma tante ? Vous ne vous trompez pas ?
- Je ne me trompe que rarement sur mes élèves, Abigail. Votre tante a connu son lot d'épreuves et d'affliction, mais elle ne vous en a pas parlé. Bonne nuit, et dormez. Demain est la veille de Noël.
Brutalement laissée seule à elle-même, il lui vint une envie de courir après le directeur et de le questionner à n'en plus finir. Les mots moururent sur ses lèvres. Qu'aurait-il pu dire à sa jeune élève ? Que savait-il de plus à propos de sa famille ? Rien sans doute.
« Et mon père….Il était Moldu. Il ne l'a jamais connu. »
Frustrée par toutes les questions qui se bousculaient dans sa tête d'adolescente, elle remonta dans son dortoir, réveillant le portrait de
Elle se serra sous ses draps, oubliant même les herbes de Mme.Pomfresh, se roula en boule, et laissa couler des larmes trop longtemps retenues, en silence. En glissant dans le sommeil, elle aspirait à la douceur ; le repos la lui amenait enfin jusqu'au matin.
A suivre

Commentaires
elvi44 le 04/09/2008 à 17:14:26Mijoté à petit feu pour nous tenir en haleine... toujours des mots justes pour nous plonger dans la situation...
Insomnies aussi, pas de potion sous la main et pas de Mme Pomfresh pour me la préparer (j'ai les grains de pavot pourtant !!)
Je cours lire la suite .... mille bisous.
Vyzalie-FëryKat le 05/09/2008 à 07:51:06
et voilà la suite!
AH! le monde des rêves, toujours une source de richesse et... de trouble.
Et ça nous fait nous poser de plus en plus de questions à propos de cette Abby.
Je vais lire la suite!