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Chap.23 - Dverg et khroff: amitié et secret - 2/3

Côte Sur Roche - en dehors des remparts - dans une cabane (ex- habitation des Grimbol)

 

Nerdlun fit un signe discret de la main à Sayed qui s’approcha en silence. Du regard, il l’interrogea.
-Non, il n’y rien ni personne, pas même la présence de quelque chose.
- Reste, alors. Je veux être certain de ne pas être le seul à recueillir les paroles de Maître Mikel au cas où il m’arriverait un malheur. Non, ne dis rien, gilhiu. Je suis vieux moi aussi. Et tu sais où trouver l’aide nécessaire.
Le chasseur brun hocha la tête sans objecter. Il respectait la volonté de son doyen. En l’absence du kéhers ou de Béryl, celui-ci avait toute autorité sur lui. Et puis, il lui faisait confiance plus qu’à quiconque.
- A ves ordes, Nerdlun.
Le vieux dverg émit un petit rire et se tournant un peu vers Mikel Nizère, dit:
- Ecoutez donc comme ces jeunes sont cérémonieux!
Maître Nizère lui sourit en retour. Ses yeux clairs qui paraissaient au premier abord couverts d’une taie étincelèrent plus vivement:
- J’espère qu’il en est de même pour mon …fils. Oui, c’est ce que je désirais vous transmettre. Avant d’épouser Vikki, j’ai été marié. C’était il y a de très nombreux cycles. Cette union était celle de la jeunesse, de la passion, de l’insouciance. Mais hélas, elle fut brève. Ma première femme décéda brusquement alors que notre enfant était encore tout petit. Personne ne le sait car j’étais alors en formation dans la maison de ma Guilde, loin d’ici. Je pensais revenir  une fois le métier appris, pour établir la Guilde au Bourg. Nous restâmes de longs cycles au loin à apprendre les techniques, à collecter des matériaux précieux, des alliances avec d’autres orfèvres.
Quand je revins, je le fis seul…
Mikel Nizère se tut, le regard dans le vide, mais les joues rosies par sa longue tirade. Les dvergins se lancèrent un coup d’œil. Le temps s’écoulait. Ils ne pourraient s’attarder beaucoup plus sans éveiller d’éventuels soupçons.
- Qu’est devenu votre fils?
Mikel Nizère pâlit. Il sembla se recroqueviller. Quand il reprit la parole, sa voix avait reprit un ton terne et faible:

- Je l’ignore. Il a été enlevé avant mon départ. Je ne l’ai jamais revu. Je pensais le laisser comme pupille chez mes cousins le temps que je m’établisse correctement et qu‘il soit en âge de voyager. Mais le malheur nous frappa avant. Des bandits ou des voyous des Plaines, nul ne sait. Nous avons tout essayé, mes parents et moi. Rien. On nous a même dit qu’il aurait été vendu par les esclavagistes de la ville des Lacs! Aussi loin que cela, je n’ai pas pu y croire. Et aujourd’hui, je ne sais plus…Si jamais….

La toux le reprit. Je suis fatigué… Mais c'est important. Mon fils....je dois savoir....Vous autres, on dit que avez des pouvoirs. Peut-être....

Il se tut, épuisé. Seul son regard encore vif appelait à l'aide. 
Sayed se glissa souplement vers la porte. Il regarda à l’extérieur. La voie était libre.
- Il est temps.
Le doyen se pencha au-dessus du malade.
- Reposez-vous, Mikel. Nous reviendrons dès que possible. Votre secret est en sécurité.
Déjà, le maître orfèvre sombrait dans la somnolence. Il bougea encore un peu et montra qu’il avait entendu. Avant de partir, Nerdlun laissa la pièce comme il l’avait trouvée et ferma silencieusement la porte en bois.
Au dehors, rien ne bougeait.
Les dvergins se mirent en route pour Ost’uval, chuchotant entre eux:

- C’est de Lacustria qu’il parlait, n’est-ce pas?
- Certainement. « Il existe trop de hasards cachés pour que tout soit le fruit de coïncidences » , marmonna le vieux dverg.
Sayed réprima un hoquet de surprise dans l’obscurité. Il les guidait sans avoir besoin de sa lanterne, habitué à se mouvoir dans la nuit sans un bruit.
- Vous citez la Dvergania, doyen.
- Je la recopie depuis de très nombreux cycles, gilhiu. L’as-tu apprise?
Sayed sembla scruter le chemin baigné de ténèbres devant eux, devinant ses contours avant de les appréhender:
- J’en connais quelques passages. « …mais nul ne peut affirmer qu’il s’agisse d’un quelconque destin sinon d’une relation entre nous tous et l’arza elle-même », est-ce bien ce qui suit?
Le doyen hocha la tête puis prenant conscience que son compagnon de voyage ne le regardait pas, fit à voix basse:
- Tu as été bien instruit, mon garçon. Mais dis-moi, est-ce ton talent de l’arza qui te permet de marcher en pleine nuit avec si peu de lumière? Je n’y vois goutte, pauvre de moi.
Sayed ralentit:
- Je n’ai pas mon allume-feu…pour la lanterne. J’ai l’habitude de faire cet usage de l’arza. Me déplacer en silence, repérer les choses et les passages, même sans lumière. c'est ainsi. Je sens les choses, les êtres, ce qui les relie. Je les perçois. 
La voix du jeune chasseur devint un chuchotement. Il n’était pas bon de divulguer les secrets de l’arza hors des lieux dvergins ni à découvert. C’était l’un des premiers enseignements que les plus jeunes recevaient. Il était toujours dangereux de parler de l’arza si des oreilles indiscrètes pouvaient se trouver proches. Cette leçon avait été apprise par les dvergins depuis longtemps. Leur peuple en avait fait les frais. Ils avaient tous payé. De leur sang. 

- Approche, mon garçon, tiens ta lanterne devant moi, je te prie.
Lentement, les mains habiles du doyen dverg esquissèrent des mouvements précis, comme s’il brossait l’air puis le rassemblait.
Et dans la nuit, jaillit une étincelle qui enflamma le combustible contenu dans le récipient de la lanterne.
- Magnifique, souffla Sayed, enthousiasmé. Votre talent de l’arza…J’ignorais…
- Je l’ai développé quand j’étais aussi jeune que toi, gilhiu, car, oui, c’est arrivé, gloussa Nerdlun. C’est pratique, non?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26/10/2016
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