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Chap.24: Festivités 1

Chap. 24 Festivités

 

 

Narj à Nortuval

 

 

 

    Narj ouvrit les yeux brusquement. La fraîcheur de l'air lui indiquait que l'aube était encore à venir. Elle tenta de se retourner et de se rendormir.
En vain.
Tout son corps lui faisait mal, son côté l'élançant sourdement, en millions de piqûres sournoises. Dans la semi-obscurité, elle se laissa happer par un sentiment proche de néant.
Son bras était lourdement engourdi. Son dos fourmillait de douleur.
Elle haleta, chassant l'impression d'angoisse qui menaçait de la déstabiliser. Elle se rassit lentement, tentant de reprendre son souffle. Que lui arrivait-t'il ? Le mal gagnait-t'il en amplitude ?
Elle ne le voulait pas. Non, elle n'était pas encore résignée. Elle avait encore tant à faire. Elle ne pouvait pas se permettre d'abandonner les siens, non, pas maintenant. C'était impossible. Elle lutterait, oui, elle le ferait.

 

 

Les dvergas avaient encore besoin d'elle. Mais il s'agissait surtout de Lysidre. Elle ne pouvait pas la laisser tomber comme ça. La jeune femme s'était attachée à la dverga en chef. Et plus elle approchait de son terme, plus Narj lui rendait son affection en retour . Il était hors de question que la jeune mère perde cet enfant ou succombe à des superstitions. Quant à Draïlina, Narj souhaitait tant que la guérisseuse atteigne son but, trouve ses origine et les Lacs. Elle voulait la revoir, elle avait besoin de lui parler - c'était important.

 

Bien sûr, la dverga ne se croyait pas indispensable. Elle avait abandonné cette illusion depuis de nombreux cycles même si Lihandra lui en faisait le reproche encore souvent.

 

« Cesse, Narj, laisse ces affaires et occupe-toi des tiennes. Tu deviens pire que les Sudiques orgueilleux, tu te crois indispensable ! »

 

Alors, Narj grommelait avec un demi-sourire, et continuait à en faire à sa tête – sauf ces derniers temps où elle s'était sentie trop fatiguée pour effectuer toutes les tâches qu'elle avait coutume de faire.

 

« Oui, mais c'était trop pour une seule dverga, je te l'avais dit », lui assénait Lihandra. Et Narj était forcée d'en convenir.

 

Pendant qu'elle tâchait de se remettre de cette crise de souffrance, Narj se distrayait en pensant à ces amies, les dvergas, à leurs paroles habituelles, à leur quotidien.
Si l'enfant de Lysidre naissait sain et sauf – ce qui paraissait être la voie qu'il avait choisi – il faudrait penser à lui choisir un nom dverg en plus de son nom khroff. Et il conviendrait de s'occuper avec soin de Lysidre. Les mères ne survivaient pas souvent à de telles grossesses. Pourtant, il y avait eu des exceptions. La jeune fille était bien entourée. Les dvergas lui apportaient toute la force de l'arza sans qu'elle sache vraiment de quoi il retournait.

 

 

 

Narj fit appel à toute son expérience, respira lentement.
Elle ne devait pas laisser la peur la submerger. L’arza était en elle. Elle était l’arza. Tout autour d'elle, le monde s'éveillait. Elle en faisait partie. 
Elle se glissa avec aisance dans cette pensée, tâchant de relâcher chaque partie de son corps l’une après l’autre. « Tout n’est qu’apparence et signaux. L’arza est en moi. Je suis l’arza.Si je laisse passer cette vague de douleur, alors, il n’y aura plus rien. Plus rien d’autre que moi. L’arza et moi. ». Elle dut se concentrer encore et encore jusqu’à ce que le soleil monte doucement dans le ciel et que Tenni vienne frapper à sa porte et finisse par entrer. Enfin, à l’apparition de la dverga, Narj se détendit tout à fait, avouant qu’elle avait passé de sombres heures...

 

 

La Fête du Recouvrement (1 décade plus tard à Lacustria)

 

 

 

Elle n'aurait pas dû se trouver là.

 

Quelque chose en elle lui murmure de s'enfuir.

 

Au loin, les citadelles miroitent, enflammant le ciel de leur carmin flamboyant.

 

Elle n'aurait pas dû les regarder.

 

Les flots sont d'un vert translucide, battant encore et encore, lancinant, hypnotique . Soudain, elle se voit entrer dans la citadelle, au milieu de nulle part.
Les murs de la cité rouge s'ouvrent sur une grande place. Le ciel est immense, d'un bleu-gris presque argenté. Elle croise des hommes et des femmes qui la fixent bizarrement du regard. Tous portent les cheveux nattés à la façon
dverg. Finalement, la foule de plus en plus dense la laisse passer ; elle se dirige en somnambule vers une statue de taille humaine. Elle représente une femme à la peau presque violette, les cheveux tressés, qui semble lui tendre les bras. Draïlina sent qu'on la pousse en avant afin qu'elle s'incline. A ce moment, un grand fracas liquide se fait entendre dans le lointain. Des flots en cascade déferlent sur la ville, rageurs, furieux. On crie, on hurle, on se bouscule. C'est la panique, la cohue. La statue se met en mouvement. C'est  une dverga, très belle, majestueuse qui articule, presque silencieusement, pour Draïlina restée là, immobile, choquée :

 

« Enfant de Twurquez, par les sentiers détournés, tu reviens, amasser la rosée des Lacs précieux, ô Inconnue, prends garde aux flots amers, aux flots des amers des exils.... »ses paroles se répètent encore et encore...

 

La guérisseuse se réveilla en sursaut.
Son rêve s'enfuit.
Elle s'assit brutalement dans le lit, le cœur battant la chamade. Elle connaissait ce songe. Il la poursuivait depuis plusieurs décades, lui semblait-il, et pourtant elle n'y comprenait toujours rien. Elle se leva et prit un châle avant d'aller jusque sur le balcon. Dehors, on s'affairait avec ardeur.

 

C'était le matin de la Fête du Recouvrement.

 

Pendant toute la décade passée, Tann’el et Draïlina avaient peaufiné leurs rôles respectifs. Il serait le marchand désireux de participer à la Fête et de connaître les poisons et les drogues, elle serait son épouse et enquêterait discrètement de son côté. Tous deux avaient fait l’achat de tenues festives adéquates. Ils avaient convenu qu’étant des étrangers « des montagnes », ils ne pouvaient pas porter des habits tels que les Lacustres en avaient l’habitude.
Pour les femmes, les robes étaient fortement dénudées, couvrant peu ou pas la poitrine, s’ouvrant largement sur les cuisses,taillées dans des tissus rien moins que diaphanes. Quant aux hommes, ils arboraient tuniques échancrées sur le torse – ou de simples pagnes sans même se vêtir en haut. Draïlina convenait qu’elle avait du mal à imaginer les habitants de Côte Sur Roche allant aux réjouissances des Moissons avec une telle mise. C’était bon pour se baigner ou par un temps de forte canicule -ce qui arrivait peu dans les territoires du Bourg,ceci dit.
Après avoir âprement discuté dans les différentes boutiques de tissus et de vêtements de Lacustria, Draïlina et Tann Elleyl finirent par dénicher un tailleur avisé qui accepta d’habiller ce couple d’étrangers. Draïlina ne put échapper à une étoffe aérienne dans les tons orangés. Malgré le décolleté plongeant, elle jugea que le costume était suffisamment couvrant. Ses jambes disparaissaient sous la mousseline légère.
Un masque orné de graines, d’écailles et d’autres pièces de tissu cachaient le haut de son visage. Elle ramasserait sa chevelure dans un chignon bas.

 

Tann’el choisit une apparence assez insolite pour qui le connaissait mais ainsi aurait-il le mérite de se fondre dans le décor: un large pectoral sur le torse, un pantalon bouffant de couleur flamboyante resserré aux chevilles et glissé dans des bottines souples et décorées de belle façon. Son masque était de couleur fauve et or. Il avait tressé ses cheveux à la manière dverg sur les côtés mais les avait laissé flotter dans le dos. Sa barbe était courte à présent.

Le dverg avait presque entièrement dénatté ses cheveux pour ne garder que deux fines tresses indissociables de la culture dverga. Hormis cette contrariété, il paraissait tout à fait à l’aise dans cet accoutrement.

Pour sa part, Draïlina tentait de s’accoutumer à ses vêtements, les portant avant le jour de la Fête, bougeant avec dans le logis qu’ils occupaient depuis le début de la décade. Pensant qu’ils se feraient trop remarquer s’ils persistaient à habiter l’auberge de l ‘Outre Bien Emplie, Tann’el avait trouvé cette « maison particulière » grâce à ses relations à Lacustria. Ainsi, Draïlina et lui-même occupaient pleinement le rôle des riches commerçants « venus du Nord ».


Au fur et à mesure que le jour de la Fête du Recouvrement approchait, la guérisseuse s'était sentie plus fébrile : même si elle avait revu en détails le sens de cette Fête, répété des phrases entières afin de se conformer au mieux à ce rôle de l’épouse du riche marchand, évolué dans ses nouveaux habits, elle gardait à l’esprit que le temps passait vite et que loin d’eux, Narj déclinait et mourrait sûrement sans remède.

 

De même, elle ressentait l’envie grandissante de s’éloigner de cette ville, de trouver enfin les Lacs, quoiqu’elle découvrît sur elle-même et ses origines, sur son défunt mari et la probable machination qu’il avait mise en place, des cycles auparavant.
Mais il fallait encore qu’ils se rendissent chez l’Honorable Mereven et Dama Periga, qui avaient consenti à les inviter.


Le jour avançait prestement. Bientôt, il serait l’heure de se mettre en route. Pour rendre plus crédible leur position sociale, Tann’el avait loué un fiacre, orné de façon pittoresque selon l’usage des gens des Lacs : couleurs vives, dorures tapageuses, confort luxueux à l’intérieur, coussins de velours et décoration de brocart. L’attelage était composé de deux chevaux d’un baie pâle, presque doré, ce qui les changeait après leurs habituelles montures des montagnes qui étaient de grands poneys au poil épais.

 

Draïlina s’observa une dernière fois dans le large miroir : elle songea que coiffée et parée ainsi, elle paraissait plus jeune. Comme si elle avait laissé la veuve des collines, la guérisseuse modeste et solitaire loin derrière elle. La tenue la mettait en valeur, laissant deviner ses courbes et sa peau d’un pâle doré. Le masque intensifiait le vert clair de ses yeux en amande.

Quand elle vit Tann Elleyl apprêté pour la fête, elle eut un léger sursaut. Où était le voyageur un peu fruste, la mine peu amène, vêtu de gris et de sombre, plus sobre qu’un guerrier ? Elle dut s’y reprendre à plus d’une fois avant de pouvoir le regarder droit dans les yeux.

 

Ses cheveux bruns et gris retombaient en longues boucles le long de son visage austère, dégageant un front haut et faisant ressortir ses pommettes très marquées. Son teint hâlé contrastait avec le pectoral argent qui trouvait sa place sur sa large poitrine, laissant à nu ses épaules, ses bras tatoués finement et son ventre plat. Le pantalon marquait sa taille. Draïlina devait en convenir : le dverg était beau. Ce n'était sûrement pas le moment propice pour le lui dire mais serait-elle capable de lui cacher ses pensées ?
Un peu inquiète à cette idée, malgré elle, elle se reprit, rajusta son chignon. Elle devait se lever, à présent. Etrangement, elle sentait ses joues la brûler.

-Tout va bien, Draïli ? Fit Tann'el, de sa voix douce et grave. Anxieuse, sans doute ?
La guérisseuse se racla la gorge. Elle se sentait idiote, soudain. Elle esquissa un geste vague qui pouvait signifier n'importe quoi.

-Ne vous en faites pas. Ces gens ne nous connaissent pas et n'ont pas de raisons de nous chercher des ennuis. Je tiendrais simplement notre contact à l'oeil. Je n'ai pas confiance en ce servant du Culte.

- Vous êtes un grand méfiant dit Draïlina en souriant. Elle se rapprocha du dverg. Tann'el enchaîna :

- C'est une question de bon sens, vous savez. Ce type m'a tout l'air d'une fouine, ce qui n'est guère aimable pour ces animaux. Je tâcherais de le garder dans ma ligne de mire.

- Edrys...je plaisantais, continua la guérisseuse.

- Vous...Il s'arrêta puis finalement lui retourna son sourire. Je dois être un peu sur le qui-vive moi aussi. Il s'attarda un moment à la regarder. Vous êtes bigrement belle, Draïli! Il lui tendit son bras. Ma Dame, y allons-nous ?

Malgré son angoisse grandissante, elle pouffa un instant :
- Que de cérémonies !
- Je tiens à traiter mon épouse comme un marchand honorable ! Il rit de bon cœur. Oh, c'est d'un ridicule. Il se pencha vers elle et plongea ses yeux gris clairs dans ceux de la guérisseuse. Je suis un malappris de dverg mais chez nous, ce sont les dames qui accordent leurs cœurs et leurs corps. Me donnerez-vous le droit de vous embrasser ce soir ?
Surprise, Draïlina lui glissa :

 - Je pensais que vous aviez compris depuis l'autre soir...

A voix basse, Tann Elleyl fit :

- Compris quoi, au juste ?

-  Que vous aviez acquis ce droit-là !

Edrys Tann Elleyl sourit, un air mystérieux dans les yeux.

- Rien n'est jamais acquis. Il se pencha un peu plus et l'embrassa sur les lèvres. Je vous expliquerais plus longuement les manières des dvergins mais, hélas, nous n'avons pas le temps.

-Hélas, reprit-elle. Nous y allons, donc.Ils sortirent dans la douceur de la nuit.

 

 

 

 

 

 

 

 

LEYA 2017 - Festivités part.1

 

 


 

 

 

 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



18/01/2017
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