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Chap.24 - Festivités - part.2

  

Ils arrivaient, parés de plumes et de masques, leurs habits de fête et de frous-frous, ornés de perles et de pierres, de peaux et de tissus, de breloques, entourés par les  rires et la musique. Tous convergeaient vers les maisons décorées pour la Fête du Recouvrement dans un débordement de bavardages et de flonflons. Les carrioles se garaient, déposaient leurs passagers dans la nuit brune et parfumée. Lacustria était devenue une immense fête à ciel ouvert.

Vue du parvis, la demeure de l’Honorable Mereven Hast et Dama Periga arborait un air d’une élégante simplicité. Ici, pas de colonnades dorées ni de panneaux criards.  Seules les guirlandes de fleurs tressées pour la Fête ainsi que les nombreuses lanternes marquaient l’opulence des hôtes. Les invités entraient par une grande porte dont les deux battants restaient ouverts pour la commodité de la soirée. Des serviteurs vêtus de sobres tuniques claires les menaient dans les salons où la musique retentissait.
Draïlina et Tann Elleyl descendirent de leur véhicule et se dirigèrent vers l’entrée principale. Ils furent rapidement rejoints par Roudjo, habillé de circonstance, masque et vêtements coûteux.

Ensemble, ils pénètrent dans l’habitation.


Le hall offrit à leurs yeux un air de faste et de luxe raffiné : des bouquets de fleurs jaillissaient de céramiques posées sur de petits guéridons ou disposées dans des niches, le long des murs. De lourdes grappes de fruits et de fleurs descendaient du plafond, s’accrochant aux luminaires multiples.

Roudjo arborait un sourire satisfait qui s’élargit quand il constata que ses compagnons étaient impressionnés par le décor.

- Ne restez pas bouche bée, vous allez vous en décrocher la mâchoire, lança-t’il impertinent à la guérisseuse. Puis, sous le regard irrité du dverg, il dit, à haute voix comme s’il menait une conversation badine : - Je tiens à vous présenter à nos hôtes personnellement, ma chère, suivez-moi !

Après un coup d’oeil rapide au couple, il lança à mi-voix :

-Et rajustez ces masques sur vos nez ! Nous sommes tous des anonymes le soir de la Fête ! Vous feriez insulte à l’Impardonné lui-même en vous révélant.

Draïlina leva les yeux au ciel. Tann Elleyl lui prit le bras et lui glissa à l’oreille :

- Notre lascar a parfois de drôles d’accès de piété.

-Surtout en nous faisant porter ces tenues ridicules, répondit Draïlina gênée de découvrir ainsi ses jambes en public. Elle remit en place les plis de sa robe, songeant qu'elle était plus à l'aise avec ses vêtements de guérisseuse, voire en portant sa tenue de randonnée. Peut-être se mettrait-elle à ne plus quitter ses chausses, comme les femmes-guerrières des contrées lointaines dont elle avait entendu parler, qui sait? 

- Tranquillisez-vous ! Voyez un peu ceux que portent les autres invités, fit Tann’el avec un sourire derrière son masque. Allons, suivons notre guide, nous pourrions nous perdre avec toute cette foule.

Car, du monde, il y en avait. Des gens massés dans les différents salons – Draïlina apprit bientôt qu’il y en avait quatre, deux au rez-de-chaussée dont les ouvertures donnaient sur les jardins, et deux au premier étage, ainsi qu’un boudoir et un fumoir – des gens par couple, par groupes, partout, il semblait que la maison fût entièrement bondée !
Partout, on voyait des groupes de femmes, agitant éventails en écorce, revêtues de tenues composées de plumes, de breloques, d’écailles, de fleurs, et parfois d’un peu de tissu, discutant, s’exclamant, se faisant servir et resservir en vin, riant et rivalisant de couleurs et de froufrous. Les hommes étaient à peine plus sobres dans leurs vêtements qui découvraient leurs torses ou leur ventre.

 

Un peu à l'écart, se tenaient les hôtes du lieu. Les ayant rejoints, Roudjo s'empressait auprès d'eux. Il lançait de temps à autre un coup d'oeil vif en direction de Tann Elleyl et de Draïlina, semblant à la fois surveiller leur comportement et les mettre en garde contre d'impairs inconnus d'eux

- Le bougre ne manque pas d'audace, grommela le dverg à mi-voix, sous son masque

- Ne redevenez pas grincheux, pas ce soir, l'avertit Draïlina, taquine.
Elle se tourna à demi afin de mieux observer les invités qui gravitaient autour des maîtres de maison.
C'était comme un lent ballet circulaire dont l'épicentre était constitué par la dame d'ici, la concubine légitime de Mereven. Dama Periga souriait peu mais avec grâce, avait un geste de feinte indolence envers ceux qui venaient la saluer ou lui faire la conversation.

De taille moyenne, elle avait relevé ses cheveux d'un noir quasi bleuté en une élégante torsade, sur l'un des côtés de sa tête. De sa natte compliquée, une résille scintillante parsemée de petites fleurs ornait sa chevelure de jais. Une fine tresse semblait s'échapper de sa coiffure avant de retomber sur son épaule dénudée. Sa robe décorée de vaguelettes d'un bleu intense dans le bas, couvrait une seule de ses épaules, se décolletant généreusement sur le devant, sans paraître obscène. Le doré profond sur le devant fonçait en un orange sombre qui virait au violet à la hauteur de la taille de la jeune femme, puis se déclinait dans les tons bleus le long de ses jambes. Fendue haut, elle dégageait des jambes élancées, avant de s'élargir dans une traîne habile qui ne semblait pas gêner se mouvements.

 

Dama Periga incarnait le retour du flamboyant été sur les rives des lacs – ainsi qu'elle l'expliquât plusieurs fois à des femmes pâmées devant l'élégance et l'originalité de sa tenue. Devant tant de complexité quant au choix des robes, Draïlina commença de s'inquiéter. Devrait-elle donner le sens de ses vêtements à Dama Periga quand serait venu le moment de lui parler ?

La guérisseuse devait admettre qu'elle n'y entendait rien et portait sa tenue parce qu'elle le devait et  qu'elle pouvait bouger sans craindre de paraître à demi-nue, ce qui n'avait pas semblé gêner les autres dames autour d'elle, d'ailleurs. Elle étaient toutes plus dénudées les unes que les autres. Dama Periga constituait une exception. Mais peut-être en avait-elle le droit, au vu de sa position sociale élevée...
Cette question tarauda Draïlina pendant un moment. Elle devait se rendre à l'évidence : elle était loin de connaître les us et les coutumes de Lacustria, malgré le soin attentif qu'elle avait pris à les étudier depuis son arrivée.

 

Tann Elleyl dût sentir la gêne de sa compagne, car il se pencha vers elle :
- Détendez-vous, nous allons bientôt nous présenter à nos hôtes, je vois Roudjo qui s'agite dans notre direction.

 

-Je le vois aussi. C'est bien pourquoi je n'arrive pas à me calmer. Croyez-vous qu'ils vont nous croire ?
- Chut, lui souffla-t'il. Peu importe au juste ce qu'ils croient. Je vais bientôt m'entretenir avec l'Honorable Mereven – et tâcher de mettre la main sur ce qui nous a fait venir ici.

 

 

 

Draïlina sentit la tension envahir ses épaules. Elle fit un geste pour les relâcher. Elle aurait voulu avoir le temps de sortir un peu, de respirer un moment à l'air libre, avant de se lancer dans les présentations, mais elle devrait s’en passer. Roudjo leur fit signe de s'avancer.
« Courage, se dit-elle en regardant droit devant elle, son masque plaqué sur son visage.

 

 

 

Poliment, Tann Elleyl s'inclina devant Mereven Hast qui lui rendit son salut. C’était un homme assez grand et frêle, au front dégarni, les yeux d'un bleu sombre agrandis par un trait de crayon noir. Il parlait d'une voix calme, sans ostentation. Vêtu de façon recherchée sans dévoiler aucunement son corps plus que de raison, il en imposait rapidement sans qu'on sût pourquoi. A ses côtés Dama Periga salua les nouveaux venus, d'un mot aimable, flattant leurs tenues et leurs masques. Sa peau plus pâle que celle des gens des Lacs marquait son origine étrangère. Sans doute sa famille venait-elle des terres du Sud, au-delà du Grand Lac. Nombreux étaient ceux qui avaient migré durant ces derniers cycles, cherchant les richesses des grandes villes dans les plaines et près des Lacs, fatigués de vivre rudement dans les forêts ombreuses ou proches des terres sauvages.

 

On disait que la vie y était fruste et parfois dangereuse, mais nul ne savait plus pourquoi car il était notoire que les querelles des sudiques avaient pris fin.

 

Néanmoins, les villes étaient de plus en plus peuplées, tandis que les territoires sudiques, anciennement ravagées par les guerres entre les dvergs et non-dvergs, se dégarnissaient.

 

 

 

-Soyez les bienvenus, vous qui venez des Montagnes. Sentez-vous libres d'apprécier comme vous le désirez les festivités de ce soir. La formule était presque traditionnelle lors des fêtes, Draïlina en avait conscience. Leurs hôtes se montraient formels. Elle reprit : - Notre ami Servant nous a informé de votre...hum...requête particulière, M’ester Tann'el.

 

La concubine eut un geste envers son compagnon. Celui-ci la remercia du regard.

 

- M’ester, si vous le souhaitez, j'aimerais vous parler dès maintenant...Il se tut, montrant une porte dérobée, dans le renfoncement du mur. Mon bureau, fit-il. Pour quelques instants , nous y serons plus tranquilles, n'est-ce pas, chère ?

 

Elle opina du chef, prenant Draïlina par le bras.
- Puis-je vous montrer le jardin intérieur, m'estra ? Les hommes ne nous en voudront pas si nous les laissons à leur discussion, n’est-ce pas ? 

Tann Elleyl fit un signe de tête de déférence. Il ôta son bras afin que Draïlina puisse suivre son hôtesse.
- J'en serais ravie, Honorable. Draïlina buta sur les mots, cherchant le dverg au secours du regard. Il l'encouragea du regard.
 - Vous êtes entre de bonnes mains, m'estra, sourit l'honorable Mereven. Vous allez prendre goût à nos raffinements en restant ici à Lacustria.
La guérisseuse le remercia. L'homme lui fit un signe amical avant de mener Tann Elleyl par le bras vers son bureau.
- A bientôt, ma chère, lança de façon désinvolte le dverg.


Une fois seule en compagnie de la concubine, Draïlina observa que personne ne venait plus les déranger, comme si un cercle invisible s'était formé autour des deux femmes.

 

Devant son air étonné, Dama Periga dit, amusée :

- Vous n'êtes guère habituée à toute cette presse, m'estra, n'est-ce pas Venez avec moi au jardin. Il y fera plus frais et je dois dire que j'ai besoin d'air avant de poursuivre cette soirée, ne trouvez-vous pas que la chaleur est insupportable, à l'intérieur ? 

Draïlina ayant admis que c'était le cas, la concubine poursuivit en la précédant à travers le salon jusqu'aux grandes porte-fenêtres ouvertes .
Les deux femmes déambulèrent un long moment, sans être dérangées. Pourtant, elles pouvaient entendre que la fête battait son plein. La concubine discutait sans sembler lassée, abordant des sujets futiles qui permirent à la guérisseuse de relancer la conversation sans embarras.


Malgré tout, l'intermède dut prendre fin quand un homme, portant la tenue sobre et incolore des domestiques vint les interrompre. Une affaire pressante appelait la maîtresse de maison. L’homme avait un ton cérémonieux.

- Je vous laisse ici, m'estra. Profitez de la douceur de la nuit un moment. Je pense que votre époux sera encore occupé. Mereven sait se montrer bavard, parfois. Elle se tourna vers celui qui les avait interrompues : 
- Kyun, vous viendrez avertir m'estra lorsque son mari aura fini son entretien avec l'Honorable Mereven. L'homme se courba en recevant l’ordre. Bien, mon majordome ayant toutes les consignes à votre intention, je vais de ce pas remplir mon devoir. A plus tard, m'estra.

Draïlina la salua en retour. 

Elle était seule et se dirigea vers le fond du jardin. 

 

A suivre

 

 

 

 


 



23/03/2017
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