NapalYsaLeya

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Une année mouvementée - chap 5 : Abby

 

 

 

ABBY

 

 

 

J'ai entendu cet appel, venant du fond d'un grand lac aux vaguelettes sans fin, aux eaux tièdes, là-bas, plus loin au sud.

C'est pour moi, pensé-je.
Je ressentais encore cette peine, ce sentiment d'inachevé, ma perte d'alors.

Depuis des mois, je tergiversais. Partir ? Changer de vie ? Pour faire quoi ? Il était évident que la magie me désertais. Comment était-ce possible ? Que ferai-je ?
Qui serai-je sans magie ?
Qui serai-je ? Serai-je encore Abby ?

 

Finalement, je n'en pouvais plus. Je me décidai. Non pas sur un coup de tête, ni même sur un coup de cœur. Je me décidai parce qu'il le fallait. Je ne pouvais pas continuer ainsi.

Je les laissai tous derrière moi : amis, amant, famille et proches. Je les abandonnai pour suivre ma propre nuée, mon propre fil.

 

Je ne dis pas que cela fut facile, pour moi. Je ne dis pas non plus que j'ai fait preuve de lâcheté, ni d'un courage spécial. Je devais simplement être honnête avec moi-même. Envers les miens, aussi. Envers mes proches, envers la communauté des sorciers. Née demi-Moldue, demi-sorcière, je me rendais compte que je n'appartenais plus à aucun des deux mondes, que ce système ne me convenait plus. A moi qui perdais ma magie.

Alors, je me décidai un jour. Non sans avoir parlé avec ma tante, Nemesia, la soeur de ma mère. 

 

«  Nous avons négligé une part de la Magie beaucoup plus primitive et ancienne, fit Nemesia.
-  Celle que tu appelles l'Ancienne Magie, c'est ça?
- Oui. Ceux qui la développent ne sont pas reconnus. Ils ne se définissent pas comme des "sorciers" mais plutôt magiciens et magiciennes.
- Et tu les connais?
Nemesia émit un soupir:
-Pas vraiment. Mais je sais qu'ils ne sont pas loin. J'aurais dû les rejoindre étant jeune. Tu sais ce qui s'est passé. Abby, fais un choix!
-Mes pouvoirs...Nemesia....
-Va, suis ceux qui t'appellent. Il n'y rien de mauvais qui t'attend. Crois-moi.
Abby réprima une vague de tristesse.
-Mais ...quand vais-je vous revoir? Tu sauras me joindre?
Nemesia la pria de se taire:
- Ne te tracasse pas pour ça. Je saurais que tout va bien. Et Rufus le saura. Et Eileen aussi. Et Melinda. Et John. Mais tu dois avoir l'esprit en paix pour vivre ce que tu as à vivre. Ah, Sirius t'approuverait, lui qui était un tel esprit libre!
- Il le sera. »

Je partis vers l'inconnu, un nouveau possible. La terre remuante comme enfumée s'activait sous mes yeux. En moi, viscéralement, je me laissais guider par ce bourbier d'émotions.
Irais-je jusqu’au bout ? me demandai-je.
Je les rejoignis. Les magiciens.C'est ainsi qu'ils se nommaient. Emeldrin me l'avait confié quand j'étais en proie au doute.

Car c'était lui, Emeldrin, qui avait relayé cet appel. Il m'attendait, au bord de la route, quelque part dans la campagne anglaise boisée, devant un arrêt d'autobus désert. C'était presque irréel. 

 

Sur l'île du profond lac, alors, je les laissai m'instruire ; j'obéis à leurs lois singulières. J'étais ailleurs, loin de toute rive connue.
J'étais en devenir.

 

« Où allons-nous?
-Sur une île.
-Et comment y allons-nous? demanda-t'elle.
-Chhh....fit-il en souriant. Un sourire brillait au fond de ses yeux. Je sais que tu as peur. Ne crains rien. C'est un peu comme  transplaner. Sans la sensation nauséeuse.
-Et....je vais ...aller mieux?
- Tu vas bien, Abigail. Tu verras. Tu ne vivras plus dans l'ombre.
Et le paysage s'effaça derrière elle.
La Magie reprenait. »

 

Il est un monde, proche du nôtre, presque semblable et pourtant différent.
On y accède par un chemin mystérieux qui n'est ni un train, ni un conduit de cheminée, ni un Portauloin. On peut dire qu'on y transplane, mais de façon interne. Sans ressentir de nausées, effectivement. Mais plus intensément. C'est l'effet de ce que ma tante appelait : l'Ancienne Magie.

 

Oui, c'est notre monde et pourtant – ça ne l'est pas. J'imagine qu'il existe beaucoup d'autres mondes, de cette sorte. « Parallèles » disent les Moldus qui ont de l'imagination. Contigus, superposés au nôtre, expliquent les magiciens de l'île.

Ainsi, ce jour-là, alors que les ombres s'allongeaient, à la limite de la ligne de partage des eaux, je suivis Emeldrin. Il me montra comment faire, comment y parvenir.
« C'est ici que nous vivons » avait-il expliqué.
« Qui ? Des sorciers ? » avais-je demandé.
« Non, nous sommes les Maj, les Magiciens. Tu es la bienvenue ».

 

 

Je franchis la limite, accrochant des touffes de végétaux à ma jupe, traversant des bosquets denses. Je sentis vibrer l'air, mieux que sous une éolienne ; je me sentis être, vivre. J'étais dans mon corps et je fixais sur ma rétine ces nouvelles images. Le monde semblait s'affadir ; celui que je connaissais. Et l'autre, s’offrait à moi, comme un nouvel avenir, étale devant moi.

« C'est ici, ton maintenant", avait-dit Emeldrin en forme d'énigme.

Je ne posais même pas la question qui reviendrait plus tard à ma mémoire : « Pourrais-je faire demi-tour, revoir les miens un jour ? ».

Non, je n'y pensais pas et j'allais, comme au bord de l'abîme, avançant toujours, butée, têtue, sourcils froncés, presque tapant du pied, impatiente de trouver. J'étais une renégate. J'avais laissé les miens alors que la bataille était passée.


« Pourrais-je revenir ? ».

Je me suis posée cette question , chaque matin à mon réveil, là, dans ce monde qui n'était finalement pas le mien.
Celui des Majs, et de leurs lois cruelles parfois.
Au bord du grand lac, installée dans une cabane, ou presque, je suivis leur voie.
Mais, tous les matins, l'angoisse agrippée à mon corps, alourdie, assourdie, je me questionnais sans fin. « Reviendrais-je un jour ? ».

 

Je sentais que je devais revenir. La campagne, la forêt, la petite route. Tout semblait appartenir à un rêve dont je ne voulais pas faire partie. Ni de ce monde, ni du mien.

Ma route était encore à tracer.

 

« Le long d'une forêt encore humide, elle passa, touchant à peine les broussailles. Elle inspirait l'air empesé de brouillard de l'aube à peine levée, exhalant par bouffée cette blancheur opaline si semblable à une évanescence de rêve, subtilement avalée au hasard.Elle continua sans compter le temps,tous  les sens tendus vers sa route, vers un être invisible, un lieu inconnu, vers son mystère perdu, tournant le dos pour un temps à ses certitudes.Il lui fallait faire ce pas encore, puis encore un autre. Oser. Même maintenant. Un peu plus âgée, un peu plus lasse, un peu plus frottée aux errances de sa vie.
Il était temps. Même si cela lui paraissait un peu aventureux.
Mais la silhouette qui venait à sa rencontre sur le chemin noyé de brouillard  était réelle. La voix était musicale. Et elle entendit:
- Je t'attendais, Abigail. Je suis Emeldrin. Viens.
Avec un sursaut de stupéfaction, elle reconnut la personne qui l'appelait dans ses rêves. Elle sut qu'elle avait trouvé. Elle tendit la main. « 

 

J'appris beaucoup. Ma magie puisa sa source dans les rituels anciens que pratiquaient toujours les Maj. Peut-être se régènéra-t'elle. 
Pourtant, malgré mon désir d'apprendre, je ressentais toujours ce vide, encore et toujours la cassure, la brisure, ce friselis impromptu dans le tonnerre du sang vibrant dans mes veines. Ce grand tourbillon me laissait encore plus isolée de mes hôtes.
Le silence.

Ici, il régnait sur le bord de ma solitude. En maître. Et je m'échouais chaque soir sur ses rivages, cherchant la réponse dans l'écho de mes pas.

Non, je n'étais pas si loin, je crois.
Mais je m'interdisais de faire machine arrière. Et pourtant...

 

Je me laissais guider. Ils me manquaient tous. Ma presque fille, Eileen. Mon cousin, Rufus, le fils de Nemesia. Melinda, mon amie.
Tous ceux qui avaient été là.
Tous ceux qui étaient partis et que j'avais pu frôler, effleurer : Remus, Sirius, mes amours.
Ceux qui avaient à vivre, à combattre, à éduquer, à construire encore : Harry Potter, sa famille, Minerva, ma chère directrice. 

Mon monde. Ma vie. Mon cœur.

Je les laissais me rappeler à eux.

 


Je partis à nouveau. Je quittai l'île.
Persuadée que j'avais laissé mon monde - les Moldus, les sorciers – à portée de main. Je repris ma baguette que j'avais caché durant mon séjour chez les Maj.
Je m'en allais sans regarder en arrière. C'était si facile, finalement.
Pourtant, quand je pus enfin retrouver ma voie, le passage, la passerelle entre les mondes, je compris.

Il ne s'était pas écoulé deux ans mais une quinzaine d'années.
J'étais effondrée.

Je me regardai dans un miroir : était-ce moi ? Cette femme de cinquante-huit ans ? Je ne me reconnus pas – ou si peu.

Quel monde allais-je retrouver ? 

Vers qui me tourner?

J'eus ma réponse très vite.

Eileen.

 « Eileen ?

     - Oui?

     - Tu es bien Eileen Lake-Rogue ? "

 

 




08/06/2017
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