NapalYsaLeya

NapalYsaLeya

Annulez les fêtes de Noël ! part. 4 à 6

 

On retrouve ici Severus et sa passion pour le thé (cf. L’apprenti gourmet)

 

 


 

 

 

 

 

4 – Annuler les fêtes de Noël ou faire du bruit ?

 

        (No more Christmas – Epik high)

 

– Dumbledore ? Fit Severus Rogue en entrant dans le bureau. Vous êtes seul ? J’aurais à vous parler…

– Faites, faites, Severus. Le directeur lui désigna le siège placé face à lui : Je vous en prie, mettez-vous à l’aise, asseyez-vous ! Il n’y a que Fumseck, avec moi.

– Ah ? Objecta Rogue, suspicieux. J’avais cru entendre quelqu’un chanter…

Impassible, le directeur haussa ses sourcils d’argent et fit :

– Vous avez dû entendre l’un des tableaux …

Severus leva la tête en direction des portraits des directeurs et directrices de Poudlard. Il lui semblait pourtant qu’ils étaient tous soit endormis, soit absents. Il tira la chaise vers lui et s’assit.

– Ah ? Oui, sûrement… fit le professeur de Potions qui n’en pensait pas moins. Il lui avait bien semblé avoir entendu très clairement la voix de Dumbledore dans un air classique. Dumbledore, amateur d’opéra moldu ? Voilà qui était cocasse… Mais il n’était pas venu pour causer musique, il était là dans un but précis. Aussi se motiva-t’il pour exposer ses arguments :

– Voilà, Dumbledore, je ne vais pas …

– ...tourner autour du chaudron, continua le directeur avec une certain amusement. Je n’en attendais pas moins de vous, Severus. Mais je vous écoute …

Le maître des potions fronça ses longs sourcils sombres et se raidit un peu plus sur sa chaise, qui était passablement confortable, ceci dit. Sûrement un truc pour mettre mal à l’aise les élèves convoqués au bureau du directeur. Lui-même en était passé par là, alors qu’il était scolarisé à Poudlard puis, plus tard, alors jeune professeur. Le bureau de Dumbledore avait été souvent le témoin de moments dramatiques de la vie de Severus : il y avait appris la mort de Lily Evans, il avait crié, pleuré, il s’était rebellé. Et il y avait aussi fait bon nombre de promesses qu’il se faisait un devoir de tenir. Il protégerait le fils de Lily, peu importait que personne ne le sût.

Pourtant, aujourd’hui, il avait une réclamation à porter. En partie motivé par le commentaire de Lupin - ce qu’il n’admettrait à contre-coeur si on le questionnait - Rogue venait négocier un moment avec sa mère. Il chassa son rideau de cheveux noirs en arrière, avança le menton et commença :

– Je sais que je vous ai promis de rester ici durant les congés de fin d’année, Dumbledore .

– Car vous avez reçu mon message, le coupa le directeur en fixant Rogue de ses yeux d’un bleu perçant.

Cette dernière interruption finit de mettre les nerfs de Severus à bout. Il fit un petit saut sur son siège et éclata :

– Oh, il suffit ! Je sais quel type de Legilimens vous êtes, Dumbledore ! Arrêtez de jouer avec mes nerfs ! Vous me connaissez bien, vous m’avez percé à jour depuis longtemps - « malheureusement pour ma vie privée, vieux retors zinzin  » ajouta-t’il en pensée, sachant que le directeur saurait déchiffrer cette dernière remarque aussi bien que s’il l’avait proférée à voix haute.

– Je vous entends, Severus, dit le directeur d’une voix extrêmement calme. Et j’entends votre courroux et votre désarroi et…

– Mais écoutez-vous, vieil homme ! On croirait le ministre de la Magie ! Explosa Severus en se levant à demi, les joues empourprées de colère. Aussitôt, les portraits sur le mur se mirent à protester : « mais comment ose-t’il parler ainsi à un directeur de Poudlard ? » , « faites taire ce jeune professeur énervé, Dumbledore ! », « ah, de mon temps, on ne voyait pas ce genre de scène arriver, quand j’étais directeur... ».

Dumbledore se leva à son tour et fit un signe en direction des peintures sur le mur.

– Merci, mes amis, merci ! Phineas, c’est bon, mais vous n’êtes plus directeur…

Phineas Nigellus Black émit une plainte de dépit de sa voix aigüe puis gronda :

– Puisque vous le prenez ainsi, Albus, je m’en vais visiter mon autre tableau. Peut-être aurais-je des nouvelles de mon descendant, mon arrière-arrière petit-fils, actuellement en cavale ! Quelle honte pour la famille Black …

Il s’esquiva du tableau. Le professeur Rogue demanda, le souffle court :

– Est-ce quelqu’un de la famille de Black ?

Albus hocha la tête :

– Son aïeul, oui. Il fut un piètre directeur en son temps…

Armando Dippet et Dylis Derwent, chacun dans leurs cadres, approuvèrent ouvertement. Severus, de son côté, un peu remis de son explosion, fit remarquer :

– Je n’attends pas mieux d’un Black, de toute façon…

– Je connais vos réticences, Severus. Mais ceci est de l’histoire ancienne. J’ose espérer que vous ne montrez pas le même préjudice envers le professeur Lupin…

– Justement, Dumbledore ! Devoir rester ici pour lui préparer sa fichue potion, alors que j’avais d’autres projets et…Il se tut, se reprit et sur un ton plus posé, fit : – Enfin, je ne lui en veux pas, bien sûr. C’est d’ailleurs lui qui m’a incité à venir vous solliciter, aujourd’hui.

Dumbledore se rassit, non sans avoir fait apparaître une pleine théière et deux tasses sur la table devant lui :

– Ah ? Il garda un ton neutre. Vous avez donc parlé à Remus ? vous m’en voyez ravi. Je vous en prie, Severus, servez-vous. Une bonne tasse de thé, c’est bien le remède à tout, n’est-ce pas ?

Le professeur Rogue se contenta d’acquiescer sans plus un mot et de se servir une tasse. Il huma le fumet et fit, surpris :

– Du Lapsang-Souchong, Dumbledore ? Je vous croyais amateur de Darjeeling … ?

Le directeur haussa brièvement les épaules :

– Je n’ai plus de Darjeeling en réserve. Et puis, je vous sais un grand amoureux du thé fumé…

Severus ne releva pas le compliment mais goûta le thé :

– Un bon crû, fit-il, un peu apaisé. Mais revenons à ce que je vous disais, si vous le voulez bien !

– J’ai cru comprendre que vous souhaitiez obtenir un ...aménagement durant les vacances ? Peut-être en rapport avec la venue de votre mère dans notre beau pays ? Ajouta-t’il avec tact.

Rogue frémit et comprit que le directeur avait déjà deviné la raison de sa visite – et de son éclat. D’un Legilimens à l’autre, évidemment, peu de secrets le restaient longtemps.

– En effet, fit-il, très froid. Ma mère étant rarement présente sur le sol anglais, je pensais passer les fêtes de Noël avec elle…

– Et vous ne le pourrez pas, puisque vous êtes d’astreinte, ici, au Château, énonça platement le directeur.

– Et bien, annulez ! Annulez les fêtes de Noël, ici à Poudlard, Dumbledore ! Je suis sûr que vous êtes capable de cela ! Cracha Rogue, à nouveau hors de lui. Les portraits sur le mur reprirent leurs protestations. Dumbledore restait stoïque. Il eut même un sourire en coin quand il prit la parole :

- C’est original, comme solution : « annulez les fêtes de Noël ». Je crains de ne pas en avoir le pouvoir, mon cher Severus. Pensez aux élèves qui n’ont nulle part où aller à part ici… Vous avez connu telle situation, vous aussi, en votre temps. Non, non, vous me prêtez une aptitude que je ne possède pas ! Néanmoins, je ne peux vous laisser rentrer chez vous dans les circonstances actuelles...

– Ah, vous voyez ! Vous insistez, vous êtes vraiment borné ! Hurla Severus en bondissant à nouveau de sa chaise.

– Mais si vous me permettez de terminer, continua Dumbledore en feignant d’ignorer la face cramoisie du professeur de Potions, je peux vous soumettre une idée que j’ai eue… Qui vous arrangera, vous, votre mère et sans doute aussi, Remus..

– Qu’est-ce que Lupin a à voir avec mes soucis familiaux ? ! jeta Severus assez grossièrement en se rasseyant brusquement.

– Et bien, il se trouve que vous n’êtes pas le seul à avoir conçu des engagements pour la fin de l’année. Le professeur Lupin, sitôt la pleine lune achevée, devait se produire sur scène avec le petit groupe qu’il a formé.

– Quoi ? Lupin joue de la musique ? Et il donne dans quoi ? Les hurlements à la lune, sans doute ? Lunard et les joyeux garous jouent pour vous ce soir ? Ricana Rogue.

– Allons, Severus, ne soyez pas mesquin… Même si je ne connais guère la pop music moldue, jouer d’un instrument demande de la constance et est un hobby très sain ! Vous-même, Severus, n’êtes pas dénué de qualités musiciennes, me semble-t’il ?

Le professeur se renfrogna. Il détestait parler de ses passe-temps en dehors de l’enseignement. Mais il exécrait encore plus devoir évoquer ses activités d’espionnage.

– C’était il y a longtemps, Dumbledore. Si j’ai tenu le rôle d’un musicien dans un groupe moldu, c’était uniquement sur sur vos ordres, pour infiltrer mes…

– Vos anciens comparses, je m’en rends bien compte. Mais grâce à votre investissement d’alors, vous nous avez été très utile à la chute de Vous-Savez-Qui, pour traquer les Mange-Morts.

– Certes, mais j’ai payé mon dû ! Je n’avais pas la fibre d’un bassiste dans un quelconque groupe de rock, jouant dans les pubs moldus ! Cela n’était pas ma place !

– Votre place qui est ….ici, à Poudlard, auprès de nos élèves, en protection rapprochée du jeune Harry, le fils de Lily que vous avez juré de protéger…

Agacé, Severus fit un geste vague de la main :

– Et je ne trahirai pas ma parole !

– Car vous êtes un homme d’honneur, Severus, je le sais bien ! Ajouta doucement Dumbledore . Aussi est-ce à cet homme de parole que je m’adresse aujourd’hui : restez près de nous pour Noël. Je ferai venir votre mère, ici à Poudlard, je m’y engage. Vous passerez du temps ensemble. Et vous aiderez à la défense du Château en ces temps difficiles

– Je ne savais pas que nous étions attaqués, persifla le professeur de potions, rasséréné malgré tout par la perspective de voir sa mère.

– Attaqués, non, mais infiltrés, cela est fort possible. Allons, vous vous doutez bien qu’avec Black dans la nature, avec sa connaissance de l’Ecole, il est probable qu’il tente d’entrer et d’attenter à la vie du jeune Harry.

– Potter est-il si important ?

– Ne jouez pas l’idiot ! Harry est le responsable de la fin de son maître. Black cherchera à le venger, à faire disparaître le dernier Potter en vie…

Severus grommela entre ses dents mais voyant Dumbledore sourciller, il s’arrêta :

– J’en ai conscience. Un tel traître, comme l’est Black… J’ai toujours senti que ce type était d’une nature vile…

– Vous avez fait un retour vers le Bien, Severus. Sirius a visiblement fait l’inverse.

– Il s’est promis au Seigneur des Ténèbres… - il ajouta à mi-voix : - comme je l’ai fait un moment... je ne souhaite à personne de le faire…

L’ambiance sembla se rafraîchir dans le bureau de Dumbledore. La pièce paraissait soudain plus sombre, comme envahie de ténèbres imaginaires. Sur son perchoir, Fumseck émit une longue plainte.

– Allons, ne vous battez pas la coulpe, mon ami !

– Vous et vos tournures d’un autre temps ! objecta Severus. Enfin, vous êtes sûr de pouvoir héberger ma mère, ici ? Vous me le promettez ?

Albus hocha la tête :

– J’ai déjà envoyé un hibou à Eileen. J’avais anticipé votre réaction. Je suis heureux de vous compter parmi nous, pour nous aider. Vous et Lupin.

– Même s’il ne peut pas aller hurler ses chansons ?

– J’ai l’intention d’inviter son groupe, pour la nouvelle année. Ainsi passerons-nous les fêtes en musique !

Rogue leva les yeux au ciel :

– Des sorciers jouant du rock moldu, ici, à Poudlard ! Et bien, Dumbledore, vous me surprenez ! Je vous croyais amateur d’opéra, insinua-t’il.

Le directeur caressa sa longue barbe, ses yeux bleus plus brillants que jamais :

– Vous êtes perspicace, mon cher Severus. Mais le vieux zinzin que je suis aime se faire surprendre, parfois !

Severus réprima un ricanement. Il se leva et prit congé. Alors que Severus sortait du bureau du directeur , Albus s’adressa aux tableaux qui s’agitaient :

– Allons, tout s’arrange, vous le voyez !

– C’est vous qui le dites, Dumbledore ! Mais au moins, vous n’aurez pas à annuler les fêtes de Noël ! Fit Dylis Derwent, amusée.

– Non, j’aurais seulement droit à un peu plus de bruit que d’habitude mais je pense le supporter.

– Tout de même, Dumbledore, vous acceptez des hurluberlus au sein de l’école ! Mais que vont dire les parents ?

Albus Dumbledore ferma les paupières un instant, tel un vieux chat matois :

– Oh, je n’ai jamais dit que le groupe de Lupin se produirait devant les élèves. Nee l’avais-je pas précisé ?

Les portraits se mirent à murmurer.

– Ce sera donc un … concert privé ? Demanda Armando Dippet.

– Effectivement. Nous autres, professeurs, avons bien besoin de notre propre party, ne croyez-vous pas ?

 

 

 

 

 

5- Solitaire(s)

 

(System of down – Lonely day

Hugh Cornwell - La grande dame)

 

 

 

 

 

Dumbledore attendait. Il faisait nuit depuis plusieurs heures. Sur la colline de Hilltop, une passoire jetée là par un promeneur peu soucieux de l’environnement gisait aux pieds du directeur de Poudlard. Il avait revêtu pour la circonstance un imper moldu qui ne lui allait guère au teint. Mais il menaçait de pleuvoir dans cette région du sud de l’Angleterre et mieux valait prendre ses précautions pour passer inaperçu.

 

– Encore quelques minutes, fit Albus à mi-voix. Il prêta l’oreille : - Ah, des pas ! elle est à l’heure !

 

Le sorcier se détourna. Une silhouette se découpait sur la nuit d’hiver claire. Le vent soufflait mais la température était relativement clémente dans cette contrée.

 

– Vous voici, Dumbledore ! Fit une voix de femme, entrecoupée par quelques halètements. Désolée, j’essaie de me maintenir en forme, mais ce raidillon m’a quelques peu coupé les jambes ! Quel drôle d’endroit vous avez trouvé !

 

Le directeur ouvrit les bras pour accueillir la nouvelle venue :

 

– Je suis désolé mais je désirais un lieu discret. Vous avez votre bagage,Eileen ?

 

La femme désigna un grand sac de cuir qu’elle avait jeté sur son épaule.

 

– Et malheureusement, il pèse un dragon mort ! Bien le bonjour, Albus ! Ou le bonsoir, plutôt !

 

Le directeur sourit. Il alluma sa baguette magique et distingua les traits de la femme qui se tenait à présent devant lui. Agée d’une bonne soixantaine, d’années, elle avait un visage peu avenant, long et pâle, presque jaunâtre. Même si elle semblait contente de le voir,son expression faciale demeurait morose.De plus, elle avait une voix métallique aux tons aigres qui n’appelait pas la sympathie.

Mais Albus ne s’y trompait pas : Eileen Prince avait toujours été ainsi.

 

– Je suis fort heureux de vous revoir, Eileen. Y allons-nous ?

 

La femme resserra sa cape de voyage autour d’elle. Elle n’était pas grande mais dégageait un air solennel qui lui donnait des façons de « grande dame ».

 

– Il fait singulièrement frisquet, sur cette colline.

 

– C’est pire, à Poudlard. Etes-vous prête ? Il lui montra la passoire et elle acquiesça.

 

Dumbledore pointa sa baguette et dit « Portus ! ». La passoire scintilla quelques instants. Les deux sorciers se concertèrent du regard avant de poser la main chacun sur l’objet en question. Ils disparurent aussitôt.

 

 

 

Poudlard 

 

 

 

Poum, tchac, poum-poum, tchac ! la batterie enchantée résonnait fort dans la salle au plafond voûté. D’un coup de baguette magique, Lupin activa le micro. Il était seul et devait donc se débrouiller pour répéter comme il le pouvait.

 

 

«  J’suis l’épouvantard, je traîne à Poudlard,

 

Parfois en goguette, y a rien qui m’arrête,

 

Sous les lits ou bien dans un vieux placard

 

Je fais peur aux froussards,

 

J’suis l’épouvantard ! »

 

 

 

« Allez, y se fait tard

 

Regagnez vos dortoirs

 

J’ai le temps de hanter

 

Les couloirs,

 

les escaliers,

 

J’ai pas peur des vantards

 

J’suis l’épouvantard ! "

 

 

 

Lupin s’arrêta. Il se sentait fatigué. La pleine lune approchait et il devrait bientôt se retirer dans son bureau, boire la potion Tue-Loup et attendre. Il ne passerait pas Noël en compagnie des autres professeurs. Il devrait rester seul, à l’écart. Et c’était sa vie ...

 

Pourtant, cette année, il avait des projets. Il devait jouer avec ses comparses du groupe. Pendant un instant, il avait cru que cela ne serait pas possible, puisqu’il devait rester ici, à Poudlard mais Dumbledore avait fait en sorte de convier les musiciens à donner le concert ici même, au sein de l’Ecole.

 

Cela faisait déjà plusieurs mois qu’ils répétaient. Même s’ils étaient tous sorciers, ils avaient fait l’effort d’apprendre à jouer manuellement d’un instrument. Max était à la basse. C’était un petit sorcier, qui ne faisait pas de vagues. Dans la vie courante, il aidait son frère aîné à la boutique de chaudrons. La passion pour le rock moldu l’avait frappé très jeune, alors qu’il était encore élève à Poudlard. Son cousin, Julian, officiait à la guitare. Un peu plus âgé que Max, il était tombé dans la potion du rock à la fin de sa scolarité. Depuis, il avait beaucoup joué en solitaire avant de se décider à rejoindre Max et Lupin. Remus, quant à lui, avait commencé à apprendre la batterie une douzaine d’années plus tôt. A la chute de Voldemort, avec la trahison de Sirius, Remus avait crû perdre les pédales. Sa condition de loup-garou ne lui permettait pas de nouer des liens d’amitié facilement. Et puis, il s’était souvenu des moments passés avec Sirius et James à écouter des disques moldus. Il avait toujours été sensible au rythme. Alors, il avait passé le pas et commencé à installer un kit de batterie.

 

Depuis qu’il jouait avec Max et Julian, Remus sentait à nouveau qu’il faisait partie de quelques chose, d’un groupe dans lequel on l’acceptait, parmi des gens qui partageaient sa passion et qui ne le rejetait pas à cause de sa condition. Il participait en écrivant des chansons avec les autres. Et comme ils n’avaient pas trouvé de chanteur, Lupin s’était lancé. Mais il n’avait pas une voix puissante : il parlait d’une voix douce, trop souvent abîmée par les hurlements qu’il poussait une fois par mois alors transformé en loup.

 

Pourtant, The Howlers, puisque tel était le nom de leur groupe – et pour le nom, Rogue avait tapé dans le mille – manquaient d’un chanteur ou d’une chanteuse. Jusqu’ici, ils n’avaient pas réussi à trouver la perle rare. Le rock était pourtant populaire, chez les sorciers : il n’y avait qu’à voir le succès des Bizarr’ Sisters ! On entendait régulièrement leurs chansons à la radio des sorciers.

 

The Howlers ne visaient pas une telle popularité. Ils se contentaient de se faire plaisir, de reprendre des morceaux qu’ils aimaient ou d’en composer de nouveaux.

 

Pour Lupin, le groupe était devenu important. Systématiquement mis à l’écart par le monde sorcier qui était de plus en plus anti-loup-garou, et anti-hybrides, il désespérait de faire partie prenante d’un mouvement, d’un groupe, de sortir de la solitude qui lui pesait, de parler avec d’autres, de partager des joies et des peines. Car, avant tout, il était humain, avant même d’être ce monstre lycanthrope !

 

Peu de sorciers comprenaient ses tourments : il était différent, potentiellement dangereux et il devait donc être laissé dans son coin. Il avait beau expliquer qu’en prenait régulièrement la Potion Tue-Loup, il ne constituait un danger pour personne, on ne le croyait pas. Lupin en venait à penser que le monde sorcier ressemblait fort au monde moldu : on avait vite fait de laisser en marge les êtres malades, handicapés ou tout simplement différents d’une certaine norme et de se dire que c’était normal, que c’était mieux ainsi.

 

Allons, il n’allait pas se laisser happer par des pensées aussi déprimantes quand le prochain concert s’annonçait ! Car le groupe jouerait pour le réveillon du Nouvel An. En attendant, Lupin devait se résigner à boire la potion que Rogue était en train de lui préparer. Il passerait Noël dans son bureau. Mais il en avait l’habitude. Les fêtes étaient un vrai crève-coeur pour un célibataire lycanthrope. Il les passait généralement à l’écart de tous . Ses connaissances pensaient que Remus n’aimait pas les fêtes, tout simplement. Mais, le coeur lourd, Lupin rêvait d’être entouré, d’être accepté. Bien sûr, tout ceci n’était qu’un rêve...

 

 

 

 

 Épouvantard.jpg

 

 

 

 

6 – J’aimerais que tu sois là

(I wish you were here – Pink Floyd
+ Mama said – Metallica)

 

 

 

Severus Rogue avait réussi à survivre au réveillon de Noël : un Noël passé à Poudlard, avec quelques élèves, dont l’énervant Potter et ses amis, et les professeurs. Il avait tâché de faire bonne figure. Il avait sagement obéi et préparé la potion pour Lupin. Mais depuis quelques heures, il ne décolérait pas : Dumbledore lui avait garanti qu’il verrait sa mère, Eileen mais jusqu’à présent, il n’avait pas tenu sa promesse ! Et on était le vingt-cinq décembre au soir !

Dans son bureau, Severus faisait les cents pas, imitant inconsciemment Dumbledore. Quand il vira d’un peu trop près des étagères surchargées de bocaux contenant les bestioles immondes faites pour décourager ses élèves de passer du temps ici, Rogue se reprit :

– Non, mais voilà que j’imite le zinzin ! « Arpentez votre bureau, Severus, vous y verrez plus clair ! », gna-gna-gna, vieux grigou ! Ai-je l’air d’avoir l’esprit plus clair, hein ?

Il s’arrêta aussitôt. Il était en train d’invectiver une étagère emplie de bocaux et de pots. Ce n’était pas le moment de perdre la tête ! Il songea un instant à monter en haut de la tour d’astronomie pour y fumer une cigarette. Cela lui calmerait peut-être les nerfs… Bien sûr, il prétendait avoir cessé de fumer mais de temps en temps, il s’adonnait à ce plaisir coupable.

Rogue hésita. Le temps était frais mais pour l’instant, il ne neigeait plus. Il prit sa cape la plus chaude, enfourna son paquet de cigarettes dans l’une des poches et sortit de son bureau en claquant la porte. A grands pas, il rejoignit l’escalier qui menait à la tour, en faisant voler sa cape noire autour de lui comme il en avait pris l’habitude.

Le vent soufflait sur la tour la plus haute de Poudlard. Severus resserra sa cape autour de son corps mince. Il rabattit son capuchon sur ses cheveux sombres. Il s’avança vers les larges créneaux. Le soir était déjà tombé sur les environs de Poudlard. On était en hiver et la nuit débutait tôt.

Il se pencha, devinant dans l’ombre au loin, la Forêt Interdite. Il s’était passé tant de choses ici…. Severus sentit une boule se former dans sa gorge. Il sortit l’une des cigarettes du paquet, la tapota machinalement et d’un coup de baguette magique, l’alluma. Il n’avait pas le temps pour s’appesantir, pas le temps de devenir sentimental. Il avait fait des choix, il continuerait de les assumer. Rogue tira une longue bouffée qu’il recracha dans la nuit d’un bleu sombre. Il laissait le froid l’envahir, anesthésier ses doigts, remonter le long de son cou. Si seulement ses émotions pouvaient se geler sur place !


Tandis qu’il laissait son esprit dériver, des paroles lui revinrent en mémoire :

« Hello? Is there anybody in there?
Just nod if you can hear me
Is there anyone at home?

Come on, now
I hear you're feeling down
Well I can ease your pain
And get you on your feet again »

 

Il resta là, tirant sur sa cigarette, laissant le temps défiler, les souvenirs s’effacer, « Comfortably numb » en écho dans sa tête.

 

Je vous parie qu’il est ici ! Fit une voix.

Je vous suis, Dumbledore !

Ce n’est pas nécessaire, Eileen, restez en bas des marches, l’escalier est passablement raide, vous savez …

Je m’en souviens, mais je ne suis pas grabataire, Dumbledore !

Les pas allaient en se rapprochant. Deux personnes débarquèrent sur le haut de la tour d’astronomie.

Sapristi, il fait diablement froid, lança Albus Dumbledore.

Il chercha autour de lui et très vite avisa la silhouette du professeur de potions accoudée à l’un des créneaux.

Je vous avais dit que nous le trouverions ici, fit-il à Eileen Prince qui le suivait de près.

La petite sorcière tira sur sa cape en frissonnant.

Mais que fait-il ici ? Ce n’est guère plaisant… Eileen s’avança vers le parapet. Doucement, elle demanda dans le noir : - Severus, c’est toi, mon garçon ? Ne peux-tu pas rentrer ?

Elle fit un autre mouvement en avant, hésitant encore sur la conduite à tenir. Son fils avait toujours été un solitaire. Il aimait rester tranquille, à lire ses livres, à écrire. En cela, il lui ressemblait. Pourtant, elle aurait aimé qu’il soit plus sociable, qu’il soit entouré d’amis fidèles, qu’il fonde une famille, peut-être, avec une gentille sorcière. Mais il était devenu professeur, et il vivait seul.

Quand il se retourna, visiblement étonné, elle eut le temps de distinguer deux traces de larmes sur ses joues pâles.

Mère ? Tu as pu venir ?

Sa voix grave tremblait un peu. Il passa sa manche sur son visage et se pencha sur elle pour lui faire la bise.

Bien sûr  que je suis venue ! Oh, Severus, ne me dis pas que tu fumes toujours, ajouta-t’elle en écartant la main de son fils qui tenait encore le mégot enflammé. Mais jette donc ça, mon garçon, tu fiches des cendres partout, c’est dégoûtant !

Le professeur de potions se sentit alors redevenir beaucoup plus jeune. C’était elle, la grande dame, qui avait tout son respect, sa sorcière de mère. Eileen Prince. Il dut faire un effort pour ne rien laisser paraître de son trouble. Et il lui obéit sans broncher. 

 

 

 




22/12/2018
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 15 autres membres