NapalYsaLeya

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Il avait le temps (TWD)

- Ouais, je sais qu’ça aurait pu être moi, le chien…

L’homme proféra cette phrase à haute voix, conscient qu’il ne s’adressait à personne. Personne sauf au cabot qu’il avait admis près de lui. A moins que le chien ne l’ait apprivoisé, lui, plutôt. Mais autour de lui, le Vagabond, il n’y avait personne. Les arbres, la rivière, le silence...Et sûrement quelques troupes de Rôdeurs, de loin en loin. Certains venaient se prendre dans les pièges qu’il avait installé tout autour de son campement. Sa moto était posée contre un arbre recouverte d’une bâche. Les provisions, le carburant, tout était bien caché dans la clairière. Au bord de l’eau, battant contre la rive embourbée, un radeau rudimentaire attendait ses dernières finitions. Un jour, il mettrait les voiles, sûrement. Un jour, il quitterait ce trou pourri, cette région maudite qui lui rappelait tant de souvenirs. Et tant de regrets.

Oh, il avait roulé sa bosse, bien sûr ! On ne pouvait pas dire de lui que c’était un tendre. Le plus important, c’était qu’ il avait survécu. Au milieu du chaos qui constituait le monde, au milieu de la violence, de la mort, des horreurs, il se tenait debout. Il avait aussi connu la valeur de l’amitié. Finalement, le genre humain n’était peut-être pas aussi foutu qu’on pourrait le croire. Enfin, les animaux, ceux qu'on aimait tant à traiter de bêtes, étaient plus loyaux, au final. Le Chien, par exemple. 

 

 

 

Oh, il avait roulé sa bosse, bien sûr ! On ne pouvait pas dire de lui que c’était un tendre. Le plus important, c’était qu’ il avait survécu. Au milieu du chaos qui constituait le monde, au milieu de la violence, de la mort, des horreurs, il se tenait debout. Il avait aussi connu la valeur de l’amitié. Finalement, le genre humain n’était peut-être pas aussi foutu qu’on pourrait le croire. Même si...

 

Il eut un rire cynique et cracha dans les feuilles en décomposition. Pourquoi pas garder de l’espoir, aussi ? L’espoir était la plus belle saloperie qu’il connaissait. Une foutue connerie que les humains faisaient grandir quand ils n’avaient plus rien. Mais l’espoir était aussi tordu que la foi : c’était inutile. C’était une torture.C’était cette création inepte du cerveau humain : « tu verras, tout ira bien ».
On se mélangeait les neurones à tenter de croire encore, à penser que, peut-être, ce n’était pas tel que ça paraissait. Ta famille était moins folle que tu ne pensais, un mari ne pouvait pas être aussi mauvais, tu verras un jour, il comprendra, il arrêtera les coups ; tel tortionnaire sentira enfin l‘empathie et cessera de mutiler et de faire souffrir- la foutue rédemption ! - ; tel ami n’est finalement pas mort…. On le retrouvera… Il est ailleurs. Car les gens ne sont jamais « morts », n’est-ce pas ? Ils sont partis.

 

Sûr qu’ils n’étaient pas morts, dans le bordel ambiant. Les morts marchaient et vous bouffaient.

 

L’homme se releva, les yeux pleins de larmes brûlantes qu’il chassa du revers d’une main sale. Il évacua cette dernière idée et fit voler ses cheveux poisseux de crasse qui lui tombaient sur le visage. Oh, il puait, comme il empestait ! Il pouvait parfois sentir sa propre odeur, une sueur répugnante mêlée du fumet métallique du sang et de la pourriture. Il y avait des semaines qu’il ne s’était pas lavé dans la rivière. Ses vêtements étaient raides de saleté et même le chien le reniflait bizarrement parfois.

 

Il s’en foutait. Saleté d’humain.

 

Son frère de cœur était mort. Et c’était purement de sa faute.

 

 

 

Il avait déconné. Cela faisait des années à présent.

 

Le monde était un total chaos, une lutte à la vie, à la mort contre des morts en marche.

 

Mais dans ce temps-là, avant, il n’était pas seul. Il avait des amis, des frères d’armes, des sœurs d’âme.

 

Mais tout avait cessé le jour où il avait placé son orgueil avant tout. Il voulait lui faire entendre raison ! Bordel, le chef, le leader, ce n’était pas lui, le Vagabond, c’était son frère d’arme ! pourquoi se montrait-il si faible ? Il ne devait pas, il ne pouvait pas se le permettre ! Alors, lui, l’homme, le bon à rien avait décidé de lui faire comprendre. A coups de poing s’il le fallait. Et il s’étaient battus comme des crétins. Les deux meilleurs amis, les deux frères de cœur. Ils s’étaient battus pour des vétilles, pour des questions sans fin.

 

La mort les avait rattrapés sous la forme d’une troupe de Marcheurs râlant et grognant, les tripes à l’air. Ils auraient pu y passer tous les deux ensemble. Non…

 

Lui seul, l’homme de la forêt, s’en était sorti. Et pour quoi faire ?

 

Son frère avait disparu, se sacrifiant en faisant tout exploser, afin de préserver les autres, le groupe, la famille.

 

- Connard idéaliste, ragea l’homme de la clairière à haute voix, en envoyant son poing dans le vide. Le chien jappa. Des grondements d’outre-tombe résonnaient au loin. Encore ces maudits cadavres ambulants, ces morceaux de chair affamés qui s’approchaient ! Mais il avait le temps. Il avait le temps de leur planter son couteau dans le crâne, de les abattre d’un carreau d’arbalète. Il n’était pas pressé. La mort ne le prendrait pas encore.

 

Il était déjà mort, dans son cœur. Il était sans âme, sans ressource, sans énergie. Il n’était plus qu’une enveloppe vouée à la survie vaine et à l’expiation.

 

Chaque jour qui passait le voyait se ronger d’amertume et de regrets sans fin.

 

« Et si je ne l’avais pas entraîné….si nous avions parlé au lieu de nous frapper…. Il serait encore en vie, c’est ma faute. Ma faute s’il a été blessé. Ma faute s’il a dû les attirer, les faire tous sauter avec ce fichu pont… Il était conscient du danger, il a fait ce qu’il fallait… J’ai été un vrai con, à crier, à m’énerver comme un gosse…. Je mérite chaque heure sans lui, chaque jour à chercher son corps...Chaque jour à essayer d’espérer, à vivre alors qu’il n’est plus….Mourir serait trop doux... » ressassait-il. Ouais, peut-être qu’il devenait dingue. Mais pas plus dingue que ce monde.

 

Un jour, il partirait. Un jour. Mais il avait le temps.

 

Depuis longtemps, la vie n’avait plus de sens.

 

Mais il vivrait encore parce qu’il le fallait. Car les choses changeaient et une nouvelle menace se profilait. Les morts chuchotaient. Les rôdeurs parlaient tout bas. Il les entendait, dans le vent, dans le bruissement des branches, au détour d’une route. Il pouvait les sentir, les pressentir, les deviner. Il tentait de les écouter. Mais il n’avait pas compris ce qui se tramait encore. Il lui faudrait du temps. Mais, ça, le temps, il l’avait.

 

Oui, il avait tout le temps….

 

Alors il siffla le Chien et se mit en route.

 

 

 

The Walking Dead (saison 9) - Daryl Dixon 

 

 

 

 

 

 


 

 



01/12/2018
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