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LE SYMPATHISANT - VIET THANH NGUYEN

 

 

 

Entre confession, témoignage, roman épique, restitution historique, œuvre politiquement engagée, un chef-d’œuvre psychologique d’un réalisme saisissant, un véritable coup de maître qui questionne, à travers le portrait d’un homme aux deux visages, tout un pan de l’histoire américaine. Un premier roman choc qui a propulsé instantanément Viet Thanh Nguyen au rang des révélations littéraires.

Au Vietnam et en Californie, de 1975 à 1980
Avril 1975, Saïgon est en plein chaos. À l’abri d’une villa, entre deux whiskies, un général de l’armée du Sud Vietnam et son capitaine dressent la liste de ceux à qui ils vont délivrer le plus précieux des sésames : une place dans les derniers avions qui décollent encore de la ville.
Mais ce que le général ignore, c’est que son capitaine est un agent double au service des communistes.

Arrivé en Californie, tandis que le général et ses compatriotes exilés tentent de recréer un petit bout de Vietnam sous le soleil de L.A., notre homme observe et rend des comptes dans des lettres codées à son meilleur ami resté au pays. Dans ce microcosme où chacun soupçonne l’autre, notre homme lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, parfois au prix de décisions aux conséquences dramatiques. Et face à cette femme dont il pourrait bien être amoureux, sa loyauté vacille…

 

 

 

 

 

 

Enfin publié en France, le prix Pulitzer 2016 (mais aussi Edgar Award, Andrew Carnegie Medal, Dayton Literary Peace Prize) est un roman que l'auteur dit "avoir écrit pour lui".

Né en 1971, Viet Thanh Nguyen, boat-people à 4 ans est  devenu  la sensation des lettres américaines à 45. Fils de tailleurs vietnamiens.  l'auteur grandit à  Buôn Ma Thuô. En 1975, ce sera la  première ville à tomber aux mains des communistes.

 « Mes parents venaient du Nord. C’étaient des catholiques qui, comme tant d’autres, ont été persuadés par les prêtres de leurs paroisses que, s’ils restaient là, les communistes les massacreraient tous. »
 Nguyen suggère que cette rumeur était peut-être amplifiée par la CIA, notamment par un certain colonel Lansdale, que Graham Greene prendrait plus tard comme modèle pour le personnage d’Alden Pyle dans Un Américain bien tranquille.

 

 

 

 

 

 

Hormis ses origines plurielles et sa vie aux USA, l'élément autobiographique s'arrête là. 
 Viet Thanh Nguyen signe ici un livre puissant, complexe, une satire bien vue de l'Amérique, aussi. 

C'est une réussite!

Ma note : 4/5

 

 

Extraits:

 

« Oh, le nuoc-mâm ! Comme il nous manquait, chère tante, comme plus rien n'avait de goût sans lui, comme nous regrettions ce « grand cru » de l'île de Phu Quoc, avec ses cuves remplies des meilleures anchois pressés ! Les étrangers aimaient dénigrer ce condiment liquide et âcre, à la couleur sépia très foncée, pour son odeur supposément atroce, ce qui donnait un autre sens à l'expression : «  Ça ne sent pas bon ici », car c'est nous qui ne sentions pas bon. de même que les paysans de Transylvanie arboraient des gousses d'ail pour repousser les vampires, nous nous servions du nuoc-mâm pour tracer une frontière avec ces Occidentaux incapables de comprendre que ce qui ne sentait vraiment pas bon, c'était l'odeur nauséabonde du fromage. Qu'était le poisson fermenté comparé au lait caillé ?"

 

 

"Je peux comprendre votre situation, monsieur. À force de sourire, mes fossettes me faisaient mal, et j’avais hâte d’en arriver à la dernière et inévitable manche. Mais je devais encore disputer la deuxième, histoire de profiter de la même couverture morale bouffée aux mites que celle qu’il avait déjà remontée sur son menton. Vous êtes de toute évidence quelqu’un de respectable, un homme de goût et de valeurs. Tournant la tête à droite et à gauche, je montrai la maison proprette qu’il lui fallait payer.. Sur les murs en plâtre, il y avait, outre deux ou trois geckos, quelques objets décoratifs : une horloge, un calendrier, un manuscrit chinois et une photo colorisée de Ngo Dinh Diem à une époque plus fastueuse, quand il n’avait pas encore été assassiné pour s’être considéré comme un président et non une marionnette américaine. Aujourd’hui, les catholiques vietnamiens vénéraient le petit homme au costume blanc comme un saint, mort évidemment en martyr, les mains ligotées, le visage maculé de sang, un Rorschach de sa cervelle tapissant l’intérieur d’un véhicule blindé américain. Son humiliation, saisie par une photo qui avait fait le tour du monde, comportait un sous-texte aussi subtil qu’Al Capone : On ne déconne pas avec les États-Unis d’Amérique."

 

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley pour cette lecture.

 



01/12/2017
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