NapalYsaLeya

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Un conte de Severus: II - Harry au pays des fadaises (et ce qu'il advint)

 

 

4 – Le meilleur pour le dessert

 

« One for sorrow,
Two for mirth
Three for a funeral,
Four for birth
Five for heaven
Six for hell
Seven for the devil, his own self »

Proverbs and Popular Saying of the Seasons (London, 1846)

 

 

 

Severus vida le reste de la théière dans son mug, conscient qu’il lui faudrait certainement une autre théière pleine pour supporter l’histoire du jeune Potter. Il n’arrivait pas à se concentrer avec cet enfant ici ; c’était assommant !
Quoiqu’il en soit, il lui faudrait renvoyer Potter chez lui rapidement. Il n’allait pas se coltiner ce garnement pendant ses vacances de Noël.

A cet instant, le professeur fut frappé par une évidence : il était notoire que le fils Potter ne rentrait pas chez lui durant les petites vacances. Considéré comme persona non grata par ses Moldus, il ne revenait à son domicile que pour les congés d’été.

Severus soupira : l’enfant venait donc de Poudlard ! Mais que diable avait-il fabriqué pour atterrir ici ? Qu’avait-il donc été toucher de ses doigts ignares pour débarquer sur le pas de sa porte ?

Forcément, il avait dû utiliser un Portauloin ! Et de façon illégale, certainement ! Il n’avait pas l’âge pour transplaner et, de toute façon, tout le monde savait qu’on ne transplanait pas de Poudlard !
Le professeur de Potions se prit la tête dans les mains. Oui, cela devenait inquiétant…

- Heu, vous allez bien ? Monsieur ?

«  Qui vient encore m’ennuyer ? », pensa-t’il par réflexe.

Bien sûr : Harry Potter.

Il avait du mal à se convaincre de la réalité de sa présence ici.

Rogue éluda la question :

- Bon, Potter, reprenons !

Le garçon s’assit précipitamment sur le vieux sofa, le faisant couiner horriblement sous le regard courroucé de son professeur.

- C’est le sapin, monsieur, le sapin! Et l'elfe est arrivé quand  j’étais en train de …

 Aussitôt, Rogue l’arrêta de la main. L’affaire se présentait mal.

 

- Soyons clairs, Potter ! Ce n’est pas grâce à un sapin – de Noël, je suppute – que vous avez voyagé jusqu’ici, par Hermès !

 

Le visage du garçon s’éclaira :

 

- Oh, non, monsieur ! Enfin, vous n’en êtes pas loin, en fait !

 

Rogue fronça les sourcils démesurément. C’était reparti pour Harry au pays des fadaises !

 Mais à la place du lapin blanc, il avait droit au sapin vert !

 

- Et vous êtes soudainement tombé dans un terrier de lapin qui vous a mené à mon habitation, c’est cela ? Fit Rogue suivant sa pensée. Harry le dévisagea sans comprendre :

 

- Monsieur ? Je...je ne comprends pas…

 

Agitant la main, le professeur grogna :

 - Evidemment, une fois de plus….- à mi-voix, il ajouta : Vous ne comprenez jamais grand-chose, en même temps…Puis, à haute voix : -Mais poursuivez, Potter !

 Le garçon ne parut pas vraiment déconcerté et reprit le récit de son aventure :

 - Donc, quand je me suis approché du sapin amené par Hagrid...

 

«Il ne manquait plus que ça ! , se dit Severus, J’aurais dû m’en douter : s’il y a une croûte dans le potage, Hagrid n’est jamais loin ! Ah, Potter et Hagrid, voilà un duo détonnant ! »

 

Sans se laisser démonter par l’air absent de son professeur, l’adolescent déroulait son histoire :

 - Et alors, à ce moment, j’ai entendu un « crac » et pouf ! Voilà que je me retrouve devant l’arbre de Noël mais pas celui de Poudlard !

 - Pardon ? « Crac et pouf ! » : quel langage est-ce là ? Attendez, que dites-vous ? Soudain, vous entendez un ...craquement ?

 - C’était plutôt comme un gros claquement, en fait, l’interrompit sans vergogne le garçon.

 - Claquement, craquement, fit Rogue impatient, tout cela me rappelle fortement la manière des Elfes de Maison, Potter !

 Rien ne sembla faire plus plaisir au garçon que ces derniers mots. Il parut sauter littéralement sur place.

 - Oui, professeur ! C’est ce que je vous ai dit tout à l’heure ! Un elfe ! et il m’a transporté de Poudlard à la maison de mon oncle et ma tante, dans le salon, pas loin du sapin, presque dans le sapin, en fait. Et mon oncle a hurlé!

 Cette fois, le conte de Harry Potter prenait une tournure hautement farfelue.

 - Allons, Potter, quelle faribole me chantez-vous là ? Vous insinuez qu’un elfe de Maison de Poudlard vous a intentionnellement transporté de la Grande Salle de Poudlard à un autre arbre de Noël ?

 - Oui, celui de mon oncle Vernon et ma tante Petunia ! C’est ça , vous pigez, monsieur !

 - Du calme, ne soyez pas familier, Potter, mais avouez que votre histoire est un peu...tirée par les cheveux ! Pourquoi, par Mercure, un elfe voudrait-il vous emmener de la sorte ?

 - Je n’ai pas compris mais j’en suis sûr, professeur, insista Potter.

 Désemparé, le professeur de Potions décida de s’octroyer une nouvelle grande tasse de thé. Fortement corsé. Accompagné des muffins qu’il gardait pour le dessert.

 - Je...enfin, je mangerais bien encore quelque chose, professeur ?

 

Rogue le foudroya du regard en se levant. Il serra se baguette magique dans sa poche.

 «  Du sang-froid, Severus, c’est un gamin, tu serais impardonnable ! ».

 - Très bien, Potter, fit-il en se dirigeant vers le cuisine. Il me reste quelques sandwiches au concombre, cela vous ira, j’imagine ?

 - Oh, parfait, merci ! Lança la voix du garçon enthousiaste.

 

«  Merlin, aide-moi ! Il faut que je renvoie ce garçon à Poudlard illico presto avant qu’il ne dévore mon garde-manger et ne me fasse devenir zinzin ! Zinzin ? Dumbledore ! voilà l’homme qu’il me faut ! »

 

 


 

5 – Digestion différée au foyer

«- Silence ! ordonne Merlin.
Rien ne peut résister aux forces de la magie !
- Ça ne marchera pas, prédit Arthur. Merlin tend la main et commence à lire :
- Epée épique et picouillages...
Enchantoum lamus... euh... affutéru... iumus...
Pique...
Euh... Piquépiquératatatam, et voilà !
- Oh, non !
Ouille ! Catastrophe !» -Merlin zinzin T.1 

 

Il avait trouvé la solution: Dumbledore! Dumbledore, que sa barbe soit longue et fournie pour le siècle à venir ! Mais nom d’une petite pipe en sucre, c’était évident ! En empoignant le couvercle de la théière, Severus faillit précipiter le tout à terre, thé inclus. Hérésie, se morigéna-t’il en rattrapant la vaisselle en cavale, du Lapsang Souchong pour laver le sol ! Tout cela était la faute de Potter, qui venait le déranger et semer le trouble dans son calme quotidien, comme à son habitude.
Potter-fils, Potter-père, sa
nemesis était peuplée de Potter ! Pire : elle avait le faciès des Potter, cet air malin, ces cheveux jamais coiffés et cet épi , ce long nez et ce visage fin ! Si le garçon n’avait eu les yeux de Lily Evans, Rogue aurait pu croire qu’il se trouvait en face de James revenu à la vie. Mais Lily...ah, Lily, il pouvait prendre sur lui pour Lily.
Il aurait tout fait pour elle.
Et il ne l’avait pas fait.
Lily était morte et lui, Severus, était ici. En compagnie de son fils.
Il pouvait faire quelque chose.

Aider le garçon.


Il se décida à appeler Dumbledore. Mais avant cela, il reprendrait du thé. Ah, et ces satanés toasts au concombre pour Potter ! Ces adolescents, vraiment ! A croire qu’ils ne songeaient qu’à dévorer !
- Tenez, Potter, lança Severus en même temps qu’il tendait au garçon une pleine assiette de sandwiches. Je reviens dans quelques minutes, tenez-vous tranquille et ne quittez la pièce sous aucun prétexte !
- Oh, merci ! Entendu, monsieur.

Severus sortit par l’une des portes cachées dans la bibliothèque en vérifiant que l’élève obéissait. Il n’avait rien à craindre : Harry s’empiffrait déjà.
« Les adolescents, reprit-il de plus belle lorsqu’il s’agenouilla devant la cheminée située dans la pièce qui lui servait de bureau. Les adolescents, toujours à se plaindre de leurs bobos puis ils vous vident votre garde-manger, tels les nains inattendus de Bilbo le Hobbit ! »
Rogue finit par pencher la tête dans le foyer. Il espérait que Dumbledore soit dans son bureau. Le directeur avait une curieuse manière de se montrer facétieux, parfois, et il lui arrivait de ne pas répondre aux appels de cheminée, laissant le visiteur, à l’autre bout du conduit dans une position fort inconfortable. A croire que le vieil Albus n’avait guère passé le stade de l’adolescence, tout compte fait…
Alors qu’il se livrait à cette réflexion, Severus fut surpris de se trouver nez à barbe - toutes proportions gardées pour ladite barbe et ledit nez- avec Albus Dumbledore en personne.
- Severus, mais quel bon vent vous amène ?
- Oh, un mauvais, un bien mauvais vent, je le crains, Dumbledore, grogna le professeur de potions.
- Allons, allons, mon bon, vous êtes toujours d’une humeur sinistre ! Commença Dumbledore, la face réjouie face à celle renfrognée de Rogue.
- Je n’exagère pas ! Figurez-vous que j’ai retrouvé le jeune Potter sur le pas de ma porte, éberlué comme à son habitude, et…

Les yeux bleus perçants du directeur s’agrandirent :
- Harry Potter ? Chez vous ?
- Oui, c’est plutôt...hum...paradoxal, non, directeur ?
- Certes, Severus, certes, mais venons-en aux faits ! Je ne suis pas un adepte de l ‘inhalation de suie par ces temps hivernaux !
Rogue serra les dents. c'était le problème avec ce zinzin de Dumbledore: à un moment, il faisait le pitre, l'instant d'après, il vous prenait de haut comme s'il avait accumulé davantage de savoir que Merlin en personne. Severus avait souvent l’impression de se retrouver à la place de l’élève grondé par son maître et pressé de questions – comme il avait pressé Harry un peu plus tôt. Il baissa la tête et le nez dans la suie, et résuma ce qu’il savait.
- Bien, bien, fit Dumbledore en se caressant la barbe. Je vois. Et j’imagine qu’il est parvenu chez vous de la même manière ? A cause des facéties du même elfe de Maison ?
A cette question , Rogue se sentit embarrassé. Il n’en savait pas plus lui-même.
- Je...hum...disons que le récit est devenu confus, à ce moment..
- Ah ? Et vous avez perdu patience, Severus ? Dumbledore avait levé un sourcil et pris un air de profonde consternation.  Bref, il le désapprouvait.
- Mais, imaginez, Albus!  cet enfant, chez moi, soudainement, qui me débite une histoire incohérente et qui ne sait même plus ce qui est réel de ce qui ne l’est pas! Vraiment, il y a de quoi…
- Oui, Severus ? Le coupa le directeur. Ne me dites pas que vous vous êtes mis en colère ? Mais quand allez-vous cesser de faire l’enfant ? Dumbledore fit une pause et demanda :- Et où est Harry en ce moment ?
La question du directeur finit de l’exaspérer :
- Il va bien ! Votre précieux st Potter mange mes sandwiches, boit mon thé, porte mes pantoufles dans ma bibliothèque, bien au chaud ! Vous voilà enfin rassuré ?
Rogue avait conscience qu’il se comportait comme un idiot immature en élevant la voix pour des broutilles mais il avait envie de se débarrasser du problème Potter urgemment et la solution – Dumbledore – se dérobait à lui.
- Je ne doutais pas que vous fussiez un bon hôte, Severus, reprit le directeur d’un ton suave. A croire que vous me prenez parfois pour un doux dingue, ma parole ! Pourriez-vous allez chercher Harry, je vous prie, qu’il termine son récit ? Voulez-vous, Severus ?
Malgré lui touché par les propos aimables et la voix douces de Dumbledore, Snape acquiesça.
Il se releva, épousseta la suie qui maculait ses cheveux et ses vêtements et fonça dans sa bibliothèque.


6 - Harry au pays des fadaises et ce qu’il advint

 

« `Well!' thought Alice to herself, `after such a fall as this, I shall think nothing of tumbling down stairs! How brave they'll all think me at home! Why, I wouldn't say anything about it, even if I fell off the top of the house!' (Which was very likely true.)
Down, down, down. Would the fall never come to an end! »  - Lewis Caroll



Le professeur Rogue n’avait pas à s’inquiéter : Harry Potter effectuait une petite sieste post-prandiale. Bref, il ronflotait allègrement affalé dans le sofa du professeur, les pieds sur la table basse, les sandwiches aux concombres - et les muffins de Rogue engloutis depuis longtemps.
- Quel goinfre, ronchonna Severus. Il fit un geste de sa baguette magique et les miettes qui
constellaient la tapis et la table disparurent. Potter ! vociféra-t’il. Potter, debout !
- Hein ? Que… ? Le garçon sursauta en se frottant les yeux.
- Allez, debout, suivez-moi ! Le professeur Dumbledore veut vous voir !
Aussitôt, l’adolescent se leva, soudain stimulé par ce nom. Et presque complètement réveillé :
- Le professeur...Dumbledore ? Il est ici ?
Severus Rogue lui lança un regard qu’il espérait faire office de douche froide :
- Non, voyons, le professeur veut vous parler via ma cheminée.
- Votre...cheminée ? Il resta ainsi, bouche bée.
Le professeur ne put s’empêcher de l’attraper par le bras :
- Oui, communiquer par la cheminée, vous savez en quoi cela consiste, quand même ?
- Heu...fit Harry pour toute réponse.

Il ne savait pas. Evidemment.
Cette fois, Rogue sentit sa patience se dissoudre comme le sucre dans l’eau.
- Mais quand donc ouvrez-vous un livre, mon garçon, enfin ?
Harry le regarda en souriant :
- Ah, professeur, j’ai l’impression d’entendre mon amie Hermione quand vous dites ça !

A ces mots, Severus nota mentalement d’être plus indulgent envers Miss Granger qui, pour être insupportable, n’en était pas moins instruite, elle.
- Suivez-moi, Potter. C’est très simple, il suffit de se baisser et ….

En route, il lui expliqua le fonctionnement basique de cette forme de communication en espérant que Potter ne commette pas l’une de ses multiples bévues.
Il avait de la ressource, pour faire des bêtises ! C’était comme ses inventions ou ses mensonges : Rogue ne savait jamais d’où il tirait toute cette inspiration. Pas étonnant que Potter soit un ami des Weasley, ce duo de chahuteurs ! Des farces, des pitreries, des plaisanteries, jamais rien de sérieux avec cette engeance… Si seulement ces jeunes esprits avaient pu mettre à profit leur facilité de création, ils auraient pu devenir de bons élèves. Mais non, ils préféraient rester des cancres et se pavaner devant leurs congénères, récoltant la gloire quand les plus sages et les plus studieux rasaient les murs. Severus avait connu cette sensation lorsqu’il était élève.
Il n’avait jamais été le type populaire, le sportif adulé, le farceur envié, le beau gosse de Poudlard.
Au contraire, il avait été la cible des moqueries (« 
Snivellus ») de la part de Potter, Black et leur petit groupe d’imbéciles cool. Et maintenant, le fils Potter était chez lui.
Décidément, la vie ne cessait de lui jouer des tours.

- Professeur ! l’interrompit la voix juvénile de Harry.
Rogue sortit de ses rêveries.
- Oui, Potter ?
- Le professeur Dumbledore, il a un truc à vous dire !
Passant outre les fantaisies grammaticales du garçon, Rogue se plia à nouveau face au foyer froid.
Il sentit ses genoux craquer de façon désagréable alors qu’il s’accroupissait.
- Dumbledore ?
Mais il était déjà face à la barbe argentée du directeur.
- Je serais bref, Severus. Harry a atterri par mégarde dans une rébellion d’elfes de maison.
- C’est une plaisanterie, objecta le professeur de potions.
- Que nenni, c’est sérieux. Je vais m’en occuper de ce pas.

- Mais comment Potter a… ?
Dumbledore l’interrompit :
- Je vous réserve toutes les explications dès que je me serais entretenu avec les protagonistes, Severus. Mais, sachez que le jeune Harry bénéficie de ...l’attention particulière d’un de nos nouveaux elfes de maison, ici , à Poudlard. Cela lui a déjà valu quelques déconvenues, il est vrai. Bien. Je vais aller parlementer aux cuisines où le QG de la révolte s’est replié.
- Aux cuisines ? Et vous comptez faire quoi ? Vous armez de fourchettes et de louches pour tenir un siège ?
Le directeur le considéra un instant avec un air de léger reproche puis un sourire se dessina lentement dans les longs poils argentés, tel un chat du Cheschire barbu :
- Vous êtes un homme plein d’humour, Severus ! Je retiens votre suggestion même si je crois plus aux vertus du dialogue pour régler cette affaire.
Rogue renifla :
- Si vous voulez...Et Potter ?
- Ah, voici mon léger souci : je vais être occupé sans tarder et je ne peux donc pas rapatrier sur le champ le garçon. Pourriez-vous garder Harry chez vous...juste pour cette nuit, Severus ?
Estomaqué, Rogue fit un bond et sa tête alla cogner le bandeau frontal de la cheminée. Il se mordit la langue dans le même mouvement.

- Tout va bien, professeur ? Demanda le jeune Harry qui était resté à la porte enchanté d’écouter la conversation sans avoir à se faire gronder. Ou punir. Ou mis en retenue.
- Oui, Potter, allez donc ...faire du thé...à la cuisine…Allez, allez, zou !
Rogue se ragenouilla. Il faisait la grimace alors que Dumbledore lançait, l’air de rien :
- Prévenant, ce petit, non ? Tout le portrait de sa maman…
- Taisez-vous, vieux hibou, ragea Rogue. Ne retournez pas le pudding dans le plat !
- Oh, ne vous faites pas plus mauvais que vous ne l’êtes ! Le jeune Harry est aimable, je vous l’ai déjà dit. Qu’est-ce qu’une nuit, hein ? Allons, Severus, vous avez de la place à l’impasse du Tisseur, n’est-ce pas ? Au pire, faites-le dormir sur votre canapé, ce sera toujours plus confortable que le placard où son oncle et sa tante l’ont enfermé durant des années.
Cette fois, Rogue sentit sa digestion se perturber ; les scones se livraient une bataille rangée dans son estomac. Avait-il bien entendu ? Ou était-ce encore un tour de cet énergumène de Dumbledore ?
- Un placard ? Que racontez-vous ?

- Il s’est avéré que le jeune Harry a eu comme chambre à coucher un simple cagibi sous l’escalier menant au premier étage pendant toute son enfance. Il fit une pause puis de ses yeux perçants, regarda longuement le professeur de Potions :- Même vous, aviez votre propre chambre, Severus. Malgré la dureté de votre père…
Agacé, et ému malgré lui, Rogue capitula :
- C’est bon, Dumbledore, je sais de quoi vous parlez, figurez-vous que je l’ai vécu ! Le malheur ne se mesure pas  dans un concours de qui vit ou a vécu la plus sordide des situations. Le malheur, de même que la tristesse, la peine, la douleur, existent. C’est un fait. Nous n’allons pas jouer à celui qui est le plus à prendre en pitié…
- Certes non. Car vous ne désirez ni pitié ni compassion, Severus, ajouta Dumbledore d’une voix douce.
- Non, Albus, fit-il froidement.

- Le jeune Harry n’en veut pas non plus.

Il y eut un silence. On entendait la pluie ruisseler au dehors.

Rogue se décida :
- Il dormira dans la petite chambre. Juste cette nuit, Dumbledore ! Vous le ferez revenir à Poudlard par Portauloin dès demain ? vous le promettez, Dumbledore ?
- Je le ferais. Vous me promettez de bien vous conduire avec le garçon ? Il a été victime d’un mauvais tour. L’elfe ne savait pas ce qu’il faisait en l’emmenant avec lui. Puis, une fois chez les Moldus, il a pris peur et, allez savoir comment, il l’a de nouveau transporté, cette fois, jusque chez vous.
Résigné, Severus bougonna :
- J’aimerais savoir comment font ces Elfes pour, en quelque sorte, « transplaner » hors de Poudlard.

Dumbledore plissa un instant les paupières, mais ne répondit pas.
Rogue se dit qu’il savait quelque chose. Mais le directeur ne partagerait pas cette information avec lui.
- Et cet elfe ne pouvait pas laisser l’enfant dans sa famille ?
- Je vous l’ai dit : ils ont transplané dans le salon familial près de l’arbre de Noël. L’oncle de Harry est arrivé, il les a surpris, il a crié. Et l’Elfe, paniqué, a de nouveau transplané.
- Ici. C’est étrange.
Dumbledore hocha la tête.
- Bien, je vous donne rendez-vous vers 11h demain matin.  Nous nous occuperons du transfert du jeune Potter.
- Pas plus tôt, directeur ?
Dumbledore sourit, indulgent :
- Entre une révolte d’Elfes aux cuisines et un festin de Noël à préparer, je ne pense pas que cela possible . Vous vous rappelez que c’est Noël demain, n’est-ce pas ?
- Ah, oui, oui….fit Rogue, soudain rappelé à la réalité.Son festin était oublié.
- Et bien, bon réveillon à vous deux. Tâchez de préparer un agréable repas, Severus, j’ai entendu dire que vous étiez un fin gourmet et un bon cuisinier !
Rogue fronça les sourcils :
- Qui… ?
Dumbledore se relevait déjà de son côté :
- J’aurais peut-être besoin de vos talents culinaires ici si les elfes poursuivent leur petite révolution aux cuisines, allez savoir ! ….
La voix s’atténuait alors que le directeur s’éloignait de la cheminée :
- Joyeux Noël, Severus !
- Vous aussi, Albus, grommela Rogue en se mettant debout.


- illustration Carl Batterbee - etsy -

Epilogue :

« A kind of magic… »

Il y avait un sapin dans la bibliothèque. Et des lumières...Tellement de lumières. Severus pensa qu’il n’y avait jamais eu autant de luminosité dans cette pièce, même quand il était enfant.
Il n’y avait pas de joie, ni de fêtes chez les Rogue, alors. Il n’y avait pas d’argent, donc pas de cadeaux. Le père n’aimait les fêtes et ne voulait voir personne. Il passait sa soirée au pub d’où il rentrait fin saoul pendant le réveillon, cherchant des noises.


Non, il n’y avait pas de fêtes et Severus n’avait jamais compris pourquoi les gens autour d’eux se réjouissaient. Chez lui, tout était si triste.

A vrai dire, Severus n’avait fêté Noël qu’à partir du moment où il avait été admis à Poudlard.
Et cette trêve au coeur de l’hiver et de l’obscurité le réchauffait à défaut d’avoir une signification religieuse ou même familiale – son ersatz.


Mais aujourd’hui, Severus concoctait un repas pour quelqu’un d’autre. La bibliothèque était illuminée.
Il n’était pas seul.

Il savait faire de la magie depuis son enfance. Et faire aussi de la magie culinaire – de la magie festive.
Et si quelqu’un lui avait parlé de la magie de Noël, il aurait répondu que la magie n’avait rien à voir avec cette fête. La seule magie était celle que s’inventaient des Moldus en quête d’imaginaire, de fantaisie, dans leur triste monde qui en était dénué.
Mais Severus était un sorcier.
Et l’orphelin qui était à ses côtés et qui souriait comme un benêt dans sa cuisine l’était aussi.
Il connaissait la Magie, lui aussi.
Ce soir, ni l’un ni l’autre n’avaient à paraître, à faire semblant.
Ils pouvaient se réjouir. Ils pouvaient faire leur magie. Ils pouvaient être en paix.

C’était la trêve.

Pour ce soir seulement.

Pour un soir seulement.


FIN


Leya -  dec.

2017

 

 

 

 

- LifeofaPottedPlant-



21/12/2017
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