NapalYsaLeya

NapalYsaLeya

Une année mouvementée - chap. 13: Le tableau sur le mur

 

 

 

 

 

Tout était tranquille dans le bureau. Les portraits sommeillaient. Melinda se rassit. Elle n’arrivait pas à retrouver son calme. Cette entrevue avec Abby et Eileen l’avait troublée, plus qu’elle n’aurait voulu se l’avouer. Sans compter ce que son fils venait de lui révéler.

Il était déjà tard et elle aurait dû se trouver dans son lit. Mais elle sentait qu’elle ne parviendrait pas à s’endormir facilement ce soir. La nuit serait blanche plutôt que brune. Fatiguée de remuer les mêmes idées en rond et sans suite, elle se leva et poussa la lourde chaise en arrière. La pièce n’était éclairée que par un chandelier et elle distinguait à peine les portraits sur le mur qui lui faisaient face. Seuls demeuraient des contours plus sombres, comme des encadrements irréels, flottant dans la pénombre. L’ambiance était étrange, hors du temps. Elle se laissa tellement imprégner par cette atmosphère fantômatiqe qu’elle sursauta légèrement quand une voix s’éleva de l’un des tableaux. C’était une voix qu’elle connaissait bien, pourtant et qui avait toujours eu le don de lui flanquer des frissons, qu’ils soient de douce crainte ou de plaisir.

Ne te mets pas à faire les cents pas, je t’en prie, pas toi aussi !

Tu m’observes depuis combien de temps, Severus ?

Elle s’approcha quasi à l’aveuglette, consciente qu’elle parlait au Severus du tableau, et non à l’homme réel qu’elle avait aimé plusieurs décennies auparavant.

Le ton devint légèrement moqueur :

Oh, je te devine et je te sais, Melinda. Je n’ai pas à t’espionner. Tu es troublée.

Melinda eut un sourire narquois, cachée par les ténèbres qui flottaient dans le bureau.

Tu penses me connaître si bien que cela, Severus ? Vraiment ?

Elle fit une pause. Elle évitait généralement de s’accorder trop de conversations avec le portrait de l’ancien maître des Potions, par crainte de confondre le passé et le présent, par peur de la tristesse, du deuil, et par l’angoisse d’un afflux de nostalgie bien sûr. Elle ne désirait pas raviver en elle la souffrance que la mort de Severus avait causé dans son âme. A un moment, elle avait cru que jamais elle ne surmonterait cette peine, que son coeur allait exploser et se briser là. Même si Abby lui avait conseillé avec douceur de prendre du temps, de se ménager et de voir venir, au jour le jour, elle avait refusé de la croire, au début. Puis, elle avait dû bien avouer que son amie avait raison : la douleur ne s’effaçait jamais complètement, le sentiment de perte ne disparaissait pas mais le tout était moins vif, moins cuisant au fil des années. Melinda avait appris tandis qu’elle vieillissait. Le tableau reprit :

Je te connais assez pour dire que … Il y eut une pause.

Et bien, quoi donc ? En général, tu ne mâches pas tes mots, non ? Tu ne l’as jamais fait, Severus, ajouta-t’elle avec un nuage de rancune dans la voix.

Ne sois pas triste inutilement, Mel. Tu as une belle vie : tu as une famille, un bon travail, des enfants, des amis…Pourquoi te charger de soucis en plus ? Tu as même trouvé

un homme aimant…

Melinda tiqua :

Je perçois une drôle d’intonation  dans ta voix, Sev ‘. C’est au sujet de Rufus ? Il se passe quelque chose que je ne sais pas ?

Que tu ne vois pas, sans doute.

Cette fois, le froid s’insinua réellement. Melinda sentait comme des ondes de glace la parcourir, les unes après les autres, plus insistantes, plus perturbantes. C’était la deuxième fois que Rufus était mentionné, ce soir. Que savait Severus et qu’elle ignorait ? Le tableau de Severus se trouvait dans divers endroits, peut-être avait-il été témoin de scènes dont elle ne connaissait pas l’existence ?
Mais Rufus… Rufus ne lui cachait rien, enfin ! Pourquoi l’aurait-il fait, d’ailleurs ?

Et puis, la franchise était l’une des bases de leur couple : avant de se mettre ensemble, Melinda avait utilisé la Légilimancie sur Rufus qui avait détesté cela. Ils avaient rompu pendant quelques mois puis, trop malheureux l’un et l’autre, avaient fini par mettre les choses à plat. Melinda avait joué cartes sur table : elle n’utiliserait plus son don sur les gens qu’elles aimaient. Mais elle avait aussi avoué à Rufus qu’elle ne supportait pas qu’on lui mente. Cela l’incitait à découvrir la vérité par elle-même. Dès lors, elle redevenait une Legilimens sans scrupules. Au terme de cette discussion, Rufus lui avait promis qu’il tenterait d’appliquer le maximum de transparence, même si cela risquait de lui faire du mal. Si leur couple était solide, il surmonterait les difficultés. Et c’était ce qui s’était passé.

Les années avaient passé, ils avaient eu un enfant ensemble, Rafael. Leur couple résistait au temps alors qu’autour d’eux, beaucoup se séparaient ou divorçaient. Melinda ne prétendait pas se reposer sur ses lauriers mais elle pensait être franche dans sa démarche. Alors, pourquoi Rufus en serait-il venu à lui cacher une part de sa vie ? Comment en était-il arrivé là ? C’était un vrai dilemme et elle doutait de vouloir prendre un décision. Pourtant, il était pire de rester dans le flou.

Elle trancha et demanda :

Que dois-je savoir au sujet de Rufus, s’il te plaît ?

Il passe beaucoup de temps auprès de ta grand-mère et de son groupe...hum …d’énervés…

Oh, ça, je le sais, Rafael me l’a confirmé encore récemment.

Mais ton fils n’est pas au courant de tout, Melly, fit remarquer en douceur la voix de Severus. Cette onctuosité finit de mettre les nerfs de Melinda à bout. Il était inutile que le tableau de Rogue prenne des pincettes avec elle.

Abrège, Sev ‘ ! Que se passe-t’il ?

Ta grand-mère Elvina est de mèche avec les mouvements de révolte des êtres magiques, ceux qui fomentent des troubles partout dans le pays et au-delà de nos frontière aussi, énonça-t’il comme s’il lisait les gros titres du journal.

Les elfes, les gobelins et les autres, c’est ça ? Mon fils a l’air de le croire aussi . Mais que peut faire Elvina depuis la résidence ? Elle ne se déplace plus beaucoup et elle dit que transplaner la fatigue beaucoup trop, maintenant. Elle ne va pas aller les voir et leur fournir...quoi donc ? Des armes ?

Rufus lui sert d’intermédiaire, Mel’.

Cette déclaration lui fit comme une décharge magique. Elle hoqueta puis se reprit :

Vraiment ? Rufus … Elle pensa à nouveau à ce que lui avait annoncé son fils : Rafael se fait aussi du souci pour son père. Et maintenant, c’est toi qui me parle de lui …Mais, je ne comprends pas : que ferait mon mari parmi les agités qui souhaitent déstabiliser le ministère de la Magie ou qui menacent la sécurité de l’école de Poudlard ?

Il y eut un silence. La pénombre accentua les intonations de Severus quand il parla à nouveau :

Il y a des hypothèses, bien sûr. On peut dire que ces dernières années, Rufus n’a pas eu beaucoup de possibilités de s’épanouir au travail, non ?

Melinda fronça les sourcils. Ils avaient pourtant été d’accord quand ils avaient emménagé ensemble. Comme Rufus peinait à trouver un travail qui lui convienne mais que Melinda avait un bon poste à Poudlard, il avait décidé de prendre du temps pour élever Rafael. Depuis que celui-ci se débrouillait par lui-même , Rufus développait d’autres hobbies. Il était un habile sculpteur, il aimait voyager et avait des amis un peu partout dans le monde. Quant à elle, Melinda gagnait bien sa vie, leur coffre à Gringotts était  garni, la famille était à l’abri du besoin.

Rufus a trouvé sa voie, tu sais, objecta Melinda. Tout le monde n’est pas fait pour le travail tel qu’il est envisagé dans le monde sorcier. Dans le monde moldu, non plus, ajouta-t’elle.

Elle entendit un petit reniflement dédaigneux venant du tableau :

Cela me dépassera toujours ! Mais je le conçois, évidemment.

Melinda pensa que le Severus du tableau était bien plus tolérant que celui qu’elle avait connu. Cela lui plaisait assez. Néanmoins, elle ne pouvait empêcher son cerveau de gamberger. Elle pensa à haute voix :

Mais si Rufus ne dit pas ce qu’il fait, s’il ne m’en a jamais parlé… Cela veut dire qu’il passerait une partie de son temps avec les rebelles ? Mais quelle mouche l’a piqué, par Merlin !

La voix de Severus s’adoucit :

Je ne suis pas au fait de tous les détails, tu sais. Peut-être n’est-ce qu’un simple passe-temps, comme pour Elvina. Tu devrais lui poser la question. Il y a sûrement une explication rationnelle à tout cela.

Mais cela t’alerte quand même ?

Tu es perspicace, Mel. Tu l’as toujours été. Oui, ces troubles, ces mouvements de révolte me semblent… comment dire ?, peu naturels. J’entends par là que je comprends très bien que les gobelins et d’autres créatures magiques aient envie de changement. Votre ministre de la Magie a fait des promesses, beaucoup de promesses mais ce ne sont que des mots, je le crains.

Melinda acquiesça. Cela rejoignait sa propre analyse Même les rapports effectués par Mondingus Fletcher allaient dans ce sens. Quelque chose clochait, dans cette révolte.

Tu penses que ce serait judicieux que je mène mon enquête, auprès de Mondingus Fletcher, par exemple ?

J’ai peu confiance en cet individu mais il est sur le terrain . Le tableau fit une pause puis : Pourquoi ne pas en parler à McGarrigle ? Il a une place intéressante au ministère de la Magie, il est au courant de beaucoup d’éléments...Et il est ton ami…

Et celui de Rufus. Oui, c’est ce que je vais faire. C’est un très bon conseil, je te remercie, Severus. Elle se sentit déjà soulagée en prenant cette décision.

Je t’en prie , fit Severus. J’en ai une autre. Si les choses devaient mal se présenter, je pense que tu devrais te confier à Robert McGonagall.

Melinda resta sans voix. Que voulait-il dire ?

Parler à Rob ? Mais pourquoi ?

Elle entendit un sourire à peine sous-entendu dans la voix grave de Severus :

Parce qu’il tient à toi. Et puis, tu l’aimes bien.

A ces mots, Melinda eut un geste de dénégation et sentit une chaleur proche de la colère monter en elle. Mais le Severus du tableau la devança :

Je le sais parce que je t’ai aimée, Mel. Que je tiens toujours à toi .

Je ...je comprends, Sev. Je… je ...vais aller me coucher, maintenant. Bonne nuit, fit-elle d’une voix troublée. Elle passa machinalement ses doigts le long du cadre qui entourait le tableau de celui qui avait été son premier amour, sa première passion . Il fallait qu’il ait tort ! Il le fallait ! Il devait avoir tort sur tous les points !

Elle sortit et ferma doucement la porte du bureau. Elle se hâta vers ses appartements. Le froid du couloir chassa la bouffée de confusion qui l’avait saisie. Elle ouvrit sa porte et alluma d’un geste négligent de sa baguette les chandelles. Elle voulait de la lumière.
Oui, elle devait en avoir le coeur net – et avant tout, elle devait en savoir plus sur ces mouvements de rébellion et sur ce que trafiquait Rufus. Dès le lendemain, elle ferait le nécessaire. Elle avait pensé réunir Abby et Minerva McGonagall, former une première réunion – un mini-conseil de guerre. Pourtant, ça ne suffirait pas : elle devait aussi parler à Rufus. Avant de se coucher, elle saisit un morceau de parchemin et y griffonna quelques phrases. Elle ouvrit sa fenêtre et siffla doucement. La nuit était déjà bien avancée et il faisait un froid de loup. Néanmoins, deux oiseaux se présentèrent à elle, se posant sur le rebord.

Elle chargea le grand duc d’un message pour Rufus et confia à la petite chouette une lettre pour Abby et Eileen. Elle songea un instant à envoyer une troisième missive à Robert McGonagall puis se ravisa.

Severus devait avoir tort ! Elle ôta ses habits en sentant son corps et sa tête palpiter. En se glissant sous la couette, elle sut qu’elle dormirait mal. La nuit était déjà bien avancée et les heures à venir ne seraient pas propices au repos.


 

Vous êtes décidément un homme extraordinaire, Severus, fit la voix d’Albus Dumbledore dans le bureau sombre.

Vous ne pouvez pas vous empêcher d’écouter, hein ?

Comme si nous avions encore des secrets, ici…. Mais je pense que vous êtes d’un excellent conseil. Je crois que tous, ici, nous pouvons aider Melinda en utilisant nos portraits. Nous verrons ce que nous pouvons observer. Ces troubles me semblent étranges à moi aussi. Comme si certains, là, dans l’ombre, tiraient des ficelles, manipulaient…

Et cela vous parle, vieux fou, gronda Rogue. La manipulation, forcément !

Au moins mes mauvais penchants seront-ils utiles, cette fois, fit remarquer Dumbledore.

Je vous l’accorde !

Dès demain, nous mettrons un plan pour aider notre directrice. C’est le moins que nous puissions faire.

Pour une fois, vous êtes pleinement dans le vrai, Dumbledore !

Et cette fois, les portraits sur le mur se turent pour de bon .

 

 

 



04/02/2019
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 15 autres membres