NapalYsaLeya

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Une année mouvementée - chap. 7 : Visite

 

 

 

Melinda sentit sa gorge s’assécher tandis qu’elle mettait le pied sur le perron de la maison de John. Dès qu’elle avait pu trouver le temps de se dégager de ses nouvelles responsabilités de directrice de Poudlard, elle avait répondu à l’appel de son vieil ami. Elle avait laissé la direction adjointe aux mains du professeur de Botanique, Neville Longbottom. Celui-ci avait en premier refusé de la seconder mais Melinda avait su trouver les arguments pour le convaincre. Neville venait de se marier avec Hannah Abbot ; le couple venait d’emménager dans un logement provisoire, à Pré-au-Lard. Ils cherchaient une maison agréable mais pour l’instant, ils avaient fait chou blanc. Melinda les encourageait

Elle avait désespérément besoin d’alliés forts à l’Ecole, alors qu’elle tentait de mettre en place le programme de Minerva McGonagall pour cette nouvelle année scolaire – et autant le dire : ce programme était très ambitieux !

Malgré elle, Melinda aurait aimé que la vieille dame soit toujours à ses côtés. Elle savait que cela serait très difficile au regard de l’état de santé de Minerva mais, pourtant, elle espérait que cette entrevue lui redonnerait l’espoir.

En inspirant un grand coup, elle frappa fort à la porte d’entrée. Elle serait bientôt fixée.

 

 

 

 

La porte s’ouvrit soudainement, révélant une petite elfe de maison, les oreilles largement déployées, les yeux écarquillés gros comme des balles de ping-pong. Avec une légère courbette, elle dit, en direction de Melinda :

 

- Madame Melinda, c’est tout le monde vous attendre sans patience ! quel plaisir, c’est, vous revoir !

 

Melinda baissa les yeux et sourit. Elle avait connu cette jeune elfe alors qu’elle-même enseignait à Poudlard, plusieurs années auparavant. Drazzie avait débarqué un jour dans le Grand Hall, un peu intimidée mais certaine que c’était là l ‘endroit où elle voulait travailler. Elle n’était guère qu’une elfe adolescente, alors. On ignorait d’où elle venait et jamais Drazzie n’avait su expliquer les raisons de son arrivée brutale. Elle ne paraissait pas vouloir se souvenir de ses années d’enfance. A Poudlard, on avait suspecté des mauvais traitements de la part d’une famille de sorciers indélicate comme il en subsistait encore peu après la chute de Voldemort.

 

- Drazzie, quelle joie ! s’exclama Melinda en se baissant afin de serrer la main de la petite créature qui accepta en prenant une légère teinte rosée.

 

- Madame Melinda, c’est plaisir partagé ! 

 

- Mais si tu es ici, c’est parce que …. Oh, par Merlin, je n’avais pas réalisé : c’est toi qui as donné l’alerte quand Minerva a eu son attaque ! Que la déesse te bénisse, Drazzie !

 

A ces mots, l’elfe de maison tenta de masquer sa roseur persistante en effectuant moults courbettes jusqu’à ce que John, alerté par les bruits venant de son entrée, fasse son apparition au bout du corridor.

 

- Drazzie, qu’est-ce qui te retient ? Apercevant Melinda, il s’exclama : - Ah, c’est toi, Mel !

 

Soulagé, il ouvrit la porte en grand :

 

- Entre, Mel, tu es très attendue !

 

Ses traits tirés de son visage se détendirent alors qu’il ouvrait les bras pour accueillir son amie de longue date. Ils prolongèrent leur accolade amicale.

 

- Mel, c’est si bon de te revoir...même dans ces conditions…

 

- Tu as l’air fatigué, John, fit remarquer Melinda en le prenant par les épaules et en le regardant à distance . Ce faisant, elle avait froncé les sourcils.

 

- Je ne peux te cacher que les derniers jours ont été quelque peu éprouvants, avoua John.

Il l’observa à son tour :

 

- Mais...je ne rêve pas, tu as la vue qui baisse, Mel !

 

Melinda eut un air ennuyé. Elle plissa plusieurs ses yeux d’un vert toujours aussi éclatant, proche de l’émeraude.

 

- Oh, ne m’en parle pas ! Rufus me tanne pour que je porte des lunettes et, oui, il a raison, bien sûr ! Mais avec tout ça - et elle fit un geste vague – je n’ai eu le temps de rien ! La poisse de vieillir, conclut-elle.

 

John sourit. Melinda était du même âge que lui mais on la croyait souvent plus jeune. Ses cheveux d’un brun presque noir laissaient à peine apparaître quelques fils blancs. De haute taille, elle en imposait souvent. John se passa la main dans sa tignasse rousse et grise qu’il avait à peine coiffée ce matin.

 

- Mais ne reste pas plantée là, entre, entre !

 

La petite elfe n’avait pas perdu un mot de leur échange, toujours sous le choc des compliments de Melinda.

 

- Drazzie, rentre, voyons ! Que fais-tu à moitié courbée contre la porte ?

 

- Monsieur, madame,…. c’est beaucoup d’émouvoir, Drazzie. Les amis ...les compliments…

Elle essuya ses grand yeux embués par des larmes d’émotion.

 

Melinda fit un pas en avant.

 

- Allons, c’est normal, Drazzie, tu as sauvé Minerva ! Tu es une héroïne !

 

A ces mots, l’elfe s’enfuit dans le couloir, ses grands yeux pleins de larmes d'émotion. 

 

- Mince, ce n’est pas pour demain, l’émancipation totale des elfes de maison, fit John en laissant passer Melinda.

 

- Non. Il y a tant à faire, de ce côté aussi. Notre ministre de la Magie est très encourageante mais sur le terrain, c’est beaucoup plus compliqué.

 

Tiens, suspends ta cape ici, Mel.

 

Tandis qu’elle se débarrassait de sa cape de voyage, la jeune directrice demanda :

 

- Sois franc, John. Comment va ta grand-mère ?

 

John eut un haussement d’épaules vague : 

 

- Nous avons eu très peur. Rien que ce matin, elle ne sortait pas d’un étrange sommeil. Mais...écoute ! Fit-il en pointant du doigt la porte de la chambre du fond.

 

De très nets éclats de voix se faisaient entendre.

 

- Oh… Je vois. Elle a repris du poil du loup-garou à ce que j'entends ! 

 

- Si tu savais ! Elle se bagarre sûrement avec son frère

 

Melinda leva un sourcil, intriguée :

 

- Malcolm s’est décidé à venir ?

 

- Il est passé mais c’est Rob, son jeune frère, qui est revenu…

 

A ces mots, Melinda se figea. Elle demanda, incrédule :

 

- Quoi ? Je croyais qu’il avait été assassiné…

 

-Par des Mange-Morts, il y a presque quarante ans ! Oui, moi aussi. Mais il était sur le pas de ma porte, hier au soir. Et je suis quasiment certain que ce n’est pas un imposteur !Enfin….

Il jeta un regard en biais à Melinda : - Peut-être pourrais -tu y voir plus clair ?

 

- Tu as des doutes ? Tu veux que je….la Légilimancie, tu es sûr, John ?

 

Il hocha la tête. Puis reprit un air plus détendu.

 

Melinda le fixa un instant. Dès qu’il souriait, John paraissait plus jeune, libéré du poids de la nostalgie qui semblait l’accabler en permanence depuis qu’ Abby était partie, une quinzaine d’années plus tôt.

 

- C’est vraiment bon de te voir ici, John, conclut-elle sans vouloir laisser transparaître son émotion. Mais John avait compris. Il avait toujours été fin et discret, pus habile qu’elle-même avec les sentiments. Et ils étaient amis depuis si longtemps !

 

- Allons, ne faisons pas attendre Minerva, reprit John avec tact. Et puis, j’aimerais qu’ils cessent leur dispute ! Vraiment, les vieux sorciers ne sont pas les plus sages !

 

 

 


Quand John et Melinda entrèrent dans la pièce, ils trouvèrent le frère et la sœur McGonagall étrangement calmes et silencieux. Robert Junior était assis sur l’une des chaises raides dont John avait hérité – un lointain cousin d’Écosse, victime d’un sort qui avait mal tourné. Il avait pensé à John, le petit-fils de Minerva McGonagall, on ne savait ni pourquoi ni comment ! Mais le fait est que le mobilier dont personne ne voulait dans la famille avait échoué chez John. C’était un mal pour un bien car, lorsque John avait décidé d’acquérir une maison à lui seul, il n’avait ni l’envie ni les gallions pour la garnir et la décorer correctement. Abby, dont il était encore follement épris, avait disparu depuis peu et John tentait de poursuivre le cours de sa vie, la mort dans l’âme, la peine au cœur.

Seuls Melinda, la meilleure amie d’Abby, Nemesia Dittany, la tante de celle-ci, partageaient vraiment sa douleur.Avec Rufus, bien sûr, le cousin d’Abby et le mari de Melinda. Ils avaient remué ciel et terre mais en vain : jusqu’à ce jour, Abigail avait été introuvable. Mais aujourd’hui…

Melinda détenait une information que John ignorait encore et ne savait pas comment la lui annoncer : Abigail était de retour.

Si Melinda était venue de toute urgence de Poudlard, c’était autant pour parler à Minerva McGonagall que pour se charger de révéler à John la denrière nouvelle qu’elle tenait de sa propre fille.

Après une absence d’une quinzaine d’années, Abigail Dittany revenait parmi eux. Melinda se sentait tiraillée entre deux émotions contradictoires : la joie de leur dire à tous ce qu’elle espérait être une bonne nouvelle et la crainte de voir le passé les rattraper, et avec lui, les souvenirs, les regrets.

Aussi se focalisa-t’elle sur la scène qui se présentait à ses yeux. La vieille directrice était assise sur le bord du lit, vêtue de sa plus belle robe de chambre de tartan vert. Très droite, Minerva tentait de dissimuler une fatigue que l’on sentait poindre à chacune de ses expressions faciales, à chacun de ses mouvements. Melinda la connaissait trop bien pour que les tentatives de dissimulation de son ancienne prof fassent encore illusion.


Cependant, elle ne pouvait blâmer la vieille dame : elle aussi avait tendance à ne montrer aucun sentiment, aucune trace de faiblesse. Au fil des années, elle avait appris à se blinder contre des émotions, qui, autrefois, l’agitaient sans la laisser en paix. Ainsi s’était-elle très jeune prise de passion pour son professeur de Potions, le fameux Severus Rogue, dont elle avait eu un enfant : Eileen. Cet amour impossible avait failli la détruire. Quand elle avait appris l’assassinat de Severus par le mage noir, elle avait cru que sa vie s’arrêtait.

Mais elle avait fait la connaissance de Rufus, le cousin d’Abigail, qui avait réussi à l’attendrir peu à peu, à la rendre plus accessible, plus émotive. Néanmoins, elle savait très bien qu’elle n’avait pas été une mère attentive pour Eileen. Elle était trop jeune, trop inexpérimentée, déchirée par sa passion pour Severus. Et c’est Abigail qui, après avoir recueillie Melinda chez elle en France, avait servi de seconde mère à l’enfant. Inutile de chercher pourquoi aujourd’hui c’était Eileen qu’Abby souhaitait voir en premier.

Malgré tout, Melinda percevait au plus profond d’elle-même un vague ressentiment qu’elle espérait pouvoir évacuer. Mais il n’était pas temps de s’appesantir sur ses états d’âme !

Minerva avait désiré la voir. Elle avait accouru.

En entrant dans la pièce, Melinda fixa son attention sur le frère de Minerva McGonagall.

L’homme était courbé en avant sur la chaise et faisait face à sa sœur. Les coudes posés sur ses genoux, il semblait avoir juste terminé de parler. Quand Melinda et John étaient entrés, il s’était redressé un peu et avait dardé son regard sur elle.

Melinda hésita avant de planter son regard dans le sien. Elle était étonnée de découvrir un homme qui semblait à peine plus âgé qu’elle. Melinda n’était pas sans ignorer que Robert était le plus jeune frère de Minerva mais il ne pouvait pas être si jeune ! Alors qu’elle se faisait cette remarque intérieurement, l’homme lui sourit. Son visage était aimable, marqué par des rides régulières mais sans paraître amer. Ses cheveux avaient dû être d’un brun foncé dans sa jeunesse et ses traits étaient réguliers. Il avait un long nez pointu du même genre que celui de sa sœur. Mais sa figure était beaucoup moins sévère. Tandis que John faisait les présentations, il se leva et s’avançant vers elle, il tendit une main ferme.

- Je suis Robert McGonagall, je suis enchanté de vous connaître enfin, fit-il d’une voix assez légère.

- Melinda Lake, répondit-elle machinalement tout en remarquant qu’il était à peine aussi grand qu’elle. C’était amusant : Minerva était une grande femme élancée, un peu comme Melinda, d’ailleurs. La vieille professeure s’était un peu tassée avec les années mais gardait toujours une posture très droite. - Nous pensions tous que vous étiez…, enfin, se reprit-elle en pensant tout d’un coup qu’il était maladroit de parler de décès en ce moment.

- ...que j’étais mort, oui, je sais, ajouta Robert en souriant. Ses yeux clairs se plissèrent alors qu’il disait cela et Melinda se dit qu’il avait dû être un très beau jeune homme.- J’ai tenté d’expliquer à ma sœur mes péripéties, d’ailleurs.

Les explications avaient dû être houleuses car Minerva pinça les lèvres d’un air de profonde désapprobation. Elle fit un geste qui pouvait signifier n’importe quoi :

- Des fadaises ! grommela-t’elle. Puis elle reporta son attention sur Melinda :- Je suis bien heureuse de te voir enfin, Melinda ! Toi au moins, tu as la tête sur les épaules ! Je vais enfin pouvoir avoir une conversation sensée !

John roula des yeux en entendant sa grand-mère. Il préféra demander à la ronde si quelqu’un voulait une nouvelle tasse de thé. Aussitôt, tous s’empressèrent d’acquiescer. Mais à peine avait-il passé la porte pour se rendre dans la cuisine qu’il faillit trébucher sur Drazzie, chargée d’un gigantesque plateau rempli de tasses et de couverts. Il eut à peine le temps de stabiliser d’un sort la théière qui avait décidé de faire le grand plongeon. La petite elfe elle-même avait manqué tomber. Minerva sursauta en entendant le raffut :

- Et bien, que se passe-t’il encore ?

- Rien d’autre qu’un accident de théière évité, ma chère sœur, plaisanta Robert. Peut-être pouvons-nous aider ...avança-t’il un peu timide.

- Bien sûr, donnons-leur un coup de main ! Ajouta Melinda, ravie de la diversion. Elle n’y pouvait rien, elle était troublée. Cet homme lui paraissait tout à fait sincère et aimable mais quelque chose en lui lui échappait, comme un secret bien ancré. Et elle était résolue à découvrir ce qu’il en était. Intriguée, elle se leva et alla aider John. En prenant le plateau dans ses mains, elle sentit le regard de son ami. John semblait lui demander en silence « alors, qu’en penses-tu ? ». Elle aurait aimé le tranquilliser mais il subsistait trop de doutes dans sa tête pour qu’elle puisse être aussi affirmative. Elle haussa les sourcils en faisant une petite moue. Très vite, elle comprit que John était déçu.

- Posons donc ce thé ! Tu viens Drazzie ? Fit-elle, consciente de feindre la joie.

La petite elfe esquissa une telle courbette que John arrêta :

- Drazzie ! Voyons, cesse de nous saluer tout le temps, c’est très poli mais tu es une elfe libre, pas notre servante !

Gênée, Drazzie baissa ses grands yeux ronds comme des balles :

- Drazzie sait, c’est comme une longue habitude, Drazzie sait. C’est longue histoire des elfes, Maîtr…. Elle buta sur le mot puis se reprit : M’sieur John, termina-t’elle, soudain très fière d’elle. Melinda étouffa un rire et continua à empiler tasses et petites cuillères.

- Si vous permettez… Robert lui prit les sous-tasses des mains ainsi que le pot à lait. - Un autre accident de thé serait malvenu, non ? Il plissa les yeux en souriant et Melinda ne put s’empêcher de trouver beaucoup de grâce dans cette expression. Et pourtant…. que cachait-il ?

Elle essaya de capter son regard mais ses yeux la fuyaient. Etait-il possible qu’il fût au courant de son habileté en matière de Legilimancie ? Après tout, ce fait devait se savoir même si elle avait tâché de le dissimuler au plus grand nombre. Trop de Legilimens avaient été de bien mauvaises personnes, par le passé. Il suffisait de se souvenir du nom de celui qui avait été un formidable legilimens : Voldemort. Certains sorciers avaient encore du mal à prononcer entièrement son nom. La peur était vivace et avait la mémoire longue.
Heureusement, un autre Legilimens avait marqué son temps, en présentant une face beaucoup plus positive : Albus Dumbledore. Il était considéré comme un véritable héros, encore aujourd’hui presque vingt ans après sa mort.

Pourtant, Melinda gardait de l’homme un souvenir mitigé. Il lui avait paru très retors, toujours préparant un coup d’avance, ourdant quelque machination de son crû pour mieux parvenir à ses fins. Si le sorcier avait basculé dans la magie noire, il serait sûrement devenu plus puissant que le fameux Voldemort lui-même. Après tout, Dumbledore avait été ami avec Grindelwald, avant de l’évincer quand celui-ci avait mal tourné. Décidément, l’histoire des sorciers était émaillée de bien sombres histoires… Melinda aurait aimé en oublier la moitié, pour l’instant. Elle se concentra sur le thé qu’elle versait et à la tasse qu’elle tendait ensuite à Minerva McGonagall.

- Comment vous sentez-vous, Minerva ?

La vieille dame, dans sa robe de chambre d’un tartan éclatant, était assise face à elle. Elle se servit en lait avant de répondre :

- Ces ennuis sont derrière moi. Si je m’écoutais, je retournerais à Poudlard aussitôt mais…

- Tu déraisonnes, Granny ! Et puis l’école est entre de bonnes mains avec Melinda ! l’interrompit John.

Minerva prit un air sévère :

- Je sais bien ! Mais nous avons des choses à nous dire, Melinda et moi, en privé, je te prie !

John qui avait tiré une chaise et commençait à s’asseoir, renonça à se laisser un moment de détente. Melinda prit les choses en main :

- Minerva, John peut rester avec nous, il est du ministère et sera amené à travailler avec moi. D’ailleurs, nous devions nous voir, John et moi. Mais…

- Mon petit malaise vous en a empêchés, je suis au courant ! Tout le monde ici prend pour excuse ce désagrément passager pour déranger sa vie personnelle ou professionnelle !

Tous se turent, mal à l’aise. Robert, le premier, posa sa tasse sur la soucoupe et dit avec tact :

- Et bien, je vais prendre congé, je pense qu’il est temps.

- Voyons, oncle Rob ! s’écria John. Tu peux rester encore plusieurs jours !J’ai de quoi te loger, ici et…

- Ne t’en fais pas, mon garçon. J’aime être chez moi et j’ai quelques affaires à régler. Je reviendrais vite, promis, Minnie. Sois sage et ne commets pas d’imprudences, à présent !

Il se pencha pour effleurer la joue de sa sœur qui lui dit au revoir très formellement. Il se tourna vers Melinda :

- Ravi d’avoir fait votre connaissance, fit-il en lui tendant la main. Cette fois, Melinda saisit sa chance et s’avança un peu plus pour lui donner une accolade qu’il ne put refuser.
En posant ses mains sur le dos du sorcier, elle croisa son regard et s’y attacha. Très vite, elle se glissa dans l’esprit et l’espace émotionnel de l’homme. Trouble, joie mêlée de peine, inquiétude vis à vis de sa sœur, affection envers son petit-neveu – tout cela restait dans un registre habituel des émotions, parfaitement compréhensibles dans le moment présent. Melinda tâcha de s’infiltrer plus avant. Quelques flashes la surprirent brièvement : une maison, un voyage, des livres. Rien de bien extraordinaire. Décidément, la vie de cet homme était banale. Elle n’avait ni le temps ni les dispositions pour tenter d’explorer plus avant son passé mais elle fit une tentative.

Dès qu’elle poussa un peu son avantage, elle se heurta à un mur mental, qu’elle contourna rapidement. L’effort lui coûta un peu. Mais elle persévéra. Derrière, qu’y avait-il ? Elle essaya de scruter derrière la barrière psychique. Une pointe de migraine la lança brutalement. Elle relâcha son contact mental. Et dévisagea l’homme devant elle qui lui disait au revoir. Quelques gouttes de sueur perlaient à son front. Il plissait les yeux, l’air soudain plus fermé. Melinda tenta de rétablir le lien mais il la repoussa doucement de ses deux mains en lui glissant au passage :

- N’allez pas plus loin, vous vous feriez mal ….et à moi aussi.

Interloquée, Melinda l’accompagna jusqu’à la porte d’entrée. Tandis qu’il attrapait son balai et sa cape de voyage, elle demanda à mi-voix :

- Vous êtes un Legilimens vous aussi ?

- Non  - mais je suis devenu sensible à cet art. J’ai appris à fermer mon esprit avec un peu d’Occlumancie. Mais vous êtes fichtrement douée, Melinda ! Je le savais, j’en avais entendu parler.

Melinda se refusa à paraître surprise. Sur le ton de la conversation courante, elle interrogea :

- Ah, et qui vous a informé ?

- Personne de son propre gré. Juste des mots saisis au hasard.

- Prononcés par ?

- Une femme nommée Abigail.

Le silence s’installa. Melinda n’en revenait pas. Elle avait du mal à réaliser ce qu’elle venait d’apprendre. Robert la regardait avec un certain amusement, visiblement. Il s’apprêtait à la planter là quand elle le retint :

-Vous voulez parler d’Abigail Dittany ? Nous devons nous revoir, Robert !

Il sourit. Il était à nouveau parfaitement aimable et plaisant à regarder :

- Mais bien sûr ! Envoyez-moi un hibou ! Ah, et s’il vous plaît, appelez-moi Rob. Robert était le prénom de mon père. A vous revoir, Melinda.

Il rabattit le capuchon de sa cape et sortit. Sur le perron, elle le vit avec stupeur enfourcher son balai et s’élever rapidement dans les airs.

- Je ne peux pas croire que ce type a dépassé les soixante-dix ans ! Je veux connaître la vérité ! L’élixir de Jouvence n’est toujours qu’un mythe, à ma connaissance !

- Et bien, Melinda, tu parles seule à présent ? Ce n’est pas bon signe . Allons plutôt discuter de cette année à Poudlard, ma fille, intervint Minerva au fond du couloir.

Avec une pointe de regret, Melinda rentra dans la maison de John. Quelque chose clochait, décidément. Et il lui tardait de mettre le doigt dessus.

 

 

 

 

 

 



23/09/2018
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