NapalYsaLeya

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Une année mouvementée - chap. 8 : A Poudlard

 

 

 

Albus Potter sortit du dortoir des garçons en retard. Il devait avoir cours de potions en première heure et il n’avait pas encore pris son petit-déjeuner. Il se précipita hors de la salle commune de Serpentard en rajustant sa robe de sorcier, balançant son sac de cours par dessus l’épaule. Il lui faudrait courir dans les couloirs s’il voulait arriver à l’heure. Il n’y avait plus personne près des cachots de Serpentard. Un peu énervé, il pressa le pas. Cela lui vaudrait une autre retenue, c’était certain ! Du regard, il chercha Scorpius qui aurait pu l’attendre. C' était le jeune Malfoy qui l’avait réveillé, ce matin, ennuyé de voir Albus encore endormi. Il l’avait secoué avec un agacement quasi fraternel.

Peu à peu, Scorpius et lui tissaient une sorte d’amitié malgré eux. Prêts à se détester aux premiers jours de leur entrée à Poudlard, ils en étaient venus à s’apprécier et à se soutenir. Depuis leur punition commune dans la Forêt Interdite et leur rencontre avec Thubann, le grand dragon blanc, ils avaient mis les querelles familiales de côté.

Heureusement pour Albus car il ne comptait aucun allié chez les Serpentard qui continuaient à se moquer de lui ou à le dénigrer. Quant à sa cousine Rose, elle s’était assez vite lassée de lui. Il n’était ni brillant, ni particulièrement intéressant, ni très séduisant, ni drôle, ni sportif – il était nul dans presque toutes les matières à tel point que certains le traitaient de Cracmol.

Être le fils du célèbre Harry Potter n’aidait en rien. Si son frère aîné savait mettre les rieurs de son côté et lancer de sorts aux haineux, Albus souffrait des moqueries ou des injures. Parfois, il aurait voulu fuir cette horrible école. Parfois, il aurait aimé ne pas être le fils Potter – mieux : ne pas être un sorcier du tout.

En longeant le corridor, il arriva près des cuisines de l’École. Subitement, il sentit son estomac gronder. Il jeta un coup d’œil autour de lui. Aucun élève en vue. Ils devaient tous se trouver encore à table dans la Grand’ Salle ou même se diriger vers les salles de cours. Albus consulta rapidement la montre que sa mère, Ginny, lui avait offert pour son douzième anniversaire. Encore dix minutes et il serait définitivement en retard.

Mrs. Lake, la directrice remplaçante et professeure de Potions, ne serait pas ravie de le voir arriver alors qu’elle avait démarré la classe. Mais elle n’était pas aussi bornée que certains autres professeurs et savait admettre les erreurs quand celles- ci étaient justifiées. A l’inverse, elle détestait qu’on essaie de se moquer d’elle en inventant des excuses farfelus.

Albus hésita.

Mrs. Lake avait été absente récemment. On disait qu’elle devait régler des affaires pressantes pour cette année scolaire. Peut-être ne serait-elle pas revenue ce matin. Il devait tenter sa chance. Avec un dernier coup d’œil furtif, il poussa la porte des cuisines.

Les cuisines étaient un véritable enchantement pour les yeux et le nez. Les ustensiles de cuivre rutilaient. Autour des grands fourneaux qui exhalaient des odeurs délicieuses, les elfes de maison se pressaient, rapides, habiles. Ils travaillaient ici de leur plein gré puisque la servitude avait été abolie récemment. Pourtant, pour la plupart des elfes, rester à Poudlard constituait une habitude, une sécurité, plus qu’un choix réel. Certains avaient échappé à des maîtres cruels, d’autres avaient toujours vécu là. Albus se souvenait que l’an dernier encore, le vieux Kreattur le terrorisait avec ses manières rudes et son air chafouin. Mais le vieil elfe n’était plus : il s’était éteint à l’âge vénérable de 666 ans. Jusqu’au bout, il avait voulu travailler, ici, dans les cuisines et chez les Potter. Il menait ses congénères d’une main de fer que certains déploraient.

A présent, c’était Winky qui menait la danse. Arrivée à Poudlard après avoir été chassée par son maître Barty Croupton, une vingtaine d’années plus tôt, elle avait eu beaucoup de mal à se familiariser avec sa nouvelle vie. Albus avait entendu ses parents raconter des histoires abracadabrantes d'alcoolisme elfique. Il avait bien du mal à s’imaginer ce genre de scène quand il voyait maintenant la petite Winky diriger efficacement sa troupe de marmitons et de cuisiniers.

- Albus Potter, monsieur, s’exclama-t’elle en l’apercevant sur le seuil. Mais entrez, entrez ! Allons, que quelqu’un donne à manger à Monsieur Albus !

Gêné de se voir une fois plus appeler « monsieur », le garçon s’avança. Il ne pouvait s’empêcher de humer les parfums : pains chauds, muffins, brioches, toasts, œufs brouillés…

Il salivait presque à la vue de la marmelade dans les bocaux, du beurre et du bacon croustillant. Il ne pouvait plus le cacher : il mourait de faim !

A la pensée de son dîner de la veille, il frissonna. Il l’avait pris à toute vitesse, constamment perturbé par deux Serpentard de dernière année qui n’avaient pas arrêter de le questionner sans arrêt sur sa famille, son père et ses exploits en piochant régulièrement dans son assiette. Albus avait expédié le repas, se contentant d’emmener dans ses poches, deux biscottes et quelques pickles. Il n’avait même pas fait halte dans la salle commune mais avait préféré faire ses devoirs dans son lit, recroquevillé sous son duvet.

C’était ce genre de soirées qu’il accumulait depuis son entrée à Poudlard, l’année précédente. Il n’en pouvait plus. Il avait tenté de demander à ses parents de l’inscrire dans une autre école. Pourquoi pas une école de Moldus ? Mais ni Ginny ni Harry n’avaient pris ses lamentations au sérieux.

De toute façon, ils n’étaient jamais disponibles. Le travail les accaparait. Seule la petite Lily semblait avoir encore le chic pour les attendrir et retenir leur attention. James savait se débrouiller quasiment tout seul et était toujours invité chez l’un ou l’autre de ses amis de Gryffondor, quand il ne passait pas son temps avec Teddy Lupin.

En définitive, Albus se sentait souvent de trop, comme l’enfant dont ils auraient eu un peu honte. Avoir été choisi par la maison Serpentard n’arrangeait pas son cas puisqu’il était le seul de sa famille à n’être ni à Gryffondor, ni à Serdaigle ; vraiment, même Poufsouffle lui aurait mieux convenu ! Mais Serpentard, quoiqu’en dise son père, c’était la maison de la honte. Il en était là de ses réflexions quand un elfe se planta devant lui avec un plat rempli de gâteaux et de petits pains encore tièdes.

Ravi, et soucieux de calmer son estomac qui protestait fort, il sa hâta de prendre l’assiette sans manquer de remercier la créature qui se plia en deux.

- Enfin, pas la peine de faire des manières avec moi ! Je ne suis qu’Albus, hein !

Mais Winky ne l’entendait pas ainsi :

- Pardon, Albus monsieur, mais vous êtes très estimé ici, parmi nous ! Vous êtes le fils de Monsieur Harry qui a fait tant de bonnes choses pour nous ! C’est lui qui a aidé Winky et avant ça, qui avait libéré l’ami Dobby.

A ses mots, elle ne manqua pas de renifler bruyamment. Dobby, l’elfe libre, était considéré comme un héros par les siens.

- Allons, Winky, ne te mets pas dans des états pareils…. Fit Albus gentiment. Mais malgré son désir de réconforter la petite elfe, il ne savait que faire. Dobby était mort courageusement, avant la bataille de Poudlard. Mais il avait aidé à sauver plusieurs vies, il avait lui aussi lutté contre les partisans de Voldemort. Toutes ces histoires appartenaient au passé et pour le jeune Albus, à la légende brodée autour de son père. C’était ancien, pour lui.

- Allons, Winky, reprit-il, un peu gêné de se mettre à lui tapoter les épaules en manière de consolation.

Winky était une vieille dame, pour lui. Et puis, il devait sûrement avoir l’air très bête. Si quelqu’un le surprenait ainsi, sa réputation déjà catastrophique en pâtirait une fois de plus. Albus essaya de changer de sujet :

- Heu...merci, ce pain était vraiment délicieux mais je dois y aller – je veux dire : je suis en retard …

Alors que, tout autour de lui, les elfes avaient repris leur activité culinaires, Winky restait plantée face à lui, essuyant ses larmes avec le coin de son tablier.

- Bien sûr… sniff, Albus Potter monsieur doit partir. Albus Potter doit aller à ses leçons de sorcier et devenir un grand sorcier, comme son père !

Mentionner Harry Potter semblait combler la petite elfe mais il n’en allait pas de même pour Albus. Partout où il allait, c’était le même refrain : « le grand héros, le garçon qui avait survécu, l’Élu, celui qui avait sauvé les sorciers et, pourquoi pas, le monde entier » ! Albus n’en pouvait plus. Il vivait dans l’ombre d’un héros pour qui il n’existait presque pas.

A cette pensée, il posa l’assiette brusquement sur le comptoir et, chargé de son sac sur l’épaule, il s’enfuit des cuisines en marmonnant un "au revoir"  quasi inaudible.

- Albus Potter devient bizarre, remarqua Winky à voix haute. A peine poli. Il chagrine Winky… Il sera en retard, c’est sûr !

 

 

Pressé, Albus allongea le pas pour atteindre le couloir qui menait à la salle de Potions. Le professeur Lake avait pris l’habitude de transférer la classe dans une salle moins sinistre que celle utilisée pendant des années par ses prédécesseurs. Elle disait que la vieille salle des cachots ne convenait plus aux élèves actuels mais tout le monde savait que cela lui rappelait trop de souvenirs.

Albus se mit presque à courir et dérapa sur le sol dallé. Il perdit l’équilibre et allait tomber quand une main vigoureuse le rattrapa par l’encolure. Essoufflé, il leva les yeux pour remercier son sauveur inespéré. C’était un homme qui pouvait être âgé d’une cinquantaine ou d’une soixantaine d’années, environ. Il avait les cheveux foncés, tirant sur l’argent par endroits, et n’était pas très grand. Sa cape de sorcier avait été trempée par les averses du jour mais il ne semblait pas en tenir compte. Il souriait en retenant Albus. Ses yeux d’un brun clair paraissait contenir un rire intérieur.

- Je crois que je suis arrivé à temps ! Fit l’homme d’une voix claire.

- M...merci, m’sieur, bredouilla Albus, ennuyé de s’être fait prendre sur le fait. Après tout, il s’agissait peut-être d’un nouveau professeur ou de quelques sorcier important. L’homme avait l’air bien habillé. Sa cape était d’une coupe impeccable.

- De rien ! Surtout que tu vas peut-être pouvoir m’aider en retour, jeune homme ! Je cherche le bureau de la directrice.

Albus reprit son souffle et fit :

- Et bien, si vous cherchez le professeur Mc Gonagall, elle est souffrante, malheureusement !

L’homme acquiesça puis avec un air de connivence, fit :

- J’ai rendez-vous avec Mrs. Lake-Declemy, en réalité.

- Oh, bien sûr !  elle remplace la directrice, balbutia Albus. Et c’est aussi ma professeure de Potions. Et elle va me passer un savon vu mon retard…

- Et bien, peut-être sera-t’elle plus clémente avec toi si tu me mènes à elle ? Je ne suis pas à l’heure, non plus, insista-t’il sur le ton du conspirateur.

Albus se détendit. Si seulement l’homme pouvait avoir raison… Cela lui épargnerait une punition de plus. Une humiliation à rajouter à son tableau de chasse.

- Suivez-moi, monsieur ...heu…

- McGonagall, Rob McGonagall, lui répondit le sorcier en lui tendant la main.

Interloqué, Albus la serra, tout en fixant le sorcier avec des yeux ronds.

- Je suis le jeune frère de Minerva, ajouta l’homme avec un sourire en coin.

- Ah, et bien… heu...enchanté. Je suis Al, heu..Albus Potter.

Le sorcier eut le tact de ne pas demander s’il avait un lien de parenté avec le célèbre Harry mais fit seulement :

- Ravi de te connaître, jeune homme. Je te suis.

La salle ne se trouvait pas très loin mais Albus eut le temps d’échanger quelques mots avec le frère de McGonagall. Il ignorait que celle-ci avait de la famille. Elle était très âgée, lui semblait-il. Il avait toujours pensé qu’elle était enfant unique. La vieille dame était terriblement secrète et même si elle faisait partie du cercle amicale de ses parents, Albus ne savait pas grand chose à son sujet, hormis qu’elle avait un petit-fils travaillant au ministère, John McGarrigle. En arrivant devant la porte de la salle de cours, il avait eu le temps d’apprendre que Robert McGonagall était arrivé à la gare de Pré-au-Lard ce matin où Hagrid l’attendait de pied ferme. Son train avait eu du retard et il n’avait rejoint Poudlard que maintenant.

- J’espère que le professeur Lake n’est pas aussi terrible que mon inflexible sœur ! Je suis bon pour la retenue ! Figure-toi que j’avais rendez-vous avec elle hier au soir. Mais je n’aurais pas dû me fier aux horaires des trains. Il y a eu des complications, sur la ligne et le Poudlard Express a dû faire un long arrêt de plusieurs heures. Il paraît que la sorcière au chariot de friandises s’est retrouvée sur le toit du train ! Et elle ne voulait pas en descendre !  Imagine-toi un peu le bazar que cela a été pour tout remettre en ordre ! Enfin, je n’ai pas vu grand-chose, j’ai dormi confortablement, tu me diras !

Albus étouffa un rire. Ce vieux sorcier lui plaisait. Jamais il n’aurait cru que McGonagall, si sévère, avait un frère aussi ...cool. Il stoppa net et frappa à la lourde porte en bois. Un instant, il crut que personne ne l’avait entendu mais bientôt, un « Entrez ! » impérieux se fit entendre. Albus posa la main sur la poignée qui grinça en basculant. La porte s’ouvrit.

Les élèves levèrent la tête de leurs chaudrons à la vue de leur camarade. Certains commencèrent à ricaner. Face à eux, Melinda Lake se tenait très droite dans une robe sombre, ses cheveux ramassés en un chignon qui la vieillissait.

- Oui ? Oh, Albus… fit-elle. Silence, vous autres ! ordonna-t’elle.

- Bonjour professeur, je … enfin, Mr . McGonagall vous cherchait, je …

Il avait conscience de sa propre maladresse. Il fit un geste en direction de l’étranger qui prit la parole et vint à son secours une nouvelle fois :

- Le jeune Albus a eu la gentillesse de m’indiquer votre salle, Melinda. Mon train a eu énormément de retard et je ne savais plus où vous trouver. Pardonnez-moi, vraiment.

Melinda Lake haussa les sourcils mais devant les excuses sincères de l’homme, elle se radoucit.

- Ro…Mr. McGonagall, je vais devoir vous faire attendre, je suis en cours !

Les élèves jetaient des coups d’œil curieux en direction du nouveau venu. Le nom de McGonagall avait éveillé leur curiosité et les murmures reprirent.Sans en tenir compte, Melinda se dirigea vers son visiteur et lui serra la main. Puis, avisant Albus, qui n’avait pas bougé, elle dit :

- Pourquoi n’es-tu pas encore à ta place ? Sans compter que tu arrives bien tard…

Mais le frère de Minerva la coupa :

- C’est en grande partie de ma faute, Melinda. Ce jeune homme se hâtait vers votre cours quand je l’ai intercepté. Ne lui en veuillez pas ou alors, punissez-moi avec lui, ajouta-t’il un brin moqueur.

Faisant un effort pour ne laisser paraître aucune émotion, Melinda soupira légèrement :

- Et bien, puisque nous en sommes là, peut-être peux-tu te rentre utile en accompagnant Mr.McGonagall à mon bureau, celui de Minerva, bien sûr ! ajouta-t’elle devant l’air interdit du garçon. Elle se pencha un peu vers son élève et lui glissa à l’oreille :

- Pour la gargouille, le mot de passe est : chat-huant ! Tu tiendras compagnie à notre hôte jusqu’à ce que j’ai fini ici, ce sera ta punition ! Et essaie d’être à l’heure à mon prochain cours, jeune homme !

Albus se sentit soulagé ; il échappait à un cours de Potions, une matière dans laquelle il était minable, et il n’avait pas écopé d’une retenue, pour une fois. Finalement, la journée s’annonçait meilleure qu’il ne l’aurait pensée.

Il chercha des yeux son ami Scorpius qui, à demi caché derrière son chaudron, lui lançait des encouragements , les pouces largement levés. Albus esquissa un sourire. Cela faisait longtemps qu’un jour à Poudlard lui semblait presque agréable. Il attendit que les adultes se saluent pour montrer le chemin.

- Par ici, monsieur McGonagall, fit-il en sortant de la salle.

- Appelle-moi Rob, jeune Albus. McGonagall, c’est ici le nom de ma sœur. Je n’ai pas pour vocation d’être aussi illustre qu’elle. Je ne suis que Rob…

Surpris, Albus approuva intérieurement. Il savait l’effet que cela faisait de vivre dans l’ombre d’un parent célèbre. Non, ça n’était pas drôle. Albus commença à éprouver de la sympathie pour ce vieux sorcier atypique. Il redoubla d’efforts pour lui faire la conversation et bientôt, tous deux parlaient comme de vieux amis, installés dans le bureau des directeurs de Poudlard.

A suivre 


(illustrations )



07/10/2018
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