NapalYsaLeya

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Une année mouvementée - chap. 9 : Des troubles à prévoir

 

 

 

 

La forêt de Dean – Ouest de l’Angleterre

 

Les feuilles bruissaient et le son se répercutait le long du petit sentier qui menait au ruisseau. Partout, le silence devenait celui de la nature, ignorant le tintamarre des villes, mais plus lourd de présences anciennes : les arbres, les pierres et les roches. Même la mousse paraissait antique, dans la forêt de Dean.

Pourtant, des pas foulant la terre vinrent peu à peu envahir le sous-bois de leurs frottements. Ce n’étaient pas de lourds pas d’hommes, non, on entendait de légères foulées, alors que les fougères entrecroisées se voyaient repoussées de chaque côté du chemin.

Bientôt, le son se fit plus ample, comme si de nombreux pas se multipliaient.

 

 

Et, en effet, les unes après les autres, débouchant de la piste en terre, de petites créatures apparurent. Elles cheminaient en file indienne, de manière furtive, jetant des coups d’oeil peu rassurés de leurs gros yeux quasiment ronds. Leurs longues oreilles, semblables à celles des chauve-souris, tirant sur le marron et le vert, étaient déployées de chaque côté de leurs têtes.

 

Un par un, les elfes de maison se pressaient, tenant à la main, qui une lanterne, qui un sac de provisions, qui une fourchette. Ils étaient vêtus d’habits dépareillés : chaussettes qui paraissaient avoir été tricotées à la main par quelque couturière malhabile, chapeaux informes, pulls troués aux mites, anciens tabliers de cuisine.

Pourtant, malgré l’étrangeté de l’endroit, ils continuaient d’avancer, résolus, déterminés, presque intrépides. Au centre du sous-bois, une cabane sommaire avait été élevée. Un elfe de maison attendait là, sur le seuil, les poings sur les hanches, l’air d’un chef de tribu, coiffé d’un vieux bicorne. Il finit par perdre patience et héla la troupe qui s’avançait dans la clairière :

- Allons, allons, n’ayez pas peur, vous êtes arrivés jusqu’ici, le plus dur est fait ! Venez, avancez-vous !

Alors, une à une, les créatures sortirent à découvert. 
Certains tentaient de paraître plus courageux qu’ils ne sentaient intérieurement. D’autres se serraient derrière un compagnon, les oreilles baissées. Finalement, ils furent au complet, une bonne vingtaines d’elfes, jeunes et moins jeunes, gris, verdâtres, marron, brun/rouille.

-Amis, amies ! Lança d’une voix aigre le meneur au bicorne. Elfes et elfes ! Vous avez fait le bon choix ! Vous êtes au bon endroit !

Il y eut quelques murmures, un ou deux « ouais, ouais ».

- Je vois cependant que vous hésitez encore ! reprit le chef.  Et pourtant, je vous le dis, amis et amies : il est temps, pour nous les elfes, de faire valoir nos droits ! Oui, nos droits !

La petite troupe commença à se mobiliser. On lançait des poings en l’air, on brandissait des couverts.

- Nous n’avons pas à attendre la clémence des sorciers ou leur pitié ! La ministre de la Magie a fait un geste vers nous : elle a proclamé des lois en notre faveur ! Ah ah, cette blague ! Fit-il soudainement. Paroles de sorciers ! Nous voyons pourtant que nos liens de servitude sont toujours activés, que la vieille Magie qui nous liait aux familles de sorciers, est toujours présente ! On nous dit que nous pouvons trouver du travail mais quand nous en cherchons, que trouvons-nous, amis ? Des boulots de larbins !

Cette fois, les paroles firent leur effet et des cris s’élevèrent.

- Parfaitement ! Nous restons encore des serviteurs, de pâles copies des domestiques des Moldus ! Cuisine, ménage, nettoyage, valets, voilà ce que nous faisons ! Oui, je vous le dis, amis elfes : nous sommes encore et toujours des esclaves ! Esclaves des sorciers !

Un brouhaha de protestations se fit entendre. Les gestes devinrent vindicatifs. Le chef au bicorne semblait ravi :

- Cela doit cesser, amis et amies ! Nous sommes en possession d’une Magie puissante et on nous la refuse ! Nous qui n’avons pas besoin de baguettes ! Alors, je dis :  à bas ! Oui, à bas les porteurs de baguette ! A bas les sorciers !

 

«  Non aux porteurs de baguettes ! » reprirent les elfes en choeur. La petite bande s'agitait. La graine de la révolte était semée. 
Le chef au bicorne affichait un air satisfait, tel un général qui motive ses troupes avant le combat. Il portait le nom de Nabry, une invention de son crû puisque les sorciers chez qui il avait grandi l’avait affublé du nom ridicule de « napkin » (serviette de table). Lorsque le jeune elfe s’était défait de ses chaînes, il avait choisi lui-même son nom, en hommage à un grand général de l’armée française qui avait fait rager le peuple moldu anglais, Napoléon Bonaparte. Il aimait cette provocation et se réjouissait de la mine déconfite de certains quand il expliquait la raison de son choix. Né dans la servitude, il avait dû subir les humiliations auxquelles étaient confrontés les elfes de maison parmi certaines familles de sorciers de Sang-Pur, particulièrement ceux qui soutenaient la montée du Mage Noir, Voldemort. Enfin,  après la bataille de Poudlard, la famille à laquelle il était liée avait fui loin à l’étranger, préférant laisser derrière elle ses serviteurs. 
Nabry avait rapidement pris l’initiative et  entraîné avec lui les autres elfes. Au fil des années, ceux-ci l’avaient quitté, préférant vivre dans le confort et travailler au château de Poudlard.

Nabry l’avait mal accepté et avait entamé alors un long voyage ; il avait côtoyé les mouvements rebelles des gobelins, avait appris des tours auprès des ogresses. Il était revenu sur le  territoire anglais, des idées de révolte et des plans pour unifier les créatures magiques contre les sorciers plein la tête.

Et aujourd’hui, son plan était en marche ; il avait réussi à convaincre plusieurs elfes de Poudlard de se joindre à lui. Ceux-ci revendiquaient en ce moment-même, les poings levés au milieu d’une clairière. Bientôt, ils en feraient de même devant les sorciers. Nabry comptait emmener son groupe au Ministère de la Magie, et dans d’autres lieux emblématiques du pouvoir sorcier : Ste Mangouste, le Chemin de Traverse, et bien sûr, Poudlard !

 

Mais les elfes ne seraient pas seuls. Plusieurs troupe de gobelins se joindraient à eux. Car Nabry avait réussi quasiment l’impossible :  il avait passé un marché avec Godrok, le chef des gobelins rebelles. Pour la première fois, des elfes et des gobelins uniraient leurs forces pour revendiquer, voire même, saboter le monde sorcier. Et pour ce faire, Nabry avait une idée bien précise en tête…. Cela se passerait à l’école de Poudlard où les sales morveux de ces orgueilleux sorciers apprenaient à faire leurs tours de magie ridicules.

Nabry se frotta les mains en contemplant ses camarades qui hurlaient fort dans la forêt.

« Bientôt, mes amis, bientôt…. »
Il lui restait un allié de choc à convier et la rébellion serait en marche. Les sorciers ne se doutaient pas à qui ils allaient avoir à faire. Douce vengeance, ô douce revanche ….

Tandis que Nabry se délectait de ce prochain retournement de situation, il ne remarqua pas un léger flottement, comme une distorsion d’air, au bord de la clairière. Un intrus s’était habilement camouflé et avait assisté à toute la scène.

 


 

 

 

 ***

Poudlard

Quand Melinda entra dans ce qu’elle considérait encore comme le bureau de Dumbledore, elle eut la surprise de trouver Robert McGonagall Jr et Albus Severus Potter en grande conversation. A les voir ainsi, on aurait dit qu’ils se connaissaient depuis des années. Le vieux sorcier fut le premier à la remarquer. Il intima le silence au jeune élève. Albus se raidit aussitôt, assis comme un piquet sur sa chaise. Melinda réprima un sourire. Elle connaissait cet effet...

Les tableaux des directeurs et des directrices étaient terriblement calmes ; certains dormaient dans leurs cadres, d’autres avaient été très attentifs à tout ce qui s’était dit. Le bureau avait changé depuis que Minerva McGonagall l’occupait à plein temps. Les délicats instruments qui cliquetaient lorsque Dumbledore était directeur avait disparu. Melinda sourit à nouveau. Elle n’avait jamais su à quoi tout ce fatras servait. Elle fit le tour de la table et alla s’installer dans la grande chaise, « le trône de Dumbledore » comme elle l’appelait en secret. Elle-même avait été convoquée dans cette pièce quand elle était encore élève à Poudlard. Elle s’était trouvée sur la chaise qu’occupait le jeune Albus en ce moment-même.Et elle n'y avait pas été à l'aise...
Elle s’éclaircit la voix et dit :

- Albus Potter, tu peux aller retrouver tes camarades, je crois que le professeur Longdubat t’attend dans les serres. Cette fois, tu ne seras pas en retard…

Sans noter le ton amusé de son professeur, Albus se leva précipitamment et salua les adultes présents. Mais, avant qu'il sorte, Robert McGonagall lui tendit une main amicale qu’il serra.

- Et envoie-moi un hibou si tu as besoin, mon garçon, n’hésite pas ! Tu peux compter sur un vieux sorcier excentrique pour prendre le temps de te répondre !

- D’accord, ...heu...monsieur, fit Albus avant de se retirer.

Melinda croisa les mains sur la table. Elle interrogea du regard le tableau de Severus Rogue qui lui faisait face, sur le mur. Celui-ci hocha la tête doucement. Melinda se sentit aussitôt rassurée. Il y a avait toujours entre eux cette sorte d’onde magique, ce lien étrange et éternel qui perdurait par-delà la mort. Après avoir constitué un chagrin poignant pour Melinda, cette connexion lui apparaissait comme un réconfort, à présent. Et, lorsqu’elle doutait ou avait des bleus à l’âme, elle prenait parfois le temps de s’entretenir avec le tableau. Elle se reprit et se tourna résolument vers Robert McGonagall :

- Et bien Robert, vous vous êtes fait un ami ? Le jeune Potter ? demanda-t’elle sur le ton de la conversation usuelle.

Le frère de Minerva garda une attitude chaleureuse mais ne manqua pas de la reprendre :

- Rob, s’il vous plaît, Madame la directrice, ajouta-t’il en français.

Son sourire était empli d’une malice amusée. Melinda plissa les yeux. Décidément, elle avait besoin de lunettes.

- Touchée ! avoua-t’elle. J’ai passé de nombreuses années outre-Manche, en effet. - elle eut une pensée fugitive pour Abby mais la chassa pour mieux se concentrer sur son interlocuteur - Pour vous, Rob, ce sera Melinda. Je suis directrice par intérim, en quelque sorte. Sans l’état de santé préoccupant de votre sœur, je ne serais pas ici. Minerva a expressément insisté pour que je la remplace et …

Rob leva les mains :

- Ne vous justifiez pas, Melinda ! Je suis certain que ma sœur a fait le bon choix ! Même si, comme vous en doutez, je suis peu au fait de ses récentes décisions…

Melinda redevint sérieuse et fit, platement :

- On vous croyait mort.

Le sorcier hocha la tête, la figure plus sombre aussi :

- Effectivement. Je dois dire que c’est un peu brutal, d’être de retour de cette façon. Minerva m’en veut beaucoup.

Il y eut un silence ponctué par les ronflements venant des tableaux. Certains personnages dormaient profondément.

- J’imagine que c’était la cause de votre...chamaillerie de l’autre jour ?

- En effet. Ma sœur n’a pas apprécié ce retour inopiné. Toutes ces années en m’ayant cru mort, toutes ces années perdues…

Son visage prit un air de profonde tristesse. Ses traits se durcirent. Melinda voyait la douleur envahir le sorcier. Elle pouvait presque sentir ses émotions, sa peine, sa souffrance, la honte d’avoir causé tant de peines, tant de soucis. Et pourtant, quelque chose, profondément enfoui en lui, lui restait caché, verrouillé, hors de sa portée. Elle tâcha de respirer longuement, de se reprendre. Mais elle ne pouvait ignorer cette part qui demeurait inexplicable. Qui était-il ? Le vrai Rob McGonagall ? Un imposteur ? Sa mémoire avait-elle été altérée ?

Prise dans ses réflexions, elle entendit à peine le sorcier lui demander :

- Vous doutez encore de ma sincérité, Melinda ?

- Excusez-moi. Mais vous êtes un vrai mystère.
Et elle le fixa avec insistance. Elle avait envie de lui faire confiance mais pourtant, quelque chose clochait:  il ne pouvait pas être Rob McGonagall. Cet homme, en face d’elle, paraissait beaucoup plus jeune. Avait-il usé d’une potion, d’un sort pour afficher un physique plus jeune ? Elle continua à le dévisager. Ce n’était ni correct, ni poli, ni respecteux mais elle voulait en avoir le coeur net.

- Je vous intrigue, pire, je vous inquiète, fit Rob, quasi désinvolte.

- Et ça vous semble amusant ? répliqua-t’elle, le ton sec. Je pourrais demander une enquête au ministère de la Magie, vous savez !

Rob ferma les yeux un instant. Il se rapprocha de la table.

- Melinda, je comprends votre trouble. Tout en moi crie l’imposture. Et pourtant, je suis bien Robert McGonagall Jr. Le frère de Minerva et de Malcolm. Disparu et déclaré mort durant la première guerre contre Voldemort, il y a de cela plus de quarante ans. Je suis né le 3 septembre 1945, je suis le plus jeune de la fratrie McGonagall.

- Toutes ces informations, vous pourriez les avoir trouvées n’importe où, objecta Melinda qui le scrutait depuis le fond de son profond fauteuil.

Robert acquiesça :

- Bien sûr. Et l’histoire que je voudrais vous conter  vous fera douter encore plus de mon identité….et de ma santé mentale.

Melinda fronça les sourcils. Tout cela ne lui disait rien qui vaille. Il pouvait être un habile menteur, habitué à tirer les ficelles de la manipulation. Mais elle savait qu’elle pouvait percer à jour sa vraie nature. Après tout, ses dons en Légilimancie ne l’avaient jamais desservie.

- Je sais, vous êtes une Legilimens, Melinda. Et une puissante. Vous saurez si je vous raconte des mensonges. Aussi, je vous le demande : pourquoi pensez-vous que je perdrais mon temps à vous tisser des bobards dès maintenant ? En sachant que vous saurez me percer à jour en un claquement de doigts ? 

A ces mots, elle tiqua :

- Vous me semblez bien sûr de vous, malgré tout...

- Et pourtant, je peux vous certifier que tout est vrai. Je n’étais pas mort. J’étais ailleurs. Un ailleurs dont je ne pouvais revenir. Un ailleurs dans lequel je me suis perdu. Et où j’ai croisé une amie à vous, je vous l’ai dit l’autre jour.

Melinda se mordit la lèvre. Voilà qu’il recommençait avec cette histoire ! Comment aurait-il connu Abby ? Et où ?

- Abby. Abigail Dittany était au même endroit que moi.

Melinda se leva brutalement :

- Et c’est reparti ! Vous vous servez du nom de mon amie pour cautionner vos histoires à dormir debout !

- Je sais que cela paraît complètement inepte. Je ne peux pas être plus clair. Je vous parle d’un monde alternatif, où le temps s’écoule autrement, où la géographie n’a rien à voir avec la nôtre.

La jeune directrice se retint à la table :

- Que racontez-vous  à la fin ? Quel monde ? 

Rob se leva doucement et fit un geste apaisant :

- Je vous promets que je vous dis la vérité. Je me suis égaré dans l'espace et dans le temps. Je m'y suis retrouvé coincé. C’était un endroit hors du temps. Hors de notre espace.

- Et vous y avez vu Abby ?

D’une voix douce, Rob ajouta :

- Je me suis enfui de là-bas avec elle. Nous ne pouvions plus rester. Nous n'étions pas libres.

Brutalement, Melinda se rassit sans grâce, se laissant aller de tout son poids dans le grand fauteuil. L’émotion la terrassait. Elle plaqua ses deux mains sur ses yeux qui menaçaient de déborder de larmes.

«  Respire, respire » se dit-elle intérieurement. « Reprends-toi ».

Elle entendait, comme loin d’elle, les tableaux qui s’agitaient et murmuraient. Puis le tintement d’une carafe contre un verre. Enfin, elle sentit une présence près d’elle :

- Melinda, buvez une gorgée, vous êtes très pâle, fit la voix mélodieuse de Rob.

Elle ouvrit les yeux et le vit penché sur elle, amical, attentionné. Ses yeux d’un brun noisette clair la regardaient avec compassion. Il était droit, honnête. Elle le percevait, dans toute son humanité, sa gentillesse, sa sympathie. Oui, il lui disait la vérité. Il connaissait Abby. Il était fait du même bois que son amie guérisseuse. Alors elle sentit son rythme cardiaque ralentir ; le calme revint en elle.

- Merci, fit-elle en tendant la main pour saisir le verre d’eau. Elle but. Merci, ça va mieux. Elle fit une pause puis : - Je vous crois Rob McGonagall. Mais j’aimerais enfin entendre votre histoire en entier.

Les tableaux continuaient à commenter ce qu’ils venaient d’entendre mais Melinda n’en avait cure. Elle allait savoir. Savoir ce qui était arrivé à Abby.

 

Alors Rob se prépara à parler...

 

 

 

A Suivre 

 

 

Note : Encore la forêt de Dean ! Il faut dire que le décor s'y prête bien... Et elle ne sert pas seulement de décor à Harry Potter, mais c'est aussi la forêt utilisée pour Star Wars 7 (Le Réveil de la Force). 

 



25/10/2018
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