NapalYsaLeya

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Une année mouvementée - chap.16 : Les deux amies

 

 

Auberge des Trois Balais – Pré-au-Lard

 

 

Les Majs ! Encore eux ! Abby continuait de frémir malgré elle après la conversation avec Melinda et Minerva. Les évoquer avait fait ressurgir en elle les moments passés parmi eux… Quand elle les avait rejoints, elle avait cru trouver un havre de paix, un refuge où elle pourrait retrouver sa magie et la développer, un monde dans lequel elle se sentirait plus en phase, contrairement au monde sorcier où elle avait toujours eu l’impression de ne pas trouver sa place.

Elle était trop moldue pour les uns, trop sorcière pour les autres ; elle était bizarre. Du moins était-ce qu’Abby avait toujours ressenti…

Emeldrin avait su alors trouvé les mots justes, les paroles douces et l’avait touchée au fond de l’âme ; elle avait répondu à son appel et l’avait suivi, laissant derrière elle John et sa famille, ses amis. Elle ne voulait plus y penser, repenser à la peine qu’elle avait éprouvée avec la mort de Sirius – cette souffrance qui ne l’avait jamais quittée.

Mais l’idéal des Majs n’était pas le sien. Elle ne s’en était pas rendu compte tout de suite ; elle avait intégré leur communauté, se pliant à des règles qui lui avaient paru étranges mais qu’elle ne voulait pas condamner sans au moins avoir essayé de s’adapter. Abby avait accepté de loger dans une cabane sans confort, revêtue d’une tunique sobre, sans même de chaussures à ses pieds. Levée dès l’aube, elle avait participé aux tâches que tous semblaient effectuer : le travail manuel était encouragé pour s’intégrer à la communauté et permettre de laisser l’esprit libre, ouvert à une autre forme de magie.

Au bout de quelques semaines de ce traitement, elle était aussi fourbue que les autres, les mains couvertes d’ampoules, les pieds en sang, le dos usé par le port de lourdes charges. Elle voyait d’autres apprentis Majs autour d’elle souffrir autant qu’elle. Aucun ne paraissait développer de dons magiques particuliers…

Pourtant, elle avait persévéré … Puis, aux privations s’étaient ajoutés de nouvelles épreuves : Emeldrin avait abusé d’elle, tout en lui faisant croire qu’elle était en demande . Il l’avait trahie, croyant la soumettre à ses désirs et sa volonté. Alors, Abby avait cherché à partir : elle comprit à ce moment, quand elle tenta de quitter ce refuge qui n’en était pas un qu’elle était prise au piège. Le monde des Majs se trouvait hors du temps, hors de toute carte connue, sorcière ou moldue. Abby avait tenté de franchir les limites de ce monde mais, à chaque fois, elle s’était retrouvée à son point de départ.

Punie pour ses tentatives, elle avait subi de mauvais traitements ; des coups mais surtout des tortures psychologiques. Oh oui, les Majs étaient forts en magie ! Ils usaient de leurs pouvoirs pour soumettre les autres, pour leur nuire, pour les manipuler à leur guise.

Alors qu’elle était emprisonnée après une énième tentative d’évasion, elle s’était retrouvée avec un autre rebelle : Rob McGonagall.

 

C’est en se remémorant certaines de ses heures comptant parmi les plus éprouvantes de sa vie qu’Abigail décida de se confier entièrement à son amie Melinda. Celle-ci devait savoir l’étendue du pouvoir des Majs. Abby revenait de son entrevue avec son cousin Rufus. Encore troublée par ce que celui-ci lui avait laissé entendre, elle s’apprêtait à rejoindre Melinda aux Trois Balais où Abby avait élu domicile.Les deux femmes se retrouvaient enfin seules en tête-à-tête.
Et, sans attendre, Abby ouvrit enfin son coeur.

Cela lui prit des heures et des larmes, tant l’émotion qu’elle partageait avec son amie retrouvée était intense. Elle savait très bien que Melinda aurait pu deviner une grande partie de ses émotions si la jeune directrice avait parjuré son serment de ne pas user de Legilimancie sur ses proches. Abby lui en fut d’autant plus reconnaissante : Mel avait évolué, elle avait appris à garder ses distances, à utiliser son don avec parcimonie et à tempérer son caractère parfois explosif. Les deux amies parlèrent aussi des années pendant lesquelles elles avaient vécu séparément. Melinda décrivit à Abby sa vie avec Rufus, Rafael qui grandissait, ses années d’enseignement à Poudlard et aussi le départ d’Eileen, les malentendus nés des non-dits entre sa fille et elle. Elle se livra sans fard, sans artifice, aussi honnête qu’Abby avait pu se montrer en relatant sa vie chez les Majs. Elles rirent, s’offusquèrent, s’étreignirent, pleurèrent ensemble, comme elles l’avaient toujours fait avant le départ d’Abigail.

Je ne pensais pas partir aussi longtemps, Mel, tu le sais, avoua Abby en séchant des larmes d’émotion. Je ne voulais pas vous laisser sans nouvelles, vous tous. Je pensais même que Nemesia pourrait communiquer avec moi. Et ma tante le pensait aussi, à tort. Mais, là où vivent les Majs, le temps ne s’écoule pas de la même façon que dans notre monde…

Là ...ou « quand » ? fit remarquer Melinda, avec justesse.

Tu marques un point ! Je ne saurais pas expliquer ce phénomène mais cet endroit, où ils vivent, paraissait se situer en dehors de toute carte connue

Un lieu incartable ? Demanda Melinda en levant les sourcils.

Pas comme nous l’entendons chez nous, les sorciers. Ils ont employé une autre façon de faire pour cacher leur refuge.

Pratique, comme ça, ils peuvent faire leurs saletés à leur guise ! Dit durement Melinda.

Abby acquiesça. Elle avait encore du mal à ne pas éprouver de culpabilité quand elle parlait des Majs ; elle les avait rejoint de son plein gré, elle avait suivi Emeldrin en croyant avoir à faire à des adeptes de l’Ancienne Magie, comme celle que pratiquait sa mère – et parfois aussi sa tante, Nemesia. Elle avait eu la naïveté de les croire. Et elle s’était elle-même jetée dans son propre piège. Quand elle évoqua cet aspect des choses à Melinda, celle-ci s’écria :

Mais ils t’ont menti ! Dès le début, cet Emeldrin t’a piégée ! Tu n’es coupable en rien, Abby ! Tu es…

...une victime, acheva Abigail, en haussant les épaules. Et je déteste ça ! J’ai toujours détesté cette idée ! J’ai perdu quinze ans de ma vie à cause de ma crédulité…

Elle semblait à nouveau au bord des larmes. Melinda lui passa un bras autour des épaules et l’attira à elle :

Ne dis pas ça ! Tu n’y es pour rien, tu entends ! Et puis, qui peut dire que tu as « perdu des années » ? Tu as vécu, Abby, tu les as vécues, ces années !

Seulement, pour moi, elles ont paru durer deux ans. Seulement deux ans.

Le ton d’Abby était empli d’une immense tristesse quand elle prononça ses paroles. Melinda ressentit un long frisson, comme si une étincelle s’était à jamais éteinte dans les yeux de son amie. Elle ne put s’empêcher un mouvement de révolte :

Mais tu es là ! Tu es bien vivante ! Et je suis sûre que tu as de longues années à vivre encore parmi nous, ma chérie ! Regarde Minerva, elle va devenir centenaire à ce rythme et , à part sa récente attaque, elle va bien ! Son esprit fonctionne à merveille !

Melinda se sentait plus émue qu’elle ne l’aurait voulu. Elle sentit la main d’Abby la serrer un peu plus. Elle continua, comme enfiévrée : – Oui, Abby, nous avons tant de choses à vivre, tant de choses encore ! Vivre, aimer, apprendre, profiter de chaque instant, vivre parmi ceux que nous aimons…

Et nous battre, ajouta d’une voix douce Abigail. Tu as raison, Mel. La vie est là. Et je suis prête à me battre pour défendre ceux que j’aime, mon monde, mes idées. Je suis prête à même affronter les Majs.

Les yeux d’émeraude de Melinda scintillèrent. Elle regarda son amie, franchement :

Je ne doute pas de toi, Abby . Et ensemble, nous formons une formidable équipe !

Nous aurons besoin des autres, aussi. Rob est resté encore plus longtemps parmi les Majs. Il les connaît bien. Il sait hélas à quel point ceux-ci sont cruels.

Melinda, intriguée, demanda :

Que s’est-il passé, Abby ? J’ai des doutes au sujet de la loyauté de Rob. Il dissimule trop de choses. Si nous devons faire équipe, je dois… et bien être sûre !

Abigail soupira mais n’hésita qu’un instant avant se décider à parler :

Je vais te dire ce que je sais. Rob a été « capturé » pendant la première guerre contre Voldemort. Il est littéralement tombé dans une de leurs failles, un de ces passages qui permettent d’accéder à leur univers. Il fuyait les Mange-morts, tu sais, il allait être tué.

Tout le monde, Minerva la première, pensait qu’il avait été assassiné par eux…

Oui, et c’était logique d’en arriver à cette conclusion. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. Il a été happé par l’un des passages créés par les Majs pour atteindre notre monde, notre temps. Il est resté là, en stase, ni mort, ni vivant, comme plongé dans un coma pendant plusieurs années .

Melinda se frappa le front de la paume de la main puis se leva brusquement :

Voilà pourquoi il a si peu vieilli ! Il devait avoir la trentaine quand il est tombé entre leurs mains ! Et il paraît être âgé d'à peine cinquante ans aujourd'hui.  Je comprends maintenant même si tout ça paraît fou !

Abby hocha la tête, toujours assise sur le petit sofa tandis que Melinda parcourait la pièce de long en large :

–   C’est une sorte de magie que nous ne connaissons pas ou dont nous n’usons plus.

Minerva avait l’air de penser que les fondateurs de Poudlard savaient l’utiliser

Oui, certains pensent que les quatre fondateurs ne sont pas morts, qu’ils vivent dans une dimension hors du temps. J’ignore ce qui est vrai ou qui est lié à un fantasme collectif de sorciers !

C’est vrai que tout cela a l’air très étrange. Mais qu’est-il arrivé à Rob, ensuite ?

Les Majs l’ont tiré de sa transe. Ils ont profité de sa mémoire défaillante pour le garder près d’eux. Ils en ont fait un… Abby s’interrompit, émue : Un reproducteur. Les femmes Majs l’utilisaient pour tomber enceintes car elles n’avaient pas assez de partenaires, là-bas.

Melinda ouvrit de grands yeux. Elle stoppa net ses allers et retours et s’écria :

Mais...mais lui ? qu’en pensait-il ?

Il était totalement désorienté, perdu. Il a accepté l’apparente « affection » de ces femmes, sans savoir quel rôle il remplisaait. Quand il a commencé à recouvrer ses esprits, sa personnalité et ses souvenirs, il était trop tard. Il était le géniteur de quatre ou cinq enfants.

Par Merlin, c’est abject ! Et ces enfants, ils sont « là-bas » ?

Hélas, oui. Les femmes Majs n’ont jamais permis à leurs rejetons de connaître l’identité de leur père. Ils sont élevés comme des Majs . Le pire, c’est que Rob les voyait. Il a été détenu un certain temps quand il a voulu s’enfuir à son tour. Il était prisonnier mais, de la fenêtre de sa cellule, il a vu des enfants qui lui ressemblaient. Ses enfants.

Ces dernières paroles atteignirent Melinda en plein coeur. Elle ne pouvait imaginer la peine, la souffrance ressentie par un parent obligé de vivre cela .

C’est...c’est…

Immonde. Quand j’ai rencontré Rob, nous étions emprisonnés tous les deux. Il s’est confié à moi. Quand les Majs ont décidé que je pouvais sortir et vaquer à mes occupations, j’ai approché les enfants. Peu à peu, j’ai fait l’intermédiaire entre Rob et eux. Je n’ai réussi à toucher, à convaincre que deux d’entre eux : une fillette, Missy, et unpetit garçon, Hugh. Je suis dévastée de n’avoir pu les emmener avec nous, quand nous avons pu quitter le monde des Majs, avec Rob. Tu sais, Mel, tu me demandais ce qui clochait chez lui. Je crois que c’est un homme brisé : il a le coeur en morceaux.

Et ce que je ne peux lire en lui vient des années de transe...Tu crois ?

Abby réfléchit avant de faire :

Je le crois. J’ai confiance en Rob McGonagall. Vraiment.

Melinda pivota sur ses talons. Elle devait prendre une décision.

Rob est parti s’entretenir avec ma bourrique de grand-mère, Elvina.

Il va très bien s’en sortir, tu vas voir.

Dès son retour, je vais lui parler… seule à seul, à coeur ouvert. Oh, Abby !

Elle sentait en elle cette réticence à totalement se confier à son amie.

Quoi ? Qu’y a t’il, Mel ?

Melinda acquiesça :

Je ne sais plus quoi penser… Et tu ne m’as pas raconté ce que Rufus t’a dit, s’il t’a confié quelque chose, bien sûr !

Avec un geste doux, Abby attrapa le bras de Melinda :

J’allais y venir, Melly. Mais assieds-toi, tu vas me donner le vertige à aller et venir dans la pièce, comme ça !

Melinda prit un air confus, comme celui qu’arborait ses élèves quand elle les convoquait dans son bureau. Abigail sourit.

D’accord, mais je vais commander une autre tournée de Bièraubeurre à Mme. Rosmerta avant tout ! Tu en veux ?

Hum...du thé suffira !

Tout en ouvrant la porte de la chambre, Melinda songea qu’elle allait avoir du pain sur la planche dès le lendemain, à Poudlard. Les élèves des délégations étrangères étaient annoncés dans la matinée à Poudlard. Elle avait laissé les professeurs Flitwick et Chourave s’occuper de l’organisation mais elle devrait être présente, fraîche et dispose, si possible. En dévalant les marches jusqu’à la salle du pub, la jeune directrice se moqua d’elle-même : fraîche, elle n’en prenait pas le chemin si elle accumulait les pintes de Bièraubeurre à cette heure avancée de la soirée ! Mais elle ne se sentait pas le courage d’écouter ce qu’Abby avait à lui dire au sujet de son mari avec simplement un sandwich et une tasse de thé dans l’estomac. Aussi demanda-t’elle à Rosmerta, ravie et empressée, un pichet entier bière ainsi qu’une fournée de ses scones accompagnée de beurre et de confiture. Elle enchanta la théière et la fit voleter au-dessus d’elle tandis qu’elle se chargeait du plateau. Elle avait coupé court aux bavardages intempestifs de Rosmerta. La patronne du pub était sympathique mais elle avait tendance à ne pas savoir tenir sa langue.

Quand elle revint dans la chambre qu’occupait Abigail, elle trouva son amie plantée devant la fenêtre, contemplant la nuit étendue sur le village de Pré-au-Lard.

C’est toujours aussi joli, par ici . Vraiment, cette région me plaît toujours autant au bout de toutes ces années. Je crois que je ne m’en lasserais jamais…

Délicatement, Melinda posa son plateau chargé sur la table qui faisait face au sofa. Elle casa aussi les tasses et fit atterrir la théière sans renverser la moindre goutte.

Tu sais que tu es toujours la bienvenue, Abby. A Poudlard aussi. Tu peux y loger, si ça te dit… Ce ne sont pas les appartements qui manquent.

D’un geste lent, Abby repoussa ses cheveux en arrière. Elle se tourna vers son amie.

J’y réfléchis, tu sais. Mais je ne suis pas encore décidée… Bien sûr, ça serait plus pratique, avec les événements qui se profilent… Mais j’aime cet endroit, cette impression de me trouver à la lisière du monde moldu et du monde sorcier, avec la possibilité d’osciller entre les deux, sans contraintes. Elle leva les bras en s’étirant : – Oh, que la liberté m’a manquée !

Melinda sentit l’émotion revenir. Elle tâcha de la repousser en servant le thé :

Viens manger un morceau. Tu n’as rien pris depuis que tu es rentrée, Abby.

Un instant, Abigail hésita, attirée par la fenêtre et le paysage qui se dévoilait sous la lune pleine. Elle finit par tirer les rideaux tout en murmurant, songeuse :

Une pleine lune, une lune de loup-garou.

Le souvenir de Remus revint à elle, éclatant de vie. Elle dut faire un effort pour ne pas le laisser l’envahir. Finalement, elle s’assit près de Melinda.

Rufus… Et bien, ce que je peux te dire, c’est que mon cousin est devenu bien taciturne…

Comment ça ? Il m’a paru égal à lui-même, quand il est venu ici à Poudlard. C’est bien ce qui me tracasse, d’ailleurs. Il avait l’air enjoué, plutôt heureux, malgré les circonstances qui ne nous permettent pas de vivre ensemble, à la maison. A chaque fois que je lui parle, rien ne me paraît anormal . Mais que t’a-t’il dit ?

Justement, pas grand chose. Passée la joie de nos retrouvailles, il a été incroyablement discret sur sa vie, ses hobbies. J’ai eu du mal à l’interroger, je ne te cache pas que j’ai eu pas mal de scrupules à tenter de me renseigner. Mais, bon, Rufus est mon cousin et, moi aussi, je croyais bien le connaître… Comment te dire, Mel… Toi, tu es la même, en plus âgée et plus sage, bien sûr, ajouta-t’elle non sans malice. Et Melinda lui tira la langue en retour. Abby poursuivit :

Et Eileen est toujours la même. Plus ouverte et plus apaisée aussi. Tous les gens que je retrouve avec joie sont des versions plus âgées de celles que j’ai laissées derrière moi,mais je ne peux pas dire qu’ils ont radicalement changé. Sauf Rufus.

Melinda fronça les sourcils :

Je n’en ai pas l’impression, pourtant. Ou bien … est-ce vrai qu’il se cacherait de moi ?

En disant cela, elle sentit son coeur se serrer. Elle vivait avec Rufus, elle l’aimait, et pensait qu’elle le connaissait suffisamment pour noter un changement en lui. Ou bien avait-elle été aveugle, prise par ses responsabilités à Poudlard ? Abby nota la tristesse qui se peignait sur le visage de son amie, souvent imperturbable, pourtant.

Je ne peux te dire que ce que j’ai senti, Mel. Et puis, il a eu cette phrase, quand je lui ai brièvement parlé de la menace des Majs…

les mots de Rufus résonnaient encore de façon malaisante. Elle n’avait pas voulu y penser, gênée, troublée que l’écho d’une simple phrase puisse la déranger autant :

Quelle phrase, Abby ?

C’est peut-être moi qui l’interprète mal mais… Et bien, en évoquant les Majs, et la nécessité de les contrer, j’ai vu Rufus se détourner de moi, son visage devenir sérieux puis il a dit : « C’est peut-être un mal pour un bien, Abby. Nous, les sorciers, nous avons besoin de nous remettre en question depuis longtemps...Tu ne crois pas qu’il est temps? ».

Cette fois, Melinda sentit son coeur bondir sans sa poitrine. Non, elle n’était pas folle, il y avait là quelque chose. Qu’arrivait-il à son mari ? Quand ils se parlaient, il avait l'air calme et détendu. Et pourtant... Elle se leva subitement, sentant l’ait lui manquer.

Mel, calme-toi, ce n’est peut-être pas du tout ce qu’on pense !

Melinda volta sur elle-même, ses yeux verts brillants de rage et de larmes :

Et qu’est-ce donc, alors ? Rufus me ment ! C'est évident !  Dis-moi une bonne fois ce que tu en penses, Abby !

Sa voix résonnait des inflexions de commandement et, par réflexe, Abby éleva un mur mental . Elle sentait son amie proche de céder à la Légilimancie forcée.

J’en pense que Rufus a un contact parmi les Majs. Qu’il est influencé par eux. Par Emeldrin, sans doute . Il est très fort pour entrer dans le cerveau des gens, Emeldrin.  Il a bien faillir réussir son coup avec moi. Et il a maintenu Rob en son pouvoir durant des années…

Melinda s’essuya les yeux rageusement et jura à voix haute :

Oh, c’est que je pense aussi, Abby ! Rufus est en son pouvoir ! C’est ce que j’en conclus ! Mais ma Légilimancie ne sert à rien ! 

Emue par les tourments de son amie, Abigail se leva et vint vers elle. Plus petite d’une quinzaine de centimètres, elle se hissa sur la pointe des pieds pour effleurer la joue de son amie du dos de la main. Elle essuya les larmes qui avaient coulé :

Il faut en avoir la confirmation, ma chérie. Tu crois que ta grand-mère sait quelque chose ?

Faisant un effort sur elle-même pour se reprendre, Melinda avoua :

Je pense qu’elle ignore le fin mot de l’histoire. Mais il y a anguille sous roche..

Ou baleine sous gravillons, ajouta Abby en plissant les yeux . Tu disais toujours ça, quand nous habitions ensemble...

Les mots d’Abby firent revenir le sourire sur le visage de la jeune directrice de Poudlard.

Je suis si heureuse que tu sois là ! Abby, penses-tu que nous allons réussir à comprendre ce qui se passe ?

Nous allons en avoir le coeur net : Rob sera de retour dès demain.

Melinda soupira :

Demain, c’est un jour décisif ! Je dois accueillir les jeunes sorciers étrangers !

Abby hocha la tête :

Et tout ira bien  ! En attendant, nous ferions bien d’aller nous coucher… Ce n’est pas une bonne idée de boire de la Bièraubeurre toute la nuit pour avoir les idées claires !

Les deux amies se sourirent.

Je peux rester ici ? Je dormirai sur le sofa. Je n’ai pas la force d’aller jusqu’au château…

Melinda baillait à se décrocher la mâchoire. 

Bien sûr ! Nous nous lèverons tôt…

Et je tâcherais de recevoir Rob avant la cérémonie d’accueil. Oh, cette cérémonie … Quelle barbe, ce truc !

Allons, ça se passera bien tu verras.

Soudain, Melinda demanda :

As-tu parlé à John, quand nous avons vu Minerva ?

La petite femme se troubla. John avait partagé quelques mois de sa vie avant qu’elle ne rejoigne le monde des Majs. Elle savait qu’elle l’avait blessé en partant.

Un peu, fit-elle. C’était délicat… Il m’a juré qu’il ne m’en voulait pas, d’être partie. De l’avoir laissé. Mais j’ignore ce que je ressens à son sujet.

J’ignore ce que je ressens pour Rufus, depuis quelques jours.

Abby lui lança un coup d’oeil. Elle comprenait.

Les deux amies se turent, unies par la même pensée. Le silence retomba. Le soir emplissait la pièce. Lentement les ombres envahirent tous les coins. Les deux femmes demeuraient silencieuses. Mais chacune savait que même si le pire était encore à venir, elle était reliée à l’autre, connectée.
Elles ne seraient jamais seules.
Plus jamais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



17/04/2019
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