NapalYsaLeya

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Un conte de Severus: I - L'apprenti gourmet

 

 

 

 

1- Le sorcier gourmet

 

"We all want some figgy pudding, ... »
( We Wish You A Merry Christmas by Enya)

 

 

 

L’impasse du Tisseur était sombre en cette veillée de Noël. Jusqu’ici, il n’avait pas neigé mais le ciel se chargeait depuis plusieurs heures de lourds nuages d’un bleu marine tirant sur le gris anthracite. Il pleuvait à seaux sur Carbone-les-Mines.

Luttant contre les bourrasques soudaines, un homme avançait courbé en deux, tenant avec obstination un antique parapluie noir qui menaçait de se retourner à chaque pas.

La pluie avait déjà trempé ses habits sombres qui se plaquaient contre lui. L’homme grommela un juron et faillit précipiter l’objet du délit dans le caniveau qui s’était transformé en un furieux ruisseau.

- Par les tétons de Morgane, jura-t’il à voix haute. Il entendit alors un gloussement jailli de nulle part. Malgré le fracas incessant de l’averse, il l’avait bien perçu. Quelqu’un se moquait de lui dans les parages et ce quelqu’un était dissimulé !

D’un geste vif, il referma le pépin coupable et se dressa, silhouette maigre et sombre sous le rideau continu du déluge.

Rogue n’était pas un homme très grand, ni très beau. Sa peau revêtait des nuances d’un olivâtre un peu jaune sous les pommettes qu’il avait hautes et osseuses. Ses cheveux d’un noir de corbeau pendaient de chaque côté de son visage, dégoulinants de l’eau du ciel. Il plissa ses yeux foncés qui ressemblèrent alors à deux fentes telles des meurtrières dans la paroi d’un château-fort.

Il était seul dans la rue.

Seul avec les gouttes de pluie qui tombaient dru.

« Hominum revelio » lança-t’il par acquis de conscience.

Rien ni personne n’apparut.

Rogue haussa les épaules et s’élança sous l’averse, plié en deux, le pépin inutile à la main, brandi comme un trophée.

 

Une fois à l’intérieur de sa maison, Rogue souffla un bon coup. Il y avait longtemps qu’il n’avait couru ainsi ! Il se prit à songer qu’il devrait faire de l’exercice plus souvent.

Puis, après avoir allumé les chandelles de son hall d’entrée, il avisa son manteau et ses habits trempés.

Rapidement, il chercha sa baguette magique dans sa poche puis comme s’il effleurait ses vêtements, il usa d’un sort de séchage.

Bientôt, il eut l’air aussi sec que s’il n’était pas sorti cet après-midi là.

Il ôta pourtant ses souliers, enfilant de confortables pantoufles à l’insigne vert émeraude de Serpentard. Puis il songea qu’il serait bien agréable de mettre la bouilloire en marche car il était largement l’heure du thé passée.

Mais avant de se diriger vers la cuisine, il flanqua un coup de pied dans le parapluie qui gisait sur le tapis de l’entrée, comme une sorte de grand volatile noir et malhabile échoué;il s’en occuperait plus tard.

Rogue sortait rarement à pieds, à la façon moldue . Il préférait transplaner ou utiliser la Poudre de Cheminette. Pourtant, aujourd’hui, pour de multiples raisons qu’il avait peine à identifier, il était allé jusqu ‘au marché de Noël de Crassou-le-Neuf, la ville voisine, afin de se procurer de quoi faire un savoureux réveillon. Rogue était un bec fin, même si ses élèves l’ignoraient.

 

 

Passant par son salon-bibliothèque, il se rendit dans sa kitchenette. C’était un modèle qu’on aurait cru sortie d’un catalogue moldu des années 50 ou 60. Les appareils étaient rudimentaires. Le mobilier était en formica usé.

Sous la fenêtre qui donnait sur la cour de derrière, un évier carrelé était orné de deux robinets massifs qui couinaient de façon stridente quand on les maniait.

Snape était habitué. Il avait vécu depuis sa naissance dans cette maison . De fait, c’était celle de ses deux parents, Tobias Rogue et Eileen Prince, qui l’avaient achetée juste après leur mariage à la fin des années 1950.

Tobias, le père était un Moldu de la région. Chef d’équipe, il avait travaillé à la mine puis, à la suite d’un accident, il avait dû accepter un poste demoindre importance dans une usine des environs. Il gagnait peu d’argent et, même lorsque son salaire était conséquent, il en dépensait plus de la moitié dans le jeu ou la boisson. Eileen avait longtemps été une mère au foyer, sa seule joie étant d’élever le jeune Severus. Mais quand celui-ci était entré à Poudlard à la grande joie d’Eileen qui était une sorcière de Sang-Pur, elle avait cherché un travail à mi-temps, son époux ne supportant pas de savoir sa femme loin de la maison, travaillant pour des étrangers.

Cette affaire fut la source de nombreux conflits qui se rajoutèrent aux anciens nés la découverte par Tobias Rogue du statut particulier de son fils. Il avait enfanté un sorcier ! Pire : sa femme lui avait caché qu’elle était elle-même une sorcière. La proximité de cette engeance le révulsait ! Et dire qu’il avait été berné !

Tobias avait très mal accepté l’annonce de la grossesse de sa femme. Il se trouvait encore trop jeune pour être père – alors qu’il avait largement dépassé la trentaine et se dirigeait vers la quarantaine au moment de la naissance de Severus.

Quant à Eileen, elle avait été ravie de son bonheur un peu tardif. Isolée, loin de sa famille qui n’avait pas accepté sa mésalliance avec un Moldu, elle avait accueilli cette nouveauté avec une joie qu’elle ne connaissait pas. Eileen ne se savait pas capable d’éprouver une telle félicité. Depuis son plus jeune âge, elle avait été imperméable au bonheur. Enfant solitaire, adolescente revêche au physique souvent qualifié de « difficile », elle s’était réfugiée dans les études, qu’elle avait menées avec succès, et dans le jeu de Bavboules auquel elle excellait.

Après Poudlard, elle avait intégré une équipe de renommée internationale en compagnie du célèbre Kevin Hopwood qui avait participé à de nombreuses campagnes en faveur du jeu, sans succès.

Eileen avait pu voyager avec l’équipe d’Angleterre. Jusqu’au jour où sa route avait croisé celle de Tobias Rogue qui participait à un tournoi de fléchettes. L’homme, alors égaré chez les sorciers, avait failli provoqué un incident entre les deux mondes. Eileen avait fait en sorte que le Moldu oublie tout de sa rencontre avec un univers inconnu. Mais étrangement, elle avait veillé sur lui, en était tombée amoureuse et l’avait suivi jusqu’à Carbone-les-Mines.

 

 

 

A présent, Rogue occupait la maison de l’impasse du Tisseur. Son père Tobias était décédé une dizaine d’années plus tôt de façon subite. Saoul, il avait trébuché et était tombé dans la rivière Fangide qui traversait la ville. Malheureusement, on avait retrouvé plusieurs miles plus loin son corps sans vie.

Eileen, qui, pourtant ne supportait plus son mari, en avait été très affectée et avait décidé de donner la maison à son fils. De façon mystérieuse, elle s’était éclipsée, prétextant que le Président de l’équipe des Bavboules d’Angleterre avait besoin d’elle pour une mission secrète.

Attachée à son fils, elle lui donnait des nouvelles de loin en loin, souvent des quatre coins du monde.

Rogue avait conservé la bibliothèque de sa mère intacte, rajoutant ses propres lectures aux nombreux livres qui peuplaient les étagères.

Mais, ici, dans la cuisine, sa contribution avait été de moindre mesure. Seule la batterie de cuisine avait évolué et le frigo, changé . Il est vrai que Rogue détestait les aliments périmés et n’avait guère de goût pour les boîtes de conserve.

Pour l’heure, il évoluait tranquillement dans la pièce, enchantant la bouilloire, versant le thé, des feuilles d’un Lapsang Souchong d’une finesse exceptionnelle, dosant le sucre.

Il avait rapporté de ses emplettes des légumes frais, des épices et une sorte de pain qui paraissait appétissant - venant tout droit de France, avait stipulé le marchand.

Le professeur de Potions songeait qu’il pourrait préparer un gratin de courges et carottes au curry, qu’il accompagnerait d’une salade verte à l’huile d’olive provençale et au vinaigre balsamique. Il avait déjà sorti du four une série de scones qui reposaient sur la table, attendant d’être servis. Dans la casserole, le chutney avait mijoté attendant d’être transvasé dans un bocal en verre. La sauce au curry était prête également. Rogue avait aussi acheté quelques fromages rares qu’il était allé chercher spécialement chez un marchand de sa connaissance . Le fromage valait bien de se faire tremper comme le premier Moldu venu, après tout !

Le professeur Rogue était las du régime de Poudlard : viande, viande et pommes de terre, frites, autant de nourriture bourrative et grasse qui lui donnait des troubles de la digestion, des boutons, la peau et les cheveux gras !

 

Il appréciait de pouvoir rentrer chez lui, quand bien même son habitation n’ était pas la plus cosy du monde … Il n’avait jamais envisagé de la vendre et d’acheter un bien qui serait plus selon son coeur. Il devait s’avouer que, même si la maison de l’impasse du Tisseur était liée à des souvenirs amers, elle faisait malgré tout partie de sa vie, son passé, son enfance, sa jeunesse.

Et puis, pendant longtemps, il avait pu se rendre incognito à l’ancienne adresse de Lily Evans. Les parents Evans, décédés peu avant le mariage de Lilyet James Potter, n’avaient jamais rejeté Severus. Quand ils étaient enfants, Lily le faisait entrer pour boire un peu de jus de fruits ou manger un biscuit. Les Evans étaient des personnes aimables et accueillantes qui adoraient leurs filles, tout en ayant un faible pour celle qui se révélerait être la sorcière du lot, Lily, la plus jeune.

Severus ne comptait plus le nombre de fois où il était retourné près de la maison des Evans, rachetée depuis longtemps par une famille moldue.

Les souvenirs de Lily ne le quittaient jamais, finalement.

Il l’avait aimée.

Il l’aimait encore. Il cachait sa blessure sous une couche de froideur et d’apparente méchanceté mais jamais il ne pouvait s’en séparer. C’était une plaie, en lui, pour toujours une épine qui lui taraudait la chair, un souvenir si cuisant que, parfois, il s’en réveillait la nuit, le coeur affolé. Le coeur solitaire.

Finalement, Severus Rogue était un incorrigible sentimental.

 

Il rêvait parfois que les événements se déroulaient différemment.

Lili éprouvait des sentiments envers lui, elle ne s’intéressait pas à cet arrogant petit bourgeois de James Potter, mais à lui, l’élève brillant mais pauvre, le fils d’un ouvrier moldu sans réels talents (sauf celui des fléchettes et de la descente de bouteilles).

Dans ses rêveries, Lily finissait toujours par se tourner vers lui, qu’elle fût encore une jeune fille célibataire ou parfois même, une veuve. A sa grande honte, Rogue imaginait de temps en temps que seul James Potter était assassiné par le Seigneur des Ténèbres mais que Lily et le bébé arrivaient à s’échapper. C’était lui, Severus Rogue qui les recueillait, qui veillait sur Lily, qui consolait son chagrin….et finalement, les choses étant ce qu’elles ont dans ce genre de romance, Lily comprenait qu’il était son véritable amour et l’épousait.

Rogue devenait le protecteur, le héros – et accessoirement, le beau-père forcé du petit Harry. C’était un point sur lequel il aimait moins se pencher. Certes, adopter le fils de James ne faisait pas partie de la facette dorée de son rêve. Néanmoins, il était quasi-certain que l’enfant aurait été mieux élevé, moins arrogant...moins Potter, finalement.
Et Lily aurait été fière de lui.
Il ne parlait jamais de ce scénario. D’ailleurs qui connaissait son histoire ? Son passé ? Dumbledore, bien sûr. Mais il n’avait pas ce genre de conversations avec le Directeur de Poudlard.

 

 

Rogue en était là de ses divagations, une théière à la main, le sucrier dans l’autre quand il entendit frapper à la porte d’entrée.

Surpris, il faillit en lâcher la théière mais se reprit aussitôt. Il posa le tout sur la table en formica  et se dirigea sans tarder vers l’entrée.

Il s’arrêta un instant. Cela recommençait. On avait toqué.

Retenant un mouvement d’humeur, il ouvrit brusquement la porte d’entrée….
et faillit la refermer illico.

Il avait du mal à en croire ses yeux. Non, il n’y croyait pas, en fait.

Sur le perron, trempé comme une soupe au potiron, se tenait Harry Potter.

 

 


 

 

 

2 – Thé, scones et visiteur inattendu

 

 

 “You know how and why she died. Make sure it was not in vain. Help me protect Lily’s son.”

He does not need protection. The Dark Lord has gone – ”
“The Dark Lord will return, and Harry Potter will be in terrible danger when he does.”

There was a long pause, and slowly Snape regained control of himself, mastered his own breathing. At last he said, “Very well. Very well. But never – never tell, Dumbledore! This must be between us! Swear it! I cannot bear…especially Potter’s son…I want your word! »
My word, Severus, that I shall never reveal the best of you?” Dumbledore sighed, looking down into Snape’s ferocious, anguished face. “If you insist… The prince’s tale –

 

 

- Potter ? Articula avec difficulté le professeur Rogue. Par Merlin, que faites-vous là ?

Ce n’est pas un temps idéal pour la ...maraude, savez-vous ? Ne put-il s’empêcher d’ajouter.

Sevrus Rogue avait depuis longtemps compris que le jeune Potter avait hérité de la fameuse Cape d’Invisibilité dont son père, James, se vantait tant. Il était certain que le garçon s’en servait pour sortir du dortoir durant la nuit et errer dans les couloirs du château. « L’imbécile se croit malin, plus malin que les professeurs, plus futé que des sorciers expérimentés ! Il est aussi stupide que feu son père !...Pour le bien que cela a fait à James... ».  

Combien de fois le Professeur de Potions en avait-il fait à ce jour la remarque à Albus Dumbledore ? « Potter est arrogant. Il pense que nous ignorons ce qu’il fabrique. »

Chaque fois, le directeur l’avait interrompu, arguant qu’il devait donner sa chance au garçon, que celui-ci était jeune – et que les adolescents sont enclins à une tonne de stupidités – Rogue lui-même n’avait pas été exempt de ce genre de comportement, ajoutait-il de façon narquoise.

La même ritournelle se répétait encore et encore : Severus rageait, Albus temporisait. Et lorsque la discussion prenait la tournure de la dispute, Dumbledore finissait par rappeler froidement que Rogue avait donné sa parole. Potter était sous sa protection. Il devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour éviter qu’il ne se blesse ou soit blessé.

Ce discours revint à la mémoire de Severus alors qu’il s’apprêtait à renvoyer le jeune Potter dans son foyer sans même le laisser entrer.

« Votre parole, Severus ! Vous avez juré de protéger l’enfant en mémoire de sa mère – de l’amour que vous éprouviez pour elle ».

- Que j’éprouve toujours, vieil abruti , maugréa-t’il à voix basse en ouvrant grand la porte d’entrée.

- Professeur ? Vous disiez ? Interrogea Harry en passant le seuil, négligeant d’essuyer ses godillots crottés de boue.

- Rien qui vous concerne ! Entrez et ôtez-moi ces cochonneries !
Devant l’air ahuri de Harry, Rogue pointa du doigt les chaussures crottées : - Oui, ça, andouille ! Vous ne pensez quand même pas déambuler chez moi en dégueulassant le sol !

 

Tête basse, le garçon s’exécuta. Les chaussettes qu’il portait étaient elles aussi trempées. Rogue eut le temps de constater les trous à peine reprisés avec de la laine colorée.

- Votre manteau, Potter, ordonna-t'il. Il avisa le parapluie qui s’était ouvert en grand.

- Quant à ce maudit pébroque ...  « Evanesco », lança-t’il en le faisant disparaître.

 

Sans son uniforme, Harry paraissait encore plus malingre et chétif que d’ordinaire. Rogue commença à se demander si les tuteurs de ce garçon le nourrissaient convenablement. Ses vêtements n’étaient pas à sa taille et comportaient de multiples accrocs.

Faisant contre mauvaise fortune bon coeur, le professeur lui tendit une paire de chaussons et le plantant là, alla chercher dans sa chambre une vieille robe de sorcier qu’il n’utilisait plus ainsi que quelques vêtements moldus dépareillés mais propres et sans trous.

Quand il revint dans la hall, il s’aperçut que Harry n’avait pas bougé, comme médusé. Le garçon avait dû recevoir un sacré choc pour rester aussi sage sans même essayer de fouiner chez son professeur.

Rogue renifla de façon mauvaise. Ce garçon sentait le...chien mouillé, par Cerbère!

Il espéra que les circonstances de son arrivée ici n’étaient pas dramatiques – pour une fois ! Mais il s’agissait de Potter – et là où il allait, le drame n’était jamais loin.

 

 

 

 

Severus tendit d’un geste brusque les vêtements.

- Allez vous changer, Potter ! Là, tout droit, au salon. Il ajouta : - Je serais dans la cuisine. Le thé sera bientôt prêt.

Harry prit les habits et bredouilla un « merci, professeur » presque humble.  

En allant finir de faire son thé, Rogue pensa qu’il avait dû se passer un événement grave pour mettre le jeune dans cet état.
Potter, obéissant ! Il leva les yeux au ciel en enchantant la théière. Il aurait vraiment tout vu, décidément.

Il entendit du bruit. Harry se tenait sur le seuil de la cuisine. La robe était un peu longue pour lui, mais au moins avait-t’il l’air convenable. Rogue savait par expérience ce que c’était de porter des tenues dépareillées, trouées, ayant appartenu à d’autres plus grands et plus forts que lui. Ses parents n’avaient pas les moyens de lui acheter des habits neufs, encore moins à la mode. Etant jeune, il avait toujours eu l’air misérable et ridicule. Il avait été soulagé en entrant à Poudlard de pouvoir avoir un uniforme net qui non seulement soulignait son appartenance à sa communauté de coeur mais qui cessait de le marginaliser. Il s’arrêta un instant à cette pensée. Enfin…

Il n’avait pas été un élève populaire pour autant. Loin de là.

Un raclement de gorge le tira de sa réflexion.

- Heu, merci encore...monsieur.

Décidément, ce garçon devenait de plus en plus poli. Rogue loucha sur lui : était-ce bien Harry Potter qu’il avait devant lui ? N’était-ce pas quelque autre élève qui avait pris du Polynectar ?

Drago Malefoy, peut-être ?

Drago était un modèle de politesse. Un élève modèle...Rogue aurait aimé avoir un fils comme lui.

L’idée de la paternité lui venait vraiment trop souvent à l’esprit, ces jours-ci ! Enervé contre lui-même, il saisit avec rudesse la théière, ébranlant le couvercle sur son socle et la brandit en direction de Potter.

- Tenez, allez la poser sur la petite table, au salon !

Harry l’attrapa avec quelque maladresse, dérapant dans ses chaussons trop larges tandis qu’il faisait volte-face.

- Doucement, mon garçon ! Ne versez pas à terre mon Lapsang Souchong !

-Votre quoi ? Monsieur ?

Rogue haussa les sourcils. Qu’apprenait-t’on aux jeunes anglais de nos jours ? Ignorer le nom du thé ? Une fois de plus, il se demanda comment était éduquer son garçon, à la fin ! Qu’avait dit Dumbledore, déjà ? Potter avait été recueilli par son oncle et sa tante, la sœur aînée de Lily. Des Moldus,  et quels Moldus !

Severus se souvenait bien de Petunia quand Lily et lui étaient amis, ici, avant Poudlard. Une gamine bêcheuse, toujours prête à cafter auprès des adultes ! Elle le détestait, lui, Severus. Elle le guettait, parfois, quand ils étaient enfants. S’il ne faisait pas attention, elle se cachait et lui lançait des cailloux ou toutes sortes d’objets gluants ou puants qu’elle avait mis de côté à son intention.

Pas étonnant que le fils Potter soit aussi rustre !

Soudain, Rogue dut convenir qu’il avait peut-être mal jugé le garçon. Il était le fils de Lily avant tout! Un peu contrit, il amena le sucre et le lait au salon ainsi que la fournée de scones.

 

 

 

 

 

3 - Goûter chez Severus

 

"But I don't want to go among mad people,' Alice remarked.
'Oh, you can't help that,' said the Cat: 'we're all mad here. I'm mad. You're mad.'
'How do you know I'm mad?' said Alice.
'You must be,' said the Cat, 'or you wouldn't have come here.' Lewis Caroll

 

Le salon de Severus Rogue faisait aussi office de bibliothèque. Tous les murs étaient couverts d’étagères, surchargées de livres. Pour beaucoup, il s’agissait d’exemplaires anciens ou rares, aux couvertures en cuir marron ou vert sombre ornées de lettrages dorés.

Harry s’était assis dans le sofa râpé qui meublait la pièce. Devant lui, une table basse bancale accueillait difficilement le service à thé ainsi que l’assiette de biscuits que Snape y avait déposé.

A sa gauche, un gros fauteuil, usé lui aussi, finissait de constituer le mobilier. La pièce était sombre. On n’y voyait pas une seule fenêtre. Seul le lustre aux multiples chandelles permettait d’apporter une source de lumière.

- Du sucre, Potter ?

Harry sursauta. Il hocha la tête.

- Servez-vous en gâteaux, ajouta Rogue sur le même ton indifférent.

Malgré la curiosité, le professeur convenait qu’il valait mieux que l’adolescent se nourrisse avant de se lancer dans des explications qu’il présageait compliquées.

Rien n’était jamais simple avec Harry Potter. Au fil des ans, Rogue avait eu droit à son lot de fabulations et d’inventions douteuses avec cet élève. Il se demandait parfois si le garçon ne vivait pas dans un monde imaginaire. Après tout, il avait peut-être été atteint par le sort du seigneur des Ténèbres ! Nul ne sortait indemne d’un tel contact !
Rogue ne savait pas comment le garçon avait pu survivre sans traumatisme, pour reprendre un terme moldu. En tout cas, il mentait mal ! Très mal.

Le professeur avait déjà confronté le jeune Potter à ses divagations. Non seulement le garçon soutenait mordicus sa version incohérente des faits, mais il affichait un fier dédain pour son interlocuteur même lorsqu’il était englué dans ses balivernes et ses carabistouilles.

Pour se calmer avant d’affronter les âneries potterriennes, Severus se versa une large rasade de thé.

Il huma le fumet boisé. Voilà qui allait lui donner du courage.

Voyant que le garçon s’était rassasié mais qu’il laissait refroidir sa tasse, il se lança :

- Pourriez-vous m’éclairer, Potter ?

- Monsieur ? Demanda l’élève en sortant sa baguette magique, prêt à crier un « lumos » tonitruant.

Rogue leva les yeux au ciel. Décidément, la finesse d’esprit n’étouffait pas cet enfant.

- Au figuré, j’entends.

Harry continuait à le dévisager sans comprendre. Un air de profond désarroi se peignait sur son visage. Rogue reprit, comme s’il devait s’adresser à un Moldu particulièrement borné.

- Expliquez-moi comment vous êtes arrivés chez moi !

- Ahhh, Harry expira longuement. Mais le soulagement du garçon ne dura pas. Il se jeta dans une histoire abracadabrante où, tantôt son oncle Vernon, tantôt son cousin Dudley étaient tenus pour responsables de ses misères. Il y fût aussi question d’un elfe de Maison, d’un sapin puis d’un autre sapin, de Poudlard, de son oncle encore et d’autres fariboles sans queue ni tête.

Soudainement, Rogue sentit le mal de tête le gagner. Il agita la main et fit :

- Arrêtez, arrêtez, vous dis-je !

Il comprit qu’il avait élevé la voix à la mine stupéfaite du garçon.

« Misère, pensa-t’il, je lui fais vraiment peur ! Lui, le garçon qui a survécu ! C’est tordant, quand même... »

Pourtant, même s’il jubilait intérieurement, il ne laissait rien apparaître, aucune émotion sur sa face sévère.

- Potter, je vais vous demander d’être concis, à la fin ! Comprenez-vous ?

Le jeune garçon acquiesça tout en gigotant sur son siège, comme un ours mangé par les puces.

- Mais qu’avez-vous, encore ? Vous ne tenez pas en place !

- Je...les toilettes, monsieur… pas allé depuis mon départ...le voyage….la pluie…

Rogue le coupa dans ses explications confuses :

- Je ne veux rien savoir de plus sur l’état de votre vessie, Potter ! Mais comme je n’ai aucune envie que vous salissiez et ma robe et mon sofa, allez donc vous soulager.

Dans le même mouvement, il se leva et déverrouilla l’une des nombreuses portes qui étaient dissimulées derrière les étagères.

- La salle de bains est sur votre droite, Potter. Je vous suggère de revenir ici dès que vous en aurez fini. Il n’y a rien ici pour vos yeux curieux !

-Je ...je n’allais pas fureter ! Protesta l’adolescent. Mais il se tut devant l’air sérieux de Rogue. Ce n’était pas le moment de jouer au malin.

- Allez, dépêchez-vous, Potter ! J’ai hâte de connaître le fin mot de votre histoire  insensée !

 

 

 

 

 A suivre - dec 2017



18/12/2017
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