NapalYsaLeya

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Annulez les fêtes de Noël ! part. 7 à 9

Note : j'ai un peu trafiqué les dates concernant Tonks qui, a priori, est nommé Auror en 1994. Nous sommes ici en décembre 93. 
Rien ne dit que Lupin et Tonks se rencontrent à ce moment ... mais rien ne dit non plus quand ils se croisent pour la première fois ! 

 

 

7 – Sans pitié

(No mercy – the Stranglers )

 

Monsieur le directeur, attendez, attendez ! Rusard, le concierge de Poudlard, le bras droit encombré d’un balai, son chat, Miss Teigne sous l’autre, trottinait le long du couloir.
Albus Dumbledore venait de raccompagner Eileen Prince jusqu’à ses appartements après le thé qu’il avait pris en sa compagnie et celle de Severus. Il haussa ses sourcils broussailleux et s’arrêta.

Et bien, mon bon Argus, pourquoi tant d’empressement ?

Le concierge se rapprocha aussi vite qu’il le put :

Il y a ….quelqu’un...pour vous… à la grande porte !

Dumbledore soupira. Encore un importun du Ministère de la Magie ! Avec l’évasion de Sirius Black, il était constamment dérangé par des petits bureaucrates qui venaient lui imposer leur loi, ici, au sein même de l’École. A moins que ce ne fût l’un des représentants du conseil d’administration de Poudlard ! Avec les ennuis de Hagrid et de l'hippogriffe, le directeur s’attendait à tout, même aujourd’hui, en cette fin d’année. Il pensait passer un réveillon du Nouvel An en toute intimité, c'était fichu...

Il était même prêt à écouter le groupe de Lupin qui répétait dans une salle de l’école. Dumbledore avait accueilli les sorciers-musiciens avec bonhomie. Qu’ils fassent donc un peu de bruit ! Aussi était-il ennuyé de devoir faire face à des doléances supplémentaires.

Bien, Rusard, je vais voir… Sûrement quelqu’un du Ministère, non ? Fit-il alors que le concierge l’accompagnait, toujours chargé de son balai et de son chat.

Hum...pas quelqu’un, quelqu’une ! Fit le concierge d’un air sournois.

C’est une dame, donc, répondit platement le directeur ne voyant pas ce que Rusard voulait insinuer.

Oh, une dame, c’est un bien grand mot ! Une donzelle, tout au plus !

Voyons, Argus, rengainez donc vos idées misogynes, pour une fois !

Mais alors qu’il allongeait le pas, Rusard doublait les siens pour rester dans son sillage. Albus songea qu’il n’allait pas se débarrasser de lui de sitôt. Il ralentit un peu :

Vous désiriez me dire autre chose peut-être, Argus ?

Oui, directeur, la donzelle…. Nous la connaissons, c’est une semeuse de troubles ! Elle a été élève ici ! C’est…

Mais les deux hommes arrivaient déjà dans le Grand Hall. Dumbledore sourit en voyant qui se tenait près des grandes portes en chêne.

...une demoiselle qui est à présent Auror ! Je n’ai rien à craindre, Argus, vous pouvez vaquer à vos occupations !

Déçu d’être congédié de la sorte, Rusard raffermit sa prise sur son balai et s’adressant à Miss Teigne, grogna :

C’est à peine s’il m’a écouté ! Tu as vu ça, Miss Teigne ? Cette école part à vau-l’eau, décidément… Auror, cette Tonks ! Elle qui a multiplié les bêtises quand elle était élève ! On peut pas dire que c’est un exemple à suivre ! Ah, bah ça, on aura tout vu ….

 

Et en effet, c’était bien Nymphadora Tonks qui se tenait là et secouait sa chevelure courte et rose pour se débarrasser des gouttes de pluie.

Il existe un sort très simple pour s’égoutter, vous savez, chère Tonks ! Lança Dumbledore amusé.

La jeune sorcière releva la tête et éclata d’un rire franc :

Ah, vous savez comme j’ai eu du mal à mémoriser tous ces sorts, professeur ! J’ai dû travailler dur pour passer mes examens d’Auror !

Mais vous avez finalement réussi , félicitations ! J’ai appris cela très récemment !

J’ai terminé mes derniers examens le mois dernier, en effet, professeur.

Ils se serrèrent la main.

Ne restons pas dans le hall, Tonks ! J’imagine que vous venez du Bureau des Aurors pour une raison sérieuse ….

La jeune femme acquiesça :

Depuis l’attaque du portrait de la Grosse Dame, nous autres Aurors, sommes sur le pied de guerre. Récemment, on nous a signalé que Black pourrait se trouver non loin de Pré-Au-Lard...

Dumbledore avait déjà eu vent de pareilles rumeurs et il ignorait si elles étaient vraies. Il indiqua le bout du hall :

Allons donc dans la petite salle pour causer ! Je peux vous faire servir une collation, si vous voulez !

La sorcière eut un sourire engageant :

Pourquoi pas ? J’ai fait le trajet depuis Londres jusqu’à Pré-au-Lard en balai et je suis vannée !

Ils se dirigèrent dans la direction opposée à la Grande Salle. La petite salle jouxtait des salles de classe désaffectées ainsi que la salle de professeurs, vide, pour l’instant.

Je n’aimais guère aller demander quelque chose à la salle des professeurs, quand j’étais élève, fit remarquer Tonks en se mordant le pouce.

Il faut dire que vous étiez un brin dissipée, ma chère ! Allez-y, entrez ! Il poussa la porte de la petite salle et ce faisant, alluma les chandelles disposées tout autour de la pièce. De larges fauteuils et des petites tables avaient été placées ça et là. L’ambiance y était confortable. En passant devant la cheminée, le directeur ne manqua pas de rallumer magiquement le feu. Il y ferait bientôt une douce chaleur.

Installez-vous, Tonks ! Du thé ? Des biscuits ?

Après s’être enfoncée dans le plus large fauteuil qu’elle avait pu trouver, la jeune sorcière fit :

Des sandwiches, peut-être ? Je dois avouer que j’ai un sacré creux après ce vol …

Dumbledore sourit en coin et fit apparaître de quoi rassasier la jeune femme ainsi qu’une théière et des tasses. Il songea que c’était là son second thé de la journée. D’une oreille distraite, il écouta Nymphadora lui raconter ses péripéties lors de son voyage en balai. Alors qu’elle lui relatait les dernières nouvelles, il perçut des notes de musique suivies d’un rythme bien marqué : le groupe de Lupin répétait pour le concert dans l’une des salles du rez-de-chaussée. Il commença à marquer la mesure sur l’accoudoir de son siège.

Quelles sont donc les nouvelles qui vous amènent ? J’imagine qu’on vous a tout de suite mise sur le cas Sirius Black, sinon vous ne seriez pas ici...

C’est exact, professeur. Les Aurors manquent d’effectifs…. Mais pour l’instant, je ne traque pas grand monde, je relaie les informations, tout au plus. C’est ce qui m’amène, d’ailleurs ! Des Moldus auraient aperçu un individu suspect, répondant au portrait de Black. Ils ont appelé le numéro d’urgence et nous avons été aussitôt alertés. Malgré tout, on n’a rien de plus pour l’instant. Mais l’appel provenait d’un village situé non loin de Pré-Au-Lard. J’ai été dépêchée pour vous avertir.

Dumbledore dodelinait de la tête tout en écoutant les propos de Tonks . Même s’il était conscient de la menace que présentait Black, il ne voulait en aucun cas céder à la panique : "on avait cru voir"… Ceci relevait du domaine des hypothèses. Et puis, il avait pris des dispositions pour protéger l’École. A son grand regret, des Détraqueurs gardaient les entrées. Il avait doublé les défenses magiques et s’était entouré des professeurs les plus performants.

M’écoutez-vous, professeur ? Demanda Tonks, surprise du silence de Dumbledore. Ou bien… Oh, mais il y a quelqu’un qui joue ici ! un groupe, à Poudlard ! s’exclama-t’elle en s’asseyant plus droite dans son fauteuil.

Oui, c’est l’un de mes professeurs qui a monté ce groupe… Il devait faire un petit concert pendant les vacances, en dehors de Poudlard mais j’ai été obligé de le réquisitionner ici. La défense de l’École, comme vous le savez, passe avant tout.

Et ils vont jouer ici ? Demanda avidement Tonks, les yeux soudain brillants.

En effet, je leur ai proposé de nous… heu… divertir pour le réveillon du Nouvel An.

Tonks s’était levée et paraissait complètement sous le charme de la musique.

Dites donc, c’est plutôt pas mal…

Dumbledore fit un geste qui pouvait signifier n’importe quoi :

Je dois dire que je suis peu connaisseur… Ma préférence va plutôt à l’opéra, vous savez….

A ces mots, Tonks éclata de rire :

Pardonnez-moi, professeur, mais nous sommes loin de l’opéra, là ! Elle écouta encore puis eut un air troublé : – J’entends mal leur chanteur…

Peut-être pourrions-nous aller écouter leur répétition, si vous n’avez pas d’autre mises en garde du bureau des Aurors à me rapporter ?

La jeune sorcière sautilla sur place. Ses cheveux courts accompagnèrent son mouvement. Elle paraissait beaucoup plus jeune, cette fois.

– Je vous ai tout dit, Dumbledore. Oh, allons-y, j’en serais ravie !

 

 

 

Lupin sentait à la fois l’adrénaline du concert à venir le stimuler et la fatigue de ses derniers jours le tirailler . A la batterie, il gardait le rythme mais il peinait au chant. Tenir le rythme et chanter en même temps demandait une forme physique qu’il n’avait pas. Et cela l’énervait !

Il avait beau se concentrer, sa voix était faible.

On fait une pause, les gars ! Lança Max, le bassiste.

Lupin soupira de soulagement. Il se s’étira, posa ses baguettes sur la caisse claire. Le dos lui tirait un peu. Décidément, il aurait bien besoin de se remettre en forme !

Les deux autres se versaient du jus de citrouille dans des gobelets qu’ils venaient de faire apparaître. Tous les trois avaient soif. Ils commencèrent à parler des derniers morceaux qu’ils avaient choisi d’interpréter quand on frappa doucement à la porte.

Entrez, lança Lupin, intrigué malgré lui. Avaient-ils dérangé des professeurs ? Il espérait que non. La dernière chose dont il avait besoin aujourd’hui était de voir apparaître Rogue et sa face blême, son ton méprisant et sa dégaine anguleuse. Il avait essayer d’être correct avec lui mais il n’y avait rien à faire. Apparemment, Severus lui en voulait toujours… Il avait la rancune tenace ! Et même si le professeur de Potions se tenait tranquille depuis que sa mère était arrivée à Poudlard, il ne manquait pas de dévisager Lupin d’un air hautain, voire même dégoûté. Quant à Eileen Prince, la mère de Rogue, Lupin avait eu peu d’occasions de lui parler. Elle n’était guère sociable et présentait un visage fermé qui rappelait fort les manières de son fils.

Remus s’attendait au pire. Mais il fut vite rassuré en voyant la silhouette du directeur, une tasse de thé à la main.

J’ai été attiré par votre musique, fit Dumbledore avec une certaine malice dans les yeux. Ah, ajouta-t’il en se retournant, je vous amène une de vos admiratrices, Nymphadora Tonks du Bureau des Aurors .

« Des Aurors ? Se dit Lupin. Le bureau est sur le qui-vive depuis l’évasion de Sirius Black. Y a-t’il du nouveau… ? » Il allait prendre la parole quand la jeune Auror entra dans la pièce. Il ne put proférer un mot. Il avait en face de lui une délicieuse jeune femme, la plus jolie créature qu’il ait jamais vu, de mémoire de loup-garou. Son visage clair en forme de cœur, ses yeux d’un brun vif, sa stature moyenne et agréablement proportionnée, tout en elle lui plaisait. Il tâcha de ne pas bégayer en lui souhaitant la bienvenue. Une chose était sûre : il était amoureux. Au premier regard. 
Mais il ne chantait pas de chansons d'amour. Il n'avait pas de place pour l'amour.

 


 

 

 

 

8-Nouveau chant

( Magnificient seven – the Clash)

 

Tonks fit rapidement le tour de la pièce, faisant connaissance avec les musiciens, ayant un mot aimable pour chacun. Elle avait l’air enchantée d’être là, elle pétillait et ses cheveux avaient pris une couleur d’un orange vif.

Elle finit par demander au groupe de reprendre leur répétition ; elle avait hâte de les entendre. Le trio ne se fit pas prier. Seul Lupin enchaînait les maladresses : après avoir renversé son jus de citrouille sur sa robe déjà abîmée, il avait failli trébucher dans ses toms. Il remit en place sa batterie d’un coup de baguette, non s’en s’excuser abondamment. Dumbledore qui observait la scène, masqua son amusement. Il avait compris ce qui se passait. Il avait été jeune, lui aussi, et amoureux. « Pour le bien que ça t’a fait, vieil idiot », se dit-il intérieurement en se dirigeant vers la porte :

Mes enfants, je vais vous laisser répéter ! Nymphadora, je serais dans mon bureau, si vous me cherchez…

La jeune sorcière eut un froncement de sourcils en entendant son prénom mais elle était dans un état d’esprit si agréable qu’elle ne releva pas. Elle acquiesça et salua le professeur de la tête puis reporta son attention sur les trois musiciens. Ils étaient prêts, elle aussi .

Poum, tchac, poum-poum tchac, la batterie commença, suivie de la basse qui claqua lourdement. Le rythme se mettait en place. La guitare suivit…

« Impeccable », se dit Tonks, calée sur le bord de son siège.
Lupin se tourna alors vers son micro tout en maintenant le rythme :

«  J’suis épouvantable, ….na na na, le pou et le lard

toujours ...na na na y a rien qui m’arrête,

Dessous de lit na na na vieux placard

J’suis un vrai froussade

J’suis pou-pouvantable ! »

 

Tonks écoutait attentivement. En fait, c’étaient là des paroles bien étranges. Quelque chose n’allait pas. Le batteur semblait troublé, il loupait des temps. Les deux autres se regardaient, un air interloqué sur le visage.

« Y’ s’ fait tard

J’vais dans mon dortoir

na na na hanter

les cool loirs

les ateliers

J’suis pas un vantard

Pou vantard ! »

Sur cette dernière phrase, Tonks ne put s’empêcher d’éclater de rire. Aussitôt les musiciens s’arrêtèrent.

Mais qu’est-ce que tu fabriques, Remus ? Tu as bu du Whisky de Feu en douce ? s’écria Max.

Pendant ce temps, Tonks était tordue de rire, les larmes envahissaient ses yeux tellement elle était prise de fou-rire. Elle articula avec peine :

Je … je suis désolée, les gars…. Ces paroles….

Ouais, maugréa Julian. C’est pas du tout la chanson mais Remus s’est emmêlé.

Je me doute ! Et Nymphadora hurla de rire une fois de plus. Je...je me calme, désolée, encore.

Le pauvre Lupin ne savait plus où se mettre. Il aurait disparu derrière ses fûts s’il avait pu. Il bredouilla de plates excuses mais il ne savait plus que faire. C’était sa faute, à elle, cette jeune Auror, aussi ! Et elle riait, en plus, cette effrontée ! Il passa une main dans ses cheveux, essaya de se donner une contenance. Il n’allait plus pouvoir chanter, ça le dépassait.

Mais déjà, Tonks avait repris son calme et réitérait ses excuses. Elle se leva et alla droit vers Lupin :

Je ne voulais pas me moquer de toi. C’est incroyablement difficile de chanter tout en jouant de la batterie ! Tout le monde n’est pas Don Henley ou Phil Collins !

Aussitôt, les trois musiciens approuvèrent. Cette jeune femme était une connaisseuse. Ils parlaient le même langage, tant mieux ! Evoquer les Eagles et Genesis dans une même phrase prouvait que la sorcière savait de quoi elle parlait.

Je… je ne suis pas un bon chanteur, j’ai… des problèmes...ma gorge, balbutia Lupin, en fixant ses genoux plutôt que de regarder Tonks qui se tenait près de lui.

Je comprends. C’est pas facile de trouver un chanteur, hein ? Et vous , les gars ? Vous avez essayé ? demanda-t’elle à Max et Julian.

Ils se hâtèrent de décliner avec force :

Je chante faux !

Je beugle comme un âne !

Tonks sourit. Elle était de plus en plus charmée par le moment qu’elle passait ici. Elle en oubliait les conditions difficiles de la vie d’Auror.

Je veux bien tenter de vous donner un coup de main… Je suis pas vraiment chanteuse mais j’étais dans la chorale de Poudlard, quand j’étais élève. Je me débrouillais même si c’était quand même pas très rock’n’roll. Et puis, mon père est un Moldu, il m’a toujours fait écouter tous les classiques pop-rock.

Le trio approuva. Ils acceptaient volontiers cette aide inattendue. Lupin fut le premier à faire apparaître les paroles notées sur un parchemin avant qu’ils ne lui expliquent chaque morceau.

Elles ont sympas, vos paroles, quand même ! Même sans les changements de tout à l’heure, elles sont drôles ! ajouta-t’elle en faisant un clin d’œil à Remus qui se sentit rougir.

J’en ai écrit la plupart, avoua-t’il en détournant le regard. Tiens, celle de l’Epouvantard, c’est celle-ci…

Tonks parcourut le texte. Elle hocha la tête.

Je pensais à un truc, mais vous me direz si ça vous va, commença-t’elle.

Dis toujours ! Lança Max qui commençait à bien apprécier la jeune Auror.

Voilà, je me demandais si je ne pourrais pas essayer de faire une sorte de parlé-chanté. Un peu comme du rap. Je me disais ça, parce que votre chanson sonne un peu comme celle du Clash…

– … « Magnificient Seven », dit Lupin, l’air ravi. Les deux autres approuvèrent bruyamment.

Faut dire que ça a été notre inspiration…

Excellent ! Lança Tonks en sautillant sur place d’excitation.  On se lance, les gars ?

 

Ils se remirent en place et après quelques faux départs, commencèrent le morceau. Tonks avait une voix claire et sonore qui marquait bien les syllabes. Elle chantait bien, elle chantait juste et Lupin se sentit pousser des ailes. Il lui sembla qu’il n’avait jamais été aussi brillant à la batterie. Quand la chanson se termina, ils se regardèrent tous les quatre, heureux.

Les gars, on a trouvé notre chanteuse ! s’écria Max. Puis, un peu penaud, il demanda : – Enfin, pour ce concert seulement, si tu peux rester ?

Tonks songea qu’elle était en congé. Elle pensait passer le Nouvel An chez ses parents. Mais elle pouvait très bien rester ici et s’amuser un peu. Après tout, elle était jeune et elle n’avait aucun plan pour le réveillon de la St Sylvestre. Elle avait travaillé pendant les fêtes de Noël, sans rechigner. Voyant que les trois sorciers musiciens attendaient sa réponse, elle fit, guillerette :

Mais bien sûr ! Nous allons donner un concert d’enfer, les gars !

Et comme les deux cousins se congratulaient bruyamment, elle glissa à Remus :

Tu as été impeccable, sur ce morceau. Tu es un bon batteur, Remus.

Gêné mais heureux, Lupin lui sourit en retour. Tonks nota alors à quel point ce professeur était encore jeune malgré ses rides prématurées. Il était charmant, en fait. Elle se faisait une joie de chanter avec eux.


 


 

 

9 - Le loup-garou est un rocker
( The Cramps - I was a teenage werewolf)

 

 

La Grande Salle avait été débarrassée de toutes les tables et des bancs. Une estrade avait été disposée au beau milieu ainsi que de nombreuses chaises. Hagrid avait fait un travail formidable pour transformer la grande pièce en salle de concert improvisée.

 

Comme le groupe devait jouer devant les professeurs seulement, Dumbledore avait veillé à confiner les élèves présents au château dans leurs dortoirs. Bien sûr, aucun élève n’était autorisé à se promener dans les couloirs le soir mais il étaient nombreux à enfreindre le règlement. Le directeur avait procédé lui-même à quelques enchantements, sachant que Harry Potter et ses amis résidaient parmi eux. On ne prenait jamais trop de précautions, avec Harry Potter…

 

Le public n’était pas très important : les professeurs McGonagall, Flitwick et Chourave, bien sûr mais aussi Mme.Bibine et Mme.Pomfresh et Hagrid. Dumbledore avait également invité Mme. Rosmerta, la propriétaire des Trois Balais. Les fantômes de Poudlard se tenaient silencieusement dans leur coin mais on avait enfermé Peeves dans un placard, par crainte des ennuis. Enfin, on comptait aussi sur la présence du professeur Rogue et de sa mère, Eileen Prince.

 

 

 

Lupin et les deux autres musiciens se montrèrent anxieux en installant leurs instruments. Ils avaient choisi, comme d’habitude, de les amplifier magiquement, les sorciers ignorant le système électrique.

 

Seule Nymphadora Tonks se promenait parmi eux calme en apparence, les cheveux plus roses que jamais. Même si Lupin se rongeait d’angoisse, il ne pouvait s’empêcher de rire et de se détendre quand Tonks faisait le pitre. Décidément, cette fille avait une très bonne influence sur eux, même si elle faisait bafouiller le pauvre Remus plus qu’il ne l’aurait désiré. Au moins n’aurait-il pas à chanter ce soir ! Il aurait mal supporté de déformer les paroles et de perdre tous ses moyens face à ses collègues – surtout avec Rogue dans l’assistance.

 

Celui-ci venait justement de prendre place. Il parlait à sa mère à voix basse, sans même jeter un coup d’œil aux autres professeurs qui s’asseyaient tout autour. Sibylle Trelawney regardait un peu partout avec l’air de quelqu’un qui a trouvé une patte de dragon dans son potage. Elle prétendait avoir vu une fin sinistre au concert de ce soir. Heureusement, elle n’avait confié cette information qu’à Minerva McGonagall qui avait simplement levé les yeux au ciel et n’en avait parlé à personne d’autre. La directrice adjointe s’était installée au premier rang, à côté de Mme.Rosmerta à qui elle faisait la conversation. Il ne manquait que Dumbledore pour que l’audience soit au complet.

 

Max, le petit bassiste, attira l’attention des autres :

 

Je crois qu’on va bientôt pouvoir commencer…

 

Attends encore un peu, je ne vois pas Dumbledore, fit Lupin.

 

Je suis un peu stressé, les gars, lança Julian. Dire que je nous devant mes anciens profs… C’est grave intimidant ! Et se tournant vers Tonks : – Tu n’as pas les jetons, toi ?

 

La jeune Auror eut un geste désinvolte :

 

Je crois que j’étais plus apeurée quand McGonagall ou Dumbledore me convoquaient dans leur bureau… et j’y suis allée souvent …

 

Les autres se mirent à ricaner. Seul Lupin gardait son sérieux. Il venait de croiser le regard de Rogue, assis dans le public et ce qu’il avait vu lui avait collé la chair de poule.

 

Allons, en place, les gars, je vois Dumbledore ! Lança soudain Julian .

 

Tonks avait remarqué l’attitude de Lupin et avant de se diriger vers le micro, elle le retint par la manche :

 

Quelque chose qui cloche, Remus ?

 

Oh, pas grand-chose, juste l’air de mon collègue, là-bas… Pas très encourageant…

 

C’est Rogue ! Il est toujours prof ici ? Je l’ai eu en Potions, c’est bien ce qu’il enseigne ?

 

A son grand désarroi...Il visait mon poste, la Défense contre les Forces du Mal et je crois qu’il m’en veut sérieusement.

 

Faut pas t’en faire, Remus ! Il était déjà sinistre et envieux quand j’étais à l’école… Bon, on se passerait bien de lui mais on ne choisit pas son public, hein ?! La bonne humeur de Tonks fit fondre les dernières appréhensions de Lupin.

 

Tu as raison, concentrons-nous sur nos chansons !

 

Mais oui ! Allez, tout le monde en place…

 

 

 

1, 2, 1 , 2, 3 ,4….

 

Lupin lança le rythme. La basse claqua puis la guitare s’élança. La machine était en marche. Tonks faisait preuve d’une énergie contagieuse et, surtout, elle chantait juste .

 

Alors ils jouèrent . Ils se débrouillaient de mieux en mieux au fil des chansons. Malgré quelques imperfections ça et là, le groupe dégageait un enthousiasme qui gagna même les fantômes qui se mirent à les encourager. La Grande Salle résonna des applaudissements nourris. The Howlers avaient gagné leur pari ! Ils avaient délivré leurs chansons ainsi que la reprise prévue. Tout le monde se dandinait ou marquait le rythme, même Dumbledore qui aurait préféré de l’opéra.

 

 

 

A la fin du spectacle, les professeurs vinrent saluer les musiciens, les remerciant pour ce moment « vivifiant » selon le professeur McGonagall. Seul Severus Rogue resta en retrait. Il attendit que Lupin soit seul pour se diriger vers lui.

 

« The Howlers », hein ? encore une de tes blagues, Lupin ? Pas très subtil, comme d’habitude…

 

Remus releva la tête. Le professeur de potions arborait un sourire malveillant qui ne présageait rien de bon.

 

Que veux-tu, Severus ?

 

Oh, je voulais simplement te rappeler que la prochaine potion Tue-Loup serait à ta disposition dans moins d’un mois….

 

Il avait parlé suffisamment fort pour que ceux qui se trouvaient non loin puissent entendre. Les professeurs étaient au courant de la condition de Lupin mais Rogue devinait qu’il avait caché sa lycanthropie à d’autres : ses amis musiciens par exemple.

 

Remus blêmit et serra les poings de fureur contenue. Il n’avait jamais abordé ouvertement le sujet avec Max et Julian même si certains signes ne trompaient pas.

 

De la potion Tue-Loup ? s’exclama Tonks juste derrière Rogue en le faisant sursauter. Et bien, nous n’aurons pas à craindre les loups-garous, avec ça ! Quelle sollicitude, professeur Rogue, de l’avoir préparée !

 

Le visage du maître des Potions se ferma aussitôt. Il n’aimait pas cette Tonks qui avait été une vraie tête en l’air pendant ses cours. Mais il ne pouvait rien contre son optimisme et sa joie de vivre . Il s’éloigna donc en grommelant.

 

Remus baissa la tête. C’était la goutte qui faisait déborder le chaudron ! Rogue évoquait sa lycanthropie devant tout le monde, et en particulier devant une Auror !

 

Il avait honte et était furieux à la fois. Il se pencha pour ranger ses affaires, préférant éviter le regard de la jeune femme.

 

Mais celle-ci se pencha sur lui et d’un air de conspirateur, lui glissa :

 

Je suis une Métamorphomage, tu sais, j’en ai entendu de belles sur les gens qui changeaient d’apparence  ! Le fait d’être un loup-garou ne doit pas t’empêcher de vivre, hein !

 

Mais… comment ? Articula Lupin avec peine.

 

Comment je sais ? Le nom du groupe et certains thèmes de tes chansons ! Je suis peut-être étourdie et maladroite mais je ne suis pas bête ! On s’en fiche, Remus, que tu te transformes une fois par mois ! Tu n’es pas un psychopathe assoiffé de sang qui se jette sur les élèves ! Tu es quelqu’un de bien, Remus Lupin, c’est évident ! D’ailleurs, ça met Rogue hors de lui !

 

Remus la dévisagea avec attention. Non seulement elle était très jolie, mais elle avait un bon fond. Il ne put que se maudire : il tombait amoureux alors qu’il ne le devait pas. Il devait la laisser aller. D’ailleurs, elle avait dit qu’elle s’en irait après le concert.

 

Il eut un sourire un peu triste :

 

Je te remercie pour tes paroles… Tu dois t’en aller, c’est ça ?

 

Oui, je rejoins mes parents demain matin par le Poudlard express ! nous fêtons la nouvelle année tous ensemble !
Il était minuit . Une nouvelle année débutait. Remus saisit sa chance :

 

Je peux t’accompagner demain matin à la gare, si tu le souhaites ! Il ajouta, un peu nerveux : – Si ça ne t’embête pas, bien sûr !

 

Tonks eut un grand sourire :

 

Max et Julian prennent aussi le train demain mais je serais ravie que tu viennes me dire au revoir ! Nos routes se croiseront sûrement encore… Avec un meurtrier en cavale…

 

Black. Remus n’avait pas pensé à lui de toute la soirée, ni aux risques qu’encourait Harry Potter. Allons, il devait revenir à la réalité ! La vie n’était pas une rêverie – ni même un concert de rock.

 

 

 

Severus Rogue était plongé dans des pensées sombres. Le concert d’hier l’avait laissé perplexe. Il remuait des souvenirs peu agréables dans sa tête quand la voix de sa mère vint l’interrompre :

 

Tu ne viens pas me dire au revoir, mon garçon ?

 

Pris dans ses élucubrations, Rogue n’avait pas réalisé que sa mère partait dès ce matin. Elle rejoignait Londres, elle l’avait pourtant répété la veille.

 

Tu dois vraiment nous quitter aujourd’hui ? Le 1er de l’an ?

 

Mon garçon, soupira Eileen. J’ai un métier que j’aime. Tu sais, à présent, je suis consultante pour plusieurs équipes de Bavboules. C’est pour cette raison que je voyage sans arrêt…

 

Rogue hocha la tête. Il aurait aimé passer plus de temps avec sa mère mais, finalement, quand ils étaient tous les deux face à face, ils avaient si peu à se dire ! Severus devait garder beaucoup de secrets. Et puis, ni l’un ni l’autre n’était du genre bavard ni même sentimental. Ils étaient assez solennels et guindés.

 

Je vais t’accompagner. Dumbledore a mis en place un Portauloin, j’imagine ?

 

Non, je prends le Poudlard express. Il est en gare de Pré-Au-Lard.

 

Allons-y, alors. Tu as tout pris ? Demanda-t’il platement. Il se rendait compte que tenir une conversation usuelle, sans éléments ayant un lien avec leur vie privée à l’un ou à l’autre était une chose aisée. Parler plus longuement, par contre les mettait mal à l’aise. Sans doute en serait-il toujours ainsi… Severus ne savait pas s’il devait le déplorer ou pas, lui qui se targuait toujours de garder le contrôle de ses émotions. Parfois, il aurait aimé se confier, se livrer un peu mais très vite, il se reprenait.

 

Tandis qu’il cheminait vers Pré-Au-Lard, Eileen fit remarquer :

 

Tiens, n’est-ce pas cette jeune fille qui chantait, hier soir ? Juste là, devant nous ? On dirait qu’elle va aussi à la gare ?

 

Severus plissa les yeux. En effet, à quelques mètres devant eux, Nymphadora Tonks, un balai jeté sur l’épaule, avançait vers la gare en compagnie des deux musiciens et de Remus Lupin. Tous avaient l’air de très bonne humeur et échangeaient des propos vifs.

 

- Hum, oui. C’est Tonks.

 

Alors qu’ils entraient dans la station de chemin de fer, Eileen Prince retint son fils par la bras :

 

Juste un mot, Severus, avant que je ne m’en aille… Tu sais que je ne mêle pas de ta vie personnelle… Tu as eu des passages...heu...délicats…

 

«  Joli euphémisme pour parler de mon court passé de Mange-Mort ! » se dit Rogue intérieurement.

 

...Mais tu as une place stable, maintenant. Professeur à Poudlard, et tout ça… Ne crois-tu pas que tu pourrais envisager une vie de couple ?

 

Elle avait gardé une voix sans timbre pour évoquer cette question délicate. Mais Severus ne put qu’ouvrir des yeux de chouette en entendant ces mots :

 

Moi ?

 

Oui, toi ! Après tout, tu es encore jeune, tu as la trentaine ! Je suis certaine qu’il existe des tas de sorcières agréable qui …

 

Mais Severus ouvrait des yeux encore plus ronds. Le terrain devenait glissant ! Et il ne savait plus comment détourner la conversation :

 

J’ai un travail très prenant, fit-il, très raide.

 

Je sais, je sais ! Mais tu pourrais rencontrer quelqu’un…Écoute, Severus, ce n’est pas forcément une femme… Je veux dire, si tu préfères les personnes de ton sexe, tu dois savoir que je ne suis pas fermée sur la question ! D’ailleurs, j’ai de très bons amis masculins qui sont en couple, aux Bavboules et…

 

Là, c’en était trop pour Severus. Il cria, plus ému qu’il n’aurait voulu le montrer :

 

Ce n’est pas le propos ! Homme, femme, ce n’est pas le problème ! Je n’ai pas de place dans ma vie pour une vie de couple ! Il baissa le ton, gêné de s’être laissé emporter : - Mère, je suis ...je n’ai pas le temps pour tout ça, la romance et… Je ne peux pas t’expliquer …

 

Deux tâches roses se détachaient sur ses joues habituellement jaunâtres.

 

Eileen Prince battit en retraite :

 

Bien, bien, je n’insiste pas ! Mais c’est dommage… Quand je vois cette jeune femme, là, fit-elle en désignant Tonks qui grimpait dans le Poudlard Express, je me dis que tu passes à côté de belles choses, mon garçon… La musique, l’amitié, l’amour… il n’y a pas que le travail, tu sais !

 

Severus ne pouvait prononcer un mot de plus. Comment aurait-il pu lui dire ? Lui dire qu’il avait aimé ? Qu’il avait été amoureux ? Lui dire qu’il se résignait à sa vie solitaire parce que le reste était impossible ? Et puis, quelles étaient ces balivernes ? L’amitié, la musique ? Mais c’était pour les faibles, ça, c’était pour les gens comme Lupin…

 

Et alors qu’il disait au revoir à sa mère et promettait de lui écrire, il sentit comme un pincement au cœur. C’était un comble : d’abord, ces abominables fêtes de Noël et ensuite ça ! Ce déferlement d’émotions !

 


Il se tint très guindé sur le quai de la gare tandis que le Poudlard Express démarrait, agitant mollement la main. La vapeur envahit le quai et un instant, il ne distingua plus que la silhouette de Lupin, debout à quelques mètres de lui . Son collègue semblait ému.

Severus se tourna malgré lui vers Lupin. Leurs iris se croisèrent. Le flot d’émotions déferlèrent sur Severus : le rejet, la crainte d’être exclu, la découverte de l’amitié, les rires, les sentiments, les joies, et puis, la perte, le deuil, l’isolement, la musique, l’amour, aussi - anciennes rancœurs, anciens souvenirs, vies à venir, promesses jamais tenues, blessures, solitudes…

 

Rogue se défit du lien de Légilimancie avant de plonger plus avant dans les émotions de Lupin. Ce n’était pas le moment. Il ne devait pas se laisser aller. Il devait se contrôler.

 

Il se contenta d’adresser un signe de tête au professeur de Défense contre les Forces du mal. Un sourire entendu lui parvint en retour.

 

Ce serait tout. Mais c’était déjà beaucoup.

 

 

 

« Too many teardrops for one heart to be crying

 

Too many teardrops for one heart to carry on

 

You're gonna cry ninety-six tears
You're gonna cry ninety-six tears
You're gonna cry, cry, cry, cry now
You're gonna cry, cry, cry, cry
Ninety-six tear
s »

 

 

 

Et trop tard, il avait cette chanson dans la tête, à présent, la reprise faite par le groupe hier au soir.A se demander si la musique n'était pas la seule magie, finalement....

 

 

 

 

 

FIN

 


 

 

 

 



27/12/2018
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